LXXIV INTRODUCTION
Madeleine Barbezières vivait à Poitiers vers 4590. Elle fut l’un des beaux esprits de ce siècle qui en eut tant, et sacrifia aux muses françaises quelques-uns de ses loisirs. Il paraît même, d’après une petite pièce de vers qui nous
a été conservée par Dreux du Radier, que sa verve poétique s’enflamma, à l’époque de nos troubles civils, en faveur de la Sainte-Union, qu'elle célébra dans les vers suivants qui furent imprimés en tête de deux harangues prononcées par Pierre Umeau pour le sermentde la Sainte- Union en Poitou, au mois d'août 1589 :
Si cette antique foi, lien des âmes antiques,
Qui reluit maintenant par vos doctes écrits,
Pouvait encor tourner dedans son premier pris.
Nous vivrions bien heureux loin du bruit des alarmes. Tout pleins de piété, aimant votre patrie,
Vous nè pouviez chanter qu'Union, Union.
Aussi le Tout-Puissant hait la division :
Aimons donc l'unité, puisqu'il se l’est choisie.
Madeleine et Catherine Desroches, « les deux lumières de leur pays, voire même de la France »', joignirent aux charmes de la figure les agréments de l'esprit et les connaissances les plus étendues. Scaliger ne craint pas de dire hautement que M”*° Desroches était une des plus doctes personnes de l’Europe. Les ouvrages de la mère et de la fille ne démentent point l'opinion favorable qu’on nous à donnée de leurs talents. Dans le salon littéraire de ces Dames, véritable bureau de bel esprit, se réunissait tout ce que la capitale du Poitou comptait alors de gens de lettres ou de science, et aucun étranger de distinction ne pouvait se dispenser de le fréquenter. « La maison de cesillustres Dames, dit encore Scévole de Sainte-Marthe,
4. Scévole de Sainte-Marthe, Eloge des hommes illustres, Poitiers. (s. d.).