INTRODUCTION LXXV
était, à Poitiers, une Académie d'honneur, où se trouvaient tous les Jours plusieurs excellents hommes, et où tous ceux qui faisaient profession de belles-lettres étaient recus avec honneur et avec joie ». Un autre biographe s'exprime ainsi : « Qui voyait Catherine Desroches voyait une vraie Pallas. Il semblait que ce fût quelque intelligence qui avait quitté les globes célestes, pour venir s’enchässer dans ce beau corps et converser avec les hommes ».
Inutile de rappeler ici cette histoire de «la puce », si souvent racontée, qui est tout à l'avantage de leurs héroïnes, mais qui ouvre un horizon si nouveau sur les occupations tour à tour sérieuses et badines des juges et avocats des Grands-Jours. Nicolas Rapin, dans une épigramme latine à moitié rythmée, a fixé pour la postérité les travaux de ces magistrats mondains :
Causidicos habuit vigilantes Curia, namque Illis perpetuus tenuit in aure pulex 1.
C’est sur ce brillant tableau que se leva l’aurore du xvri° siècle: savants Jurisconsultes, habiles médecins, humanistes distingués, naturalistes, géomètres, orateurs, poètes, musiciens, femmes célèbres, rien ne manquait à la gloire littéraire du Poitou. C’est ce grand nombre de savants, cet amour constant des Poitevins pour les lettres et les sciences, ce zèle ardent à les cultiver, qui inspirèrent à Scaliger cette expression imagée, exagérée sans doute, mais si honorable pour la vieille et studieuse capitale de cette province, l’un des plus beaux fleurons de la France intellectuelle : « l'âme qui en vivifie le corps ».