Archives Départementales, D
2, Id., \ D, 21.
« Sèmes-y des Gascons, ils poussent partout»!, disait un jour Henri IV à son jardinier qui se plaignait de l'infertilité d’un coin de son parterre. Ce roi des Gascons en parlait en connaissance de cause.
« Sèmes-y des Jésuites, ils poussent partout », aurait-il pu dire un peu plus tard avec non moins de vérité. À peine ce prince eut-il signé leur rétablissement, qu'ils s'abattirent sur la France, et dans toutes les parties de la France, plus nombreux qu'ils ne l'avaient encore fait jusqu'à présent.
Cette même année 1603, les habitants de Poitiers, pour rehausser la splendeur de leur Université, supplièrent Henri-le- Grand d’y établir un collège royal. Leur but était de chercher
‘ à ranimer l'amour des belles-lettres qui s’y était fort ralenti
depuis quelques années, puisque de dix collèges où les lettres
étaient enseignées autrefois, les exercices ne subsistaient plus que dans les collèges de Montanaris, du Puygarreau, de Sainte-
Marthe et de Saint-Pierre. Encore l'exercice des sciences était-
il presque entièrement discontinué dans ces quatre collèges,
soit parce que les revenus en avaient été aliénés ou dissipés,
soit parce que des maîtres particuliers s'étaient ingérés à enseigner les étudiants dans leurs propres maisons.
C’est ce qui paraît parle procès-verbal de visite ?des collèges dressé en 1603 par le recteur de l'Université et le maire de Poitiers. Il fait foi que dans le collège du Puygarreau, le plus célèbre des autres collèges, il n’y avait alors que cinq écoliers auxquels le principal donnait des leçons ; qu’il n'y en pouvait avoir un plus grand nombre par le défaut de régents et de revenu pour les entretenir.
Le même procès-verbal attesle :
Que dans le collège de Montanaris il y avait un régent pour dix-huit ou vingt écoliers; qu'il n’y avait plus que deux
4. En patois béarnais : « Plantos-y Gascous, gaoun partout ». — Commentaires de Blaise de Montluc.
2. Archives Départementales, D. 199. Voir Introduction, page L.
classes basses et trois hautes, et qu’enfin le prieur ne jouissait même pas de cent livres de rente.
Que dans le collège de Sainte-Marthe il n’y avait que quatre pensionnaires et qu'une quinzaine d'étudiants ; que le principal ne touchait aucun revenu pour entretenir des régents.
Que dans le collège de Saint-Pierre il y avait à la vérité quatre régents pour la langue grecque, la latine et la philosophie, mais qu'il y avait très peu de fonds pour leur subsis-
tance.
Il est vrai que pendant que les humanités languissaient
dans les collèges, les hautes sciences telles que la théologie, le droit et la médecine continuaient d'y être enseignées depuis l'érection de l’Université ; mais il n'était pas possible de faire aucun progrès dans les sciences sans le secours des lettres humaines.
Les Jésuites, toujours à l'affût des bonnes occasions, se présentèrent une troisième fois à Poitiers pour avoirle collège demandé. Nôus verrons que, s'ils parvinrent enfin à l’oblenir, ce ne fut pas sans de nombreuses difficultés.
Si l'on en croit certains Mémoires déposés au greffe les 8 janvier 1762 et 27 janvier 1763 par les officiers municipaux, leurs ancêtres auraient sollicité vivement à cette époque la Société de Jésus de se charger de l'enseignement à Poitiers, où tous les collèges étaient fermés. Les officiers municipaux de 1763 avaient puisé ces renseignements, entièrement démentis par les Mémoires du temps, et notamment par ceux de Sully, gouverneur général du Poitou, dans un manuscrit in-folio de 20 pages, intitulé: Aistoire de l’établissement et fondation du collège de Poiliers de la Compagnie de Jésus, et dressé en l'année 1652.
Ce Mémoire trouvé dans le collège des Jésuites, et l’œuvre de l’un deux, fut adressé au procureur général du roi par les officiers du bailliage, et par lui déposé au greffe le 11 février 1763 !. Les officiers municipaux, qui avaient eu communication de cette pièce, avaient cru pieusement qu'elle ne contenait que la vérité : ils s'étaient trompés, ainsi que nous le verrons.