‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 52 sur 236 · INTRODUCTION LXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXV

Quis non Pictavicam celebraret laudibus urbem ? Hujus enim vates urbis alumnus erat ;

Hic præclara Solonei libamina fontis Ebibi et Sophie pocula Sancta Dee.

Il fut curé de Migné, près Poitiers, et partageait les revenus de la cure avec son vicaire. Il refusa l'office de grand-vicaire. On peut voir son éloge dans la Gallia Orientalis de Colomiès (édit. in-4 de 1665, page 3), qui l'appelle à tort Trotellerus. 11 mourut au commencement de l’année 1501.

Vers la fin du xvi° siècle, le même collège du Puygarreau possédait pour professeur d’éloquence et de poésie le savant Thomas Bicarton, né à Saint-André, en Ecosse. Il était venu s’établir à Poitiers, attiré peut-être, comme tant d’autres, par la réputation de l'Université de cette ville. Peut-être aussi, avait-il simplement cherché un asile en France, afin d'échapper aux persécutions qui, vers 1580, attristèrent son pays. Quoi qu'il en soit, le séjour qu'il fit dans la capitale du Poitou, la place distinguée qu'il y occupa bientôt, les relations qu’il entretenait avec les hommes célèbres de ce temps-là, le mérite de plusieurs de ses ouvrages, le rendent digne encore de quelque reconnaissance de la part des Poitevins, dont il devint presque le compatriote. Dreux du Radier a compris dans sa Bibliothèque poitevine beaucoup d'auteurs qui n'avaient pas d’autres titres pour être regardés comme appartenant au Poitou.

Bicarton, ainsi que nous l'avons vu, est l'auteur d’un recueil d'ouvrages fort appréciés. Il ne faut point chercher, a-t-on dit’, dans ses ouvrages les qualités de style qui font le

1. Notice par M. Tallerye, archiprêtre de Parthenay, curé de la chapelle Saint-Laurent. (Affiches du Poitou, 1781). — Voy. aussi Beauchet-Filleau, Familles du Pouou.

EXVI INTRODUCTION

mérite littéraire d’une œuvre classique au xvn° siècle. Au xvie siècle, les sciences, les arts, commencaient seulement à sortir de cette sombre nuit où ils furent si longtemps ensevelis. Une érudition mal dirigée, beaucoup de grec et de latin, faisait alors la réputation d'un littérateur. Le sel attique, l’urbanité de Rome, puisés dans l’heureuse imitation des bons modèles, étaient réservés pour le siècle de Louis XIV. La prose latine de Bicarton n’a point l'élégance et la pureté que celte langue à acquise depuis parmi les modernes par la lecture des bons auteurs. Sa prose française a les défauts du siècle où il vivait ; elle est mêlée de grécismes et de constructions latines. Ses vers n’ont point le moëlleux ni la force d'expression qui se voit dans les ouvrages de Jean Dorat, par exemple, pas même cette correction des vers de Scévole de Sainte-Marthe, ses contemporains. Il semble que dans sa poésie française il ait voulu imiter servilement la manière et le ton de Ronsard, en empruntant du grec et du latin les épithètes qu'ilcroyait manquer à notre langue.

Malgré tous ces défauts, qui sont de son siècle, Bicarton Joignait l’amour du travail à quelques talents. Il lui en fallait dans la place intéressante qu’il occupait pour l’instruction de la Jeunesse du Poitou et des provinces voisines. Car on sait qu’à cette époque l'Université de Poitiers était déjà depuis longtemps une des plusflorissantes duroyaume. Les écoles de droit y étaient si célèbres qu'on ne cessait d’y accourir de toutes les provinces. La Faculté des arts, pour la grammaire, l’éloquence, la poésie.et la philosophie, ne restait pas en arrière. La multitude de ces collèges aiguillonnait l’émulation entre les maîtres et les disciples ; et il était de l’intérèt et de l'honneur des principaux d'accueillir les hommes qui avaient des connaissances et des talents: et c’est ce qui attirait alors dans

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