Voir ci-dessus, p
2. On doit encore à M. de Ferrières : Mémoires pour servir à l’histoire de PAssemblée constituante et de la Révolution de 17 89 ; 3 vol. in-8 (Châtellerault, Guimbert, an VIl). C’est son meilleur ouvrage. 11 a été réédité, en 1822 (Paris, Baudouin), par MM. Berville et Barrière, sous ce titre : Mémoires du Marquis de Ferrières. (De la collection des Mémoires relatifs à la Révolution française) ; — Discours sur le Goût, prononcé à l’occasion de sa réception À l’Athénée de Poitiers ; — le Théisme, dirigé contre ces novateurs d’alors qui s’acharnaient à nier la Divinité. Plusieurs autres ouvrages sont restés manuscrits.
grandes villes de l'Europe, la perdit bientôt; il se vit même abandonné par ceux qui auroient pu lui conserver son antique renommée ; ils quittèrent une ville qui ne leur offroit plus aucune ressource littéraire, et allèrent s'établir à Paris, devenu le véritable centre des lettres » !.
Un dernier élève — plus reconnaissant celui-là — fut Jean Brumauld de Beauregard, né à Poitiers le 2 novembre 1749. Son père était conseiller au Présidial de cette ville. Il l’envoya faire ses études au collège des PP. Jésuites, et lorsque ses maîtres lui furent enlevés, le jeune disciple leur donna des regrets que plus de 90 ans d’existence n'avaient pas encore affaiblis quand il mourut à Poitiers en 1841.
De Beauregard alla alors terminer ses études au séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Depuis l’âge de 13 ans, il était chanoine de Notre-Dame, petit bénéfice de très mince revenu, mais qui lui avait été résigné sur les belles espérances qu'il faisait déjà concevoir.
Reçu prêtre, il s’en fut, avec un nouveau titre de chanoine, siéger près de son frère aîné qui remplissait à Luçon les fonctions de théologal. Il profita de son séjour dans cette ville pour composer l'Histoire des évêques de Luçon.
Au moment de la Révolution, il refusa le serment à la Constitution, et après la mort de Louis XVI il se réfugia en Angleterre.
Revenu à Poitiers, il exerça en secret son ministère. Dénoncé, il fut condamné à la déportation, et il partit pour Cayenne.
Après trois ans de bannissement, il fut de nouveau rendu à sa patrie. Nommé, en 1804, curé de la cathédrale de Poitiers, il se distingua par un zèle ardent et par une charité inépuisable.
Jean Brumauld est l’auteur du savant mémoire sur le Campus vaucladensis, dans lequel il prouva que le champ de bataille témoin de la victoire de Clovis sur Alaric ne pouvait être à Vouillé, mais à Voulor, situé dans une position beaucoup
. Il est peut-être excessif de comparer, comme le fait ici de Ferrières, les A avec le calife Omar et de leur attribuer d’une facon générale la angueur intellectuelle des provinces. Sans doute ils en sont une des causes, et la principale, mais il peut, il doit y en avoir d’autres.
plus favorable et plus conforme aux indications laissées par l'histoire !.
Louis XVIII le nomma à l'évêché de Montauban vers 1815 ou 1816. On le trouve évêque d'Orléans à partir de 1821. Cette haute dignité, ni cet éloignement, n'empéchèrent le studieux prélat de continuer à s'occuper du Poitou et particulièrement des antiquités de Poitiers: ses souvenirs se trouvent consignés dans un cahier manuscrit, qui n'a jamais été imprimé.
1. À la suite d’une polémique très vive, engagée depuis vingt-cinq ans, entre plusieurs travailleurs du Poitou, au sujet de la détermination du lieu où se livra la bataille qui fit passer la Gaule du sud des mains des Wisigoths dans celles des Franes, on a fini par arriver, provisoirement du moins, à cette conclusion pourtant bien naturelle que la bataille de 507 cest réellement la bataille de Vouillé. Cf. Bulletins de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1er trimestre 1898. :
(4 È Pat re) +
La querelle de l’Université et des Jésuites est aussi ancienne que la Société de Jésus. Ce n'était pas assez pour l'âme ardente d'Ignace de Loyola d’attaquer en face l’hydre naissante de l'hérésie et de préparer à la foi d'immenses conquêtes sur l’idolätrie. Le fondateur des Jésuites avait de bonne heure reconnu combien l'éducation de la jeunesse importe au triomphe de la vérité, et, à côté de la puissance du missionnaire, il avait rêvé celle du professeur. Ce qu'il réalisa lui-même à Paris, malgré l’opiniâtre résistance de l'Université, ses ouvriers le réalisèrent plus tard, avec non moins de difficultés, dans les provinces.
À Poitiers, les hostilités entre l’Université et les Jésuites furent particulièrement vives pendant tout le cours du xvrr* et du xvur° siècle. Rarement vit-on deux adversaires déployer plus d'efforts, plus de persévérance, plus d'habile tenacité el de patience infatigable, jusqu’à ce qu’enfin un de ces événements qui semblent étrangers aux circonstances qui les amènent, parce qu'ils tiennent à des causes ignorées, préparées depuis longtemps, vint mettre un terme à la fureur des combattants. Esquisser rapidement l’ensemble de cette longue
lutte et déterminer l'influence que les Jésuites exercèrent par leur enseignement dans la capitale du Poitou: tel est le double but de notre conclusion.
A travers les vicissitudes de sa formation et des différentes phases de son existence, l'Université de Poitiers, fameuse dès son origine, se vit l’objet d'un grand nombre d’immunités et de privilèges, soit de la part des papes, soit de la part des rois, qui se plurent à l’environner de leurs faveurs, et dont elle devint en quelque sorte la seconde fille adoptive !. Dès son berceau, cette illustre Compagnie, comme celle de Paris, eut un territoire, une juridiction particulière, et de véritables vassaux daas les différentes professions qui relevaient d'elle, et tout ce qu’on appelait les suppôts de l’Université ?.
Parce qu’elle renfermait dans son sein les hommes les plus éclairés, qui en faisaient le foyer le plus intense, et comme le creuset de toutes les saines doctrines, on la voit mêlée à toutes les grandes questions religieuses et politiques; consultée, ou plutôt invoquée, tantôt par les évêques, et tantôt par les membres du Parlement ; quelquefois même, intervenant d'office, avec tout le poids de son influence et de son crédit sur l'opinion publique, au sein d’une société accoutumée à révérer en elle un des soutiens les plus orthodoxes de l'Eglise, comme un des remparts les plus fermes de la Province.
Ajoutez à cela l’éclatant apanage de ses attributions naturelles : l’enseignement de la jeunesse, la collation des grades dans toute l'étendue de son agrégation, avec soumission, pour le contentieux de ses privilèges, à la juridiction suprême du Parlement et du roi.
Les choses en étaient à ce point, lorsque, dans la dernière moitié du xvi° siècle, à travers les discussions causées par le schisme et les déchirements de nos guerres civiles, on vit poindre des représentants d’une nouvelle Société qui se présentaient comme auxiliaires du Saint-Siège contre les ennemis de la Foi. :
1. L'Université de-Paris était appelée la Fille aînée des Rois. Cf. Pasquier, liv. IX, ch. 26 des Recherches.
2. Tels que les imprimeurs, libraires, relieurs, papetiers, etc. (Bibliothèque de Poitiers, Manuscrit A. XXVIII, 3344),
Le chef de cette humble mais vaillante milice, Maldonat, digne fils d’Ignace de Loyola, était envoyé à Poitiers avec quelques-uns de ses compagnons, dans le but avoué de combattre l’hérésie, mais avec le dessein secret de s'emparer d'un des nombreux collèges qui existaient alors dans la capitale du Poitou. Mais, malgré l’appui qu’ils y trouvèrent auprès du gouverneur M. de la Haye, des catholiques et de plusieurs doctes personnages de la ville assez turbulents ou assez aveugles pour les protéger, et quelques efforts qu'ils fissent, ils ne purent se faire admettre comme éducateurs de la jeunesse.
Ce ne fut que quarante ans plus tard, après plusieurs tentatives infructueuses, au milieu de circonstances moins favorables et de dispositions beaucoup moins bienveillantes, que Îles Jésuites obtinrent enfin le collège qu'ils convoitaient depuis 1570, et qu'ils se mirent à enseigner. Les libéralités de toutes sortes, tant des particuliers que du roi, leur permirentd’élever un superbe monument dans lequel vinrents’englober peu à peu presque tous les autres collèges de la ville. L'union de plusieurs bénéfices au collège de Sainte-Martheachevaleur fortune.
Habiles à leur début, les Jésuites se gardèrent bien de déclamer contre l'Université, ni d’insulter à ses professeurs, ou de faire planer une mesure d’excommunication sur les maîtres et les élèves ! — Loin de là, ils crurent tout concilier en demandant eux-mêmes, comme ils l'avaient fait auparavant à Paris, à être agrégés à cette Université; se présentant à elle, non pas comme /nstitut, mais simplement comme Collège, comme maîtres ayant des écoliers, et réclamant à ce titre la liberté d'enseignement; promettant d’ailleurs de se soumettre aux lois, statuts et usages de la docte Compagnie.
Appelée à délibérer sur cette proposition, l'Université, à la majorité des membres présents, consentit à l'admission des Jésuites, malgré la vive opposition des deux Facultés de théologie et des arts.
La Faculté de théologie de Poitiers, à l'exemple de celle de Paris, ne cessa de résister ; celle des arts fut vite soumise et subjuguée, Désormais sous la dépendance des Jésuites, elle se rendit indépendante de l'Université: on voit par ses registres qu’elle rédigeait elle-même ses statuts, qu'elle seule avait le
régime de ses écoles. La manière dont elle fut alors composée, mit les Jésuites à couvert de toutes vexations. Elle comprenait trois docteurs : il y en avait un qui était jésuite; un second, le principal du Puygarreau, ne tarda pas à être à leur nomination; le troisième, qui était le principal du collège des Deux-Frères, ne pouvait prévaloir contre les voix réunies des deux premiers, et son intérêt fut toujours d’être de leur avis !.
Dès lors les Jésuites, non seulement marchent de pair avec l'Université, mais vite oublieux de leurs engagements et ne voulant dépendre que de leurs supérieurs religieux, ils lui contestent tout droit de visite et de contrôle dans leur établissement. Dans leur orgueil, il se montrent également récalcitrants envers les évêques, dont ils méconnaissent l'autorité diocésaine, et envers le clergé, qu’ils cherchent à supplanter soit par leurs sermons, soit par la confession. Ils corrompent la morale de l'Evangile par l’épouvantable indulgence de leurs casuistes, et sa sainteté par leur trop captieuse dialectique.
De là ces tristes démêlés, ces irritants débats, ces censures multiples, d’où l'Université, contre toute justice, sortait régulièrement affaiblie ou:vaincue, grâce à l’immense crédit dont jouissaient les Jésuites auprès des grands et de la cour. Mais qu'importe! Notre sympathie (est-il si nécessaire de la dissimuler?) et notre reconnaissance ne sont-elles pas acquises à cette Faculté de théologie, à ce clergé catholique, à cette Université qui défendit pied à pied ses intérêts les plus chers, : ses droits, ses privilèges, ceux de la liberté, et qui ne déserta jamais la lutte, malgré l'omnipotente puissance des rois ? Et comment n'être pas rempli d'admiration pour ces vaillants hommes qui surent garder plus fort que le temps, plus fort que tout, inaltérable, inviolable, le culte de la vérité et des libertés nationales ?
Le sort en était jeté : l’Université, de par la volonté royale, devait subir la rivalité des Jésuites et, sinon pactiser avec eux, du moins continuer à les recevoir dans son sein. Bien plus, ceux-ci pouvaient à leur guise distribuer l'enseignement à la jeunesse. Ils s'y employèrent de leur mieux.