‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 214 sur 236 · Publiée en 1750 chez Jacques Elies, à Niort · texte numérisé non relu

Publiée en 1750 chez Jacques Elies, à Niort

Un autre élève du collège du Puygarreau des Jésuites, en 1751, fut le jeune Charles-Elie, marquis de Ferrières, qui naquit à Poitiers lè 27 janvier 1741, Du Puygarreau, il fut envoyé à la Flèche, où il termina ses études.

En 1789, le citoyen de Ferrières fut nommé député de la noblesse de la Sénéchaussée de Saumur; il devint conseiller général de la Vienne, membre de la Société d'agriculture et de commerce de ce département, et de l’Athénée de Poitiers. Il traversa ainsi, entre les devoirs de la bienfaisance et le goût des lettres, les temps orageux de la Révolution. Lorsque le calme fut rétabli, il vint passer les hivers dans sa ville natale, et contribua à y fonder, entre autres établissements d'utilité publique, le Lycée, dont la jouissance lui était fortement disputée. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages de littérature et de morale. Il mourut le 30 juillet 1804 à son château de Marçay, près Mirebeau.

Si l’on en croit l'Eloge historique qui fut prononcé le 17 frimaire an XIII (4804), à une séance extraordinaire de l’Athénée, par M. Canolle, membre de cette Société, « les raisons politiques qui décidèrent l’abolition de l'ordre des Jésuites en France, n’étouffèrent jamais dans le cœur de de Ferrières les sentimens d’estime et de reconnaissance qu'il lui portait. Il avouait franchement que c’étaient ces bons Pères, ce sont ses expressions, qui lui avaient inspiré le goût des lettres, qui avaient favorisé en lui le développement de tous les sentimens honnêtes, et surtout cette sensibilité morale exquise, qui lui avait fait toujours aimer le beau, le vrai et le bon ».

Et M. Canolle, monté à ce ton de lyrisme où l’exagération est seule de mise, et qu'inspirait si bien le bouleversement qui venait de se produire dans les opinions et dans les idées, continue ainsi :

« Les impressions de l'enfance sont celles qui s’effacent le plus difficilement, heureux lorsqu'elles sont liées à des souvenirs dont la vertu s’honore ! Aussi la Flèche fut toujours

4. Eloge historique de M. de Ferrières, ex-Constituant, par M. Canolle. (Poitiers, Catineau, an XIII).

pour M. de Ferrières un lieu de prédilection, dont il parlait avec une espèce d'émotion ».

Cette émotion qu'en termes si éloquents célèbre ici l'ondoyant sociétaire de l'Athénée, M..de Ferrières l'avait déjà exprimée? et l’exprimait encore bien autrement, quand il écrivait dans ce même mémoire sur l’Ætat des lettres dans le Poitou ?, siremarquable par sa précision, par sa clarté, surtout par cette teinte sentimentale que l’auteur savait répandre sur tout ce qu'il traitait, à savoir que l’arrivée des Jésuites à Poitiers où, « à force de manœuvres et d'intrigues, ils parvinrent à obtenir le collège de Sainte-Marthe, concourut à accélérer la chute de la science ; que les Jésuites n'étoient pas savans; il y a plus, ils n'aimoient pas la science, et méme ils la craignoient. Voulant dominer à la fois les consciences et les esprits, il ne leur falloit d'autre science que celle qui pouvoit s’accorder avec les intérêts de leur ordre ; ils auroient volontiers dit comme Omar : Si tous ces livres contiennent ce qui est dans nos casuistes et dans nos écrivains, ils sont inutiles, il faut les brûler ; s’ils contiennent des principes ou des faits qui leur soient contraires, ils sont dangereux, il faut encore les brûler. Ne pouvant anéantir les bibliothèques, les Jésuites s’efforcèrent de plonger dans l’oubli tout ce qui n'étoit pas conforme à leur doctrine secrète ; et pour suppléer au vide que formoit cette immense proscription, ils entreprirent de rédiger des ouvrages qui pussent les remplacer. … ».

Quel plus cinglant reproche, et par quelle bouche il leur était infligé !

« Le goût des sciences, ajoute de Ferrières, commença donc à s'éteindre peu à peu, et fut remplacé par le goût des vers et de la littérature légère. Le Poitou, qui avoit jusque-là soutenu une sorte d'égalité avec Paris et avec les autres

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