‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 63 sur 236 · Prat, op. cùl · texte numérisé non relu

Prat, op. cùl

blir les Jésuites à Poitiers, au collège de Bourges le 5 janvier 1583, à l’âge de 56 ans. Crétineau-Joly, dans son Histoire de la Compagnie de Jésus, le fait décéder à Rome, et il ajoute :

« Lorsque le président de Thou arrive à cette mort, un senüiment de reconnaissance, que les Pères ont inspiré à tousleurs élèves, s'empara de l'historien, et il dit (Æistoire universelle, liv. 79, année 1585) : « La plus grande perte qu’eut à déplorer la république chrétienne fut celle du P. Maldonat, jésuite, issu d’une noble famille d'Espagne, et nourri dès son enfance dans la culture assidue des belles-lettres. Il apporta à tout son cours de philosophie et de théologie une piété singulière, une candeur de mœurs admirable et une admirable pénétration de jugement. Il enseigna ensuite à Paris durant dix ans, au collège de Clermont, où nous l’entendimes au milieu d’un immense concours et d'une approbation universelle ».

Cet éloge funèbre n'a rien d'exagéré, et la mémoire du P. Maldonat fût restée également bonne parmi nous, si le jésuite ne se fût mêlé, comme il le fit, à des intriguesetà des compromissions absolument répréhensibles et regrettables.

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Dix-huit ans se passèrent avant que les Jésuites reprissent leur tentative, si malheureusement interrompue, de fonder un collège à Poitiers.

L'édit de pacification de 1576, en donnant naissance à la Sainte Ligue, avait été le signal de nouvelles hostilités qui éclatèrent à la fois dans toutes les provinces. En Poitou, comme ailleurs, on ne vit plus que villes fermées, on n’entendit plus parler que de surprises de places, d’escarmouches et de courses d'aventuriers à travers le pays. Poitiers, pourtant si fidèle à son roi, ne signa la Ligue qu'avec une grande répugnance el pour se débarrasser des obsessions de la couronne. Ses habitants refusèrent même les subsides votés, alléguant qu'ils étaient assez nombreux pour se garder eux-mêmes.

La mort du duc d'Alençon (1585), seul héritier catholique du trône, donna de nombreux partisans à la Ligue: le peuple

‘s'exalta à la pensée de voir la couronne de France sur la tête du protestant Henri de Navarre, el le sentiment religieux fit

ce que n'avait pu faire l'attachement au roi. Alors, par toute la France, commença entre les protestants et les catholiques, cette lutte suprême qui devait emporter en passant la dynastie des Valois.

Cependant la défaite des catholiques à Coutras (20 octobre 1587) jeta Poitiers dans la plus grande stupeur. On prit contre les protestants des mesures sévères et vexatoires. Leurs logements furent soumis à des perquisitions multiples ; on leur fit défense de sortir de la ville. Craignant d'être assiégée, Poitiers se mit à la hâte en état de défense et fit continuer les fortifications. Mais comme la caisse municipale était vide, il fallut recourir à une contribution sur les habitants. L'état de gêne joint au danger présent amena une irritation, qui se traduisit chez les magistrats par de nouvelles vexations à l’adresse des protestants, et dans le peuple par une explosion de haine, quand le corps du duc de Joyeuse, tué à Coutras, fut trans-

porté à Poitiers et honoré d'un service solennel dans la cathédrale.

C'est à ce moment que les émissaires de la Ligue faisaient partout en France tous leurs efforts pour le triomphe de leur cause. Au premier rang dans cette campagne se distinguaient les Jésuites par leur ardente et souple activité. « Des âmes à arracher à l'erreur, des ennemis à diviser, des amis à rallier et à guider, et comme récompense, une grande influence à acquérir, il y avait là de quoi tenter le zèle et exciter les espérances de la Société » !. Poitiers les attirait par son étendue, le nombre et l'importance de ses établissements religieux. Pour la deuxième fois alors, ils essayèrent de planter leur drapeau sur ce boulevard du catholicisme dans une province presque entièrement protestante, en y fondänt un collège ?.

Dès le mois de janvier 1588, ils firent sonder le Corps de Ville pour obtenir de lui cette autorisation. Il offrit le collège

. Ouvré, 0p. cit.

. La petite ct vicille croix de pierre, qui porte la date de 1587. avec le OR PRane de la Société maladroitement renversé : S. H. I. (lisez L. H. S. ), et que l’on voit encore plantée sur le mur qui borde, sur la rive droite du Clain, l'un des côtés du Chemin de Rochereuil, en face de l'Eglise de Montierneuf. : est sans nul doute une croix de Mission, un des souvenirs du passage, cette année-là, des Jésuites à Poitiers.

de Géléasis, dont les bâtiments tombaient en ruine, regrettant de ne pouvoir faire davantage (27 avril 1388). Un peu plus tard, le 3 octobre, le Conseil, désirant vivement la restauralion de cet établissement, consentit à le donner aux Jésuites. Il y fit même faire des réparations et quelques religieux de la Compagnie vinrent le visiter. La négociation resta suspendue pendant dix-sept ans, et, par un retour qu'il eût été difficile de prévoir alors, c'est à Henri IV, à ce monarque protestant qu'elle avait attaqué avec tant d'ardeur, que la Société dut d'obtenir enfin le prix de sa persévérance et de ses efforts.

Mais avant d'être comblée par la faveur du roi, la Société éprouva sa juste, mais trop courte colère.

Le 27 décembre 1594, le jour même de l'attentat de Jean Châtel sur la personne de Henri IV, le Parlement avait déclaré les Jésuites « corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, ennemis du roi et de l'Etat», et ordonné qu'ils partiraient dans trois jours de Paris et quinze jours après de tout le royaume, « sous peine, le dit temps passé, d’estre tous pendus ». « Cette année-là 1594, éclata, écrit le P. Prat, cette tempête de haines qui renversa, dans presque toute la France, les collèges de la Compagnie ».

Pendant qu'à Parison pendait, en place de Grève, le P. Guignard, auteur d’écrits faisant l'apologie du régicide (7 janvier 1595), Poitiers, par ordre du gouverneur du Poitou, le duc d’Eibeuf, allumait des feux de joie sur la place du Marché-Vieil, auxquels se mêlèrent encore les cantiques de l'Eglise, Le 7’ Deum louait Dieu pour une protection qui ne devait pas aller au-delà de quelques années...

Le même jour (7 janvier 1595), Henri IV sanctionna le bannissement des Jésuites par un édit, et le dimanche 8, ils sorlirent de Paris au nombre de 37. Ils se dirigèrent sur la Lorraine. :

L’édit royal fut enregistré le 7 février suivant; il chassait les Jésuites « comme convaincus d’avoir presché l’assassinat et participé, par leurs excitalions, à une tentative d'homicide contre Henri IV ».

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