Prat, op. cit
depuis si longtemps le poison de l'hérésie. N'est-ce pas là, en effet, ainsi que le leur dira bientôt le cardinal de Lorraine, l’objet le plus direct de leur Institut et la principale de leurs fonctions ?
Il paraîtrait cependant que le P. Maldonat, pénétré de l’importance de l'enseignement, et voulant que des établissements de son Ordre fussent toujours à la hauteur de leur destination, persuadé d'autre part qu'il était peu expédient d'enlever aux autres collèges des professeurs qui en faisaient la gloire pour les placer à la tête de cette nouvelle fondalion, aurait répondu que « la Compagnie remplirait mieux les intentions de la ville lorsqu'elle pourrait lui fournir des professeurs distingués sans nuire aux autres collèges ». Les habitants de Poitiers ayant insisté pour obtenir de lui au moins une promesse, ilécrivit à saint Francois de Borgia, alors général de la Compagnie de Jésus, une longue lettre, où il lui communiquait, avec force détails, la demande et les instances de cette cité.
«... Je ne saurais, ajoutait-il, vous exprimer l'extrême désir qu'ont les habitants de Poitiers de voir dans leur ville un collège de la Compagnie, et les instances qu'ils ont faites et qu'ils réilèrent chaque jour pour obtenir cette fondation. Je n'ai pas donné d'abord beaucoup d'attention à cette proposition, parce qu'il me semble qu'en France nous n'avons pas encore assez de sujets pour l’accepter. Cependant, comme ils redoublaient leurs instances, je leur fis connaître par écrit à quelles conditions la Compagnie reçoit des collèges, et combien il est difficile pour elle d'en ouvrir de nouveaux au moment où elle en a tant d'autres à soutenir. Ils persévérèrent néanmoins à demander un collège où seraient toutes les classes, même celle de théologie ; parce que, disaient-ils, on avait surtout besoin, dans le pays, de l'enseignement d’une théologie saine, et ils offrirent de nous donner la Faculté des arts et celle de théologie que nous enseignerions, et dans lesquelles nous confèrerions les degrés, comme nous faisons à Rome et dans quelques collèges d'Allemagne. Or, ces deux Facultés jouissent à Poitiers des mêmes privilèges que celles de Paris. Quoique je n'eusse ni accepté ni refusé, le clergé et les magislrats se réuairent en conseil pour délibérer sur la fondation. Les ecclésiastiques offrirent un revenu de deux mille francs à prélever sur les
biens des cinq églises collégiales qu'il y a dans cette ville. Pour m'assurer de la légitimité de cette rente, je leur dis que la Compagnie n’'accepterait pas les biens de l'Eglise ; mais ils me répondirent que cette rente recevait sa destination naturelle, puisque le roi, par les ordonnances d'Orléans, avait prescrit que, dans chaque église cathédrale et collégiale, on amortit un canonicat pour en appliquer les revenus à l'entretien de maîtres chargés de l'instruction de la jeunesse: or, cet article élait depuis lors resté sans effet, el ces Messieurs voulaient l'exécuter en faveur de la Compagnie. De leur côlé, les magistrats offrirent d'abord les bâtiments du plus beau des cinq collèges que possède la ville !, mille francs de rente et les premiers frais d'établissement. Ils ajoutèrent que, pour le moment, ils ne pouvaient pas faire des avances plus considérables, mais qu'ils espéraient que plus tard ils pourraient les augmenter ».
Dans la suite de la lettre, Maldonat expliquait longuement à son Général les raisons qui militaient en faveur de la fondation d'un collège à Poitiers. Nous les résumons ici d'après l'exposé qui en a été fait dans l'ouvrage du P. Prat.
D'abord, il importait de réparer les ravages causés par le protestantisme dans les croyances, et d'assurer pour l'avenir le règne de la religion dans cette province. D'ailleurs, l’école de droit de Poitiers, comme celle de Bourges, d'Orléans et d’autres encore, élait un foyer d'irréligion ou d'hérésie ? : et il était nécessaire qu’en face d'elle on élevât une chaire, d’où la théologie pût parler avec autorité et opposer à l'erreur ses divines leçons. Le clergé ne suffisait pas alors à une tâche si pénible ; car les guerres dont le pays avait été depuis dix ans le théâtre avaient interrompu les études, dispersé les étudiants, d'où il résultait que la théologie, forcément négligée, était devenue presque étrangère aux ministres des autels.
Maldonat passait ensuite à des raisons d'un autre ordre, et faisaitremarquer à saint François de Borgia que la Compagnie
1. Le collège du Puygarreau sans doute. Les quatre autres étaient: le collège de Sainte-Marthe, le collège des Deux-Frères, le collège de Montanaris et le collège de Géléasis. j
2. Allusion à la prétendue fâcheuse influence exercée, quelques années auparavant, sur certains professeurs de cette Faculté par le Séjour de Calvin à Poitiers.
trouverait, dans la fondation proposée, de grandes ressources pour l'exercice de ses fonctions mullipliées : ainsi elle y formerait d'excellents professeurs qui, plus tard, porteraient au collège de Clermont l'expérience de l'enseignement, une science éprouvée, un espritexercé aux luttes intellectuelles ; ses sujets pourraient y conquérir les grades académiques, qu'on leur refusait à Paris; sa présence dans une contrée où l'état régulier, surtout depuis l'invasion de l'hérésie, était tombé dans un juste discrédit, montrerait la voie de la perfection évangélique aux nombreux étudiants de l'Université de cette ville, et l’ouvrirait sans doute à plusieurs d’entre eux. Le pays offrait tous les avantages matériels qu'exige une maison. d'éducation. Enfin, ce n’était qu’en acceptant ce collège qu'on pouvait satisfaire aux vœux de la population et répondre à son affection pour la Compagnie. 3
De plus, le collège de Poitiers, sion l’acceptait, devait mettre la Compagnie en présence d'une Université puissante et presque toute hérétique, et l'établir comme la gardienne de la religion catholique dans un pays où le protestantisme avait laissé des traces si profondes de sa domination. Donc Maldonat voulaitavant tout que ce collège devint comme le boulevard de la religion catholique. C’est pourquoi il pensait que, si l’on ne pouvait pas d’abord y ouvrir toutes les classes, on devait en premier lieu y établir un enseignement complet de théologie, de philosophie et de belles-lettres, comme le plus propre à subvenir aux besoins les plus pressants de la religion, et à paralyser l'influence de l’Université. Gette mission demandait des hommes de caractère, de vertu, de science et de talent. Maldonat exigeait beaucoup plus de celui qu’on leur donnerait pour chef. La plupart de ceux qui partageaient ses travaux réunissaient en eux toutes ces qualités, et plus tard ils les déployèrent lesuns dansle gouvernementd’importantscollèges, les autres dans l'administration d’une province de leur Ordre ; mais alors il leur manquait encore l'expérience, la maturité de l'âge, et une longue pratique de l’Institut. Or, aux yeux de Maldonat, le supérieur devaitréunir ces condilions, soit pour égaler l'importance du nouveau collège, soit pour donner aux études une puissante et honorable impulsion, soit enfin pour répondre à la haute estime dont jouissait la Compagnie
auprès de toute la population. Il croyait donc que cette charge ne pouvait être dignement remplie que par le P. Possevin !, qu’il proposait à saint François de Borgia, ou par un autre qui l’égalât du moins, s’il ne le surpassait pas en considération et en mérite.
Quant à lui-même, Maldonat, il s’abandonnait entièrement à la volonté du saint Général.
« Les habitants, disait-il, m'ont souvent exprimé le vœu que Jé restasse ici jusqu'à ce que les choses soient bien rétablies ; mais Je m'en remets à votre Paternité. Selon qu'elle me l’ordonnera, je resterai volontiers à Poitiers, j'irai volontiers à Paris, quoique le souvenir des tracasseries passées m'inspire plutôt la crainte que l'envie d’y retourner ».
Nous verrons bientôt ce qu'il faut penser de cette haute estime dont jouissait la Compagnie auprès de toute la population de Poitiers. Pour le moment, qu’il nous suffise de constater la confirmation {elle ressort de plus en plus clairement des termes mêmes de la lettre de Maldonat) de ce que nous avons dit plus haut, à savoir que le plus secret désir des Pères était de posséder un collège à Poitiers, et que pour l’obtenir, ils ne craignaient pas d'attaquer l'Université, qu’ils représentaient comme «un foyer-d’irréligion et d’hérésie ».
Tandis que Maldonat soumettait cette affaire à son supérieur, les magistrats de Poitiers (on ne dit pas lesquels) la poursuivaient à la Cour. De son côté Maldonat, probablement pour ne point contrarier leurs démarches, écrivait aussi au cardinal de Lorraine, leur illustre protecteur, une lettre conçue en ces termes :
«... Les catholiques de Poitiers croient tous que si l’on fondait dans leur ville un collège de la Compagnie, la religion y recouvrerait bientôt son antique splendeur. Ilsn'ont épargné,
1. C’était l'italien Antoine Possevin, aussi célèbre par son habileté dans les négociations que par ses travaux littéraires. Il avait alors 37 ans et appartenait à la Société depuis onze ans. Premier recteur du collège d'Avignon, à l’établissement duquel il eut la plus grande part, il remplissait, en 1570, les mêmes fonctions au grand collège de Lyon. Il en fut rappelé, en 4573, pour l’élection du général Everard Mercurian, à laquelle il contribua, et qui le nomma son secrétaire. II mourut à Ferrare le 26 février 1644.
pour me faire goûter ce projet, ni raisons, ni promesses, ni prières. Je leur ai d’abord répondu, ce qui est vrai, que nous n'étions point venus pour fonder un collège, mais seulement, sur l’ordre du roi, pour mettre notre ministère au service du pays. Ensuite, je leur ai fait observer que la Compagnie, encore peu nombreuse en France, a déjà plusieurs autres collèges à soutenir. Peu touchés de cesraisons, ils ontredoublé d'instances et renouvelé les offres les plus avantageuses. Ils ont voulu que je communiquasse cette proposition à notre T. R. P. Général, tandis qu'ils la porteraient eux-mêmes à la Cour. Pour moi, illustre prince, j'ai cru devoir en écrire à Votre Eminence, soit pour l’informer de la suite de cette affaire, soit pour invoquer le haut crédit dont elle jouit auprès du roi, si elle juge que cette entreprise, poursuivie avec tant d’ardeur par les habilants de Poitiers, puisse apporter quelque avantage à l'Eglise, à l'Etat et au peuple, le seul, ou le principal bien que la Compagnie se propose... ».
Le cardinal de Lorraine, principal promoteur de la mission de Poitiers, confident intime des Jésuites et de leurs projets, enhardi dès lors par la déclaration du P. Maldonat, lui répondit aussitôt en le félicitant sur les heureux succès obtenus dans le Poitou. Pas plus que le jésuite il ne doute du triomphe prochain de la religion dans un pays où on trouve encore « tant d'hommes sages et de si bons catholiques ». Mais il ne connaît au monde de moyen plus efficace pour arriver à ce but que la fondation d’un collège de la Compagnie dans la ville de Poitiers. « C’est dit-il, l’objet le plus direct de votre saint Institut et la principale de vos fonctions. Je suis heureux de l'avoir fait entendre au roi, plus heureux encore de vous dire que Sa Majesté a souscrit à ce projet sans aucune restriction. Elle a appris avec une vive satisfaction que les habitants de Poitiers l'ont conçu les premiers, et que vous avez promis de poursuivre constamment l'exécution de cette sainte œuvre.
» Sa Majesté, de son côté, a résolu de faire les premières avances et de ne rien épargner de tout ce qui est en son pouvoir pour faire de ce collège le plus considérable et le mieux pourvu de tous ceux que vous avez en France, à cause de l’importance de la ville et du besoin qu’elle en a. Sa volonté sur ce point est si formelle et si forte qu’elle ne laisse rien à désirer
à ceux qui s'intéressent le plus ardemment à cette affaire. Déjà même Sa Majesté a envoyé au gouverneur de Poitiers, si fidèle à Dieu et au roi, l'ordre de rassembler tous ceux des citoyens dont le concours est nécessaire à ce projet, et de leur recommander de s'en occuper sérieusement, afin qu'on le commence promptement et qu'on prenne tous les moyens possibles pour en assurer l'exécution ».
Quant à lui-même, le cardinal promet d'apporter àcetle œuvre ses affections et ses soins; «car, ajoute-t-il, je ne saurais rien faire en ma vie de plus méritoire aux yeux de Dieu et de son
Eglise».
Les ducs de Montpensier, de Guise, de Nevers, le cardinal de Bourbon et beaucoup d'autres unirent leurs démarches à celles du cardinal de Lorraine : tout semblait devoir marcher au gré des désirs de la Compagnie ; pourtant toutéchoua.
Si le collège eût été fondé en 1570, le fait accompli n'eüt pas manqué de trouver des approbateurs. Mais la vérité est que l'immense majorité de la population n'aimait pas, que dis-je ? détestait les Jésuites. Il est inutile de chercher d’autre cause de leur insuccès.
Quant à croire, ainsi que le rapporte le P. Prat, qu'il ne tenait qu’à la Compagnie d'ouvrir, dès cette époque, un collège à Poitiers, mais que saint François de Borgia s'’opposa à cette entreprise soit à cause du petit pombre de ses sujets’, soit à cause de l'inexpérience encore trop grande de la plupart des enfants de Loyola, cela ne se peut pas : ce serait un coniresens. Non, les difficultés ne provinrent pas de la Compagnie, mais plutôt et uniquement des habitants de Poitiers, dont nous aurons une nouvelle occasion de constaterl’antipathie pour les révérends Pères, au commencement du siècle suivant.
Le P. Maldonat, déçu dans ses espérances, pourtant si puissamment appuyées, ne songea plus qu'à poursuivre, avec ses confrères, le but auquel il eût dû borner sa mission, c'est-àdire la conversion des hérétiques.
4, Il y avait déjà, en 1566, dans les divers Etats de l'Europe, douze provinces de l'Ordre, plus de cent collèges publies, des maisons de profession et de probation, et des jésuites par milliers. Cf. le P. Hamy, Histoire des domiciles de la Compagnie de Jésus.
De son côté, le gouverneur, M. de La Haye, donna libre champ à sa rancune en opérant une épuration dans les collèges de la ville. Deux surtout attirèrent son attention : le collège de Sainte-Marthe et le collège du Puygarreau. Dans l’un, principal et professeurs, tous étaient hérétiques; dans l’autre, deux régents étaient catholiques, deux protestants, un cinquième sans religion, on ne disait pas encore libre-penseur. En un seul jour, dit le P. Prat, M. de La Haye les remplaça tous par des catholiques sincères.
Il interdit aussi l’enseignement aux pédagogues calvinistes, répandus dans la ville, « parce que, disait-il, les lettres doivent toujours être sous la tutelle de la religion, et qu'on ne saurait enseigner celles-là, si l'on n'est soumis à celle-ci : que d’ailleurs il était défendu par les lois de propager les erreurs du calvinisme ». .
Il allégua les mêmes raisons pour destituer, pour cause d'hérésie, deux professeurs de la Faculté de droit, des conseillers et d’autres fonctionnaires.
11 voulut enfin que les domestiques fussent tous de la religion de leurs maîtres, et que des catholiques ne servissent point dans des maisons calvinistes, de peur qu'ils n’y perdissent leur foi. Scrupule admirable, etbien digne d’un meilleur sort que celui qui l’attendait sur la place Notre-Dame de Poitiers !!
Vers la fin de 1570, Maldonat fut rappelé au collège de Clermont à Paris. Le roi le fit même venir à la Cour où il le chargea de faire aux seigneurs des conférences dogmatiques, « pour ramener à l'Eglise ceux que la séduction ou des intérêts
-1, Jean de La Haye fut maire de Poitiers en 1562, après le supplice de son prédécesseur Jacques Herbert. Puis il devint lieutenant général du Poitou — c’est le titre officiel que lui donnent les historiens. [1 fut condamné par contumace et exécuté en effigie sur la place Notre-Dame, le 414 juillet 1575. Le 22 juillet suivant, une troupe de 400 hommes vint le cerner dans sa maison de campagne de la Bégaudière située à une lieue de Poitiers. Le prévôt pénétra jusqu’à lui, et le lieutenant général fut atteint de deux coups d'épée et d’un coup de pistolet qui lui fracassa le crâne et l’étendit mort. Son cadavre fut transporté sur la place Notre-Dame, et décapité solennellement, en exécution de l’arrêt de condamnation. Sa tête fut placée sur la porte de Saint-Cyprien, et ses restes, épars dans les divers quartiers de la ville, devinrent la pâture des oiseaux de proie. (Extrait de la Notice biographique sur Jean de La Haye, lieutenant général du Poitou, par Ch. de Chergé). — Mémoires des Antiquaires de l'Ouest, 1841, p.173.
de parti en avaient détournés, et pour raffermir ceux dont la foi chancelait au milieu du tourbillon des opinions ». Dans le palais de Charles IX, il eut pour élèves plus ou moins fidèles, Henri de Navarre et le jeune prince de Condé.
Nous avons dit plus haut que nous ne croyions pas que les difficultés qui empéchèrent la fondation du collège des Jésuites vinssent du côté de la Compagnie. Comment, en effet, ces mêmes difficultés ne l’auraient-elles pas empêché d'accepter deux ans plus tard, en 1572, le collège de Pont-à-Mousson, qui, sous la direction de Maldonat, devait devenir bientôt après une Université florissante ; et celui de Bourges, où le même Maldonat devait trouver un abri contre les ennuis qu’on lui suscitait à Paris ; et enfin celui de Bordeaux, dont le P. Sager fut, ainsi que nous le savons, le premier recteur ?
Notre incrédulité s'appuie sur une nouvelle preuve que nous trouvons dans le journal manuscrit des Visites du P. Maldonat : c'est à savoir l’antipathie du clergé séculier lui-même pour les Jésuites. Maldonat, en 1579, allant visiter le collège de Bordeaux, passa par Poitiers, où il s'arrêta quelques jours pour voir ses « nombreux » amis :
« À peine ai-je eu pris quelques moments de repos, écrit-il avec celte exagération-que nous lui connaissons, que mes anciens amis sont venus me trouver en grand nombre, et m'ont beaucoup parlé dela fondation d'un collège dansleur ville. Ilsn’y voientpointde difficulté ; car, disent-ils, on donne chaque année trois mille livres aux professeurs de droit, qui sont presque tous hérétiques ; une partie de cette somme est payée par le clergé, l’autre par la ville. I1ne s’agit que d'engager les ecclésiastiques et les ciloyens, ce qui est très facile, à donner à la Compagnie, c’est-à-dire à des amis, ce qu'ils donnent aux hérétiques, c'est-à-dire à des ennemis. //s m'ont vivement pressé d'en aller parler à l'évêque; ce que j'ai refusé de faire, n'ayant pas été mandé par ce prélat'. Je me suis borné à leur répondre qu'ils eussent eux-mêmes à voir ce qui était de l'intérêt de
À. Cétait Geoffroi de Saint-Belin, ancien abbé de Saint-Savin, en Poitou. Nous verrons que ce prélat était, en effet, peu partisan des Jésuites, sinon un de leurs plus grands ennemis. Il prit une part active aux affaires de la Ligue, ce qui lui fit jouer un rôle dans la Satire Ménippée. Mort en 1641.
leur ville : que, s'ils croyaient que la Compagnie püt y servir Dieu et l'Eglise, ils trouvassent le moyen de fonder ce collège ; qu'alors ils pourraient traiter avec elle, et qu’elle ne refuserait pas son concours, si elle pouvait le prêter. J'ai souvent coutume de dire que je me prive volontiers de la gloire d'être fondateur de collèges. Cependant, j'ai toujours pensé que, après Paris, il n'y a point de ville en France où l’on puisse fonder un collège plus utilement et plus avantageusement pour augmenter la gloire de Dieu et servir l'Eglise. (Sæpe soleo dicere me libenter hac laude carere ut collegiorum fundator habear ; semper tamen existimavi secundum Lutetiam, nullam esse urbem in Gallia, ubi utilius et commodius ad augendam divinam gloriam et juvandam Ecclesiam collegium pont possil) ; car il est à peine croyable combien toute la contrée qui comprend le Poitou, la Saintonge et la Gascogne, est abandonnée, combien les mœurs et la religion sont négligées dans un pays d’ailleurs très peuplé, très riche et fécond en beaux talents. ( Vix enim credi potest quam tola ea ora, quæ per Pictones, Xanctones el Vascones tenditur, deserta sit et inculta moribus et religione, cum regio sit frequentissima, diviliis affluens et præstantissimis ingenüs abundans. Nec scio an ullæ sint Indiæ quæ magis opis indigeant) »'.
Ainsi parle Maldonat. Le Poitou, pour lui, est moins civilisé encore que les Indes. Et cependant, après Paris (habemus confitentem.…..), il n'y a point de ville en France où l'on puisse fonder un collège plus utilement et plus avantageusement qu’à Poitiers. Entre chaque ligne perce le dépit de la non-réussite. Mais Maldonat se redresse maintenant et pose son ultimatum. Il refuse d’aller trouver l'évêque, connaissant d'avance l'insuccès de sa démarche. C'est aux Poitevins « à voir ce qui est de l'intérêt de leur ville» ; s'ils veulent un collège, «la Compagnie ne le leur refusera pas». Pour lui, Maldonat, «il se prive volontiers de la gloire d'être regardé comme fondateur de collèges », dissimulant mal le désir immodéré qu'avait la Compagnie d'obtenir un collège à Poitiers, mais que venaient sans cesse traverser des difficultés sans nombre, provenant tant des habitants du pays que du clergé séculier.
Le P. Maldonat mourut, sans avoir eu la satisfaction d'éta-