‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 76 sur 236 · Mémoires de Sully · texte numérisé non relu

Mémoires de Sully

Béarn, le Conseil Souverain de ce pays obtint de Henri IV qu’ils en fussent éloignés Ce ne fut qu'en 1608 qu'ils purent y être admis, grâce à la pressante intervention de l’évêque d’Oloron : ce qui est assez surprenant, vu que les Jésuites avaient rarement pour eux les évêques, dont ils faisaient profession de méconnaître l'autorité !,

Plus près de nous, à Angoulême, ils échouèrent en 1593. Ils ne furent pas plus heureux dans leur seconde tentative, en 1600, malgré les efforts coalisés du maire de la ville, du duc d'Epernon, gouverneur d'Angoumois, de l’évêque et de tous les notables de la cité. Ce ne futqu'en 1622, après trente années d'une propagande persistante, que le parti catholique réussit à obtenirl'établissementdesJésuites au collège, malgré, cette fois, la vive opposition de l'évêque Antoine de la Rochefoucauld *.

Un peu plus tard (1643-1644), à Gap, ils tentèrent aussi de s'emparer de la direction du collège tenu par les Dominicains. L'évêque, Arthur de Lionne, les avait autorisés à prêcher et à administrer les sacrements. Tout en faisant les affaires de Dieu, les bons Pères s'occupèrent aussi d'avancer les affaires tempo- relles de la communauté. Pressentis par les autres ordresreligieux établis à Gap, ils furent obligés de céder à leur opposition, et, après avoir restitué le produit des quêtes faites en leur faveur par les dames de la ville malgré la défense de l’évêque, ils assemblèrent leurs amis, leur firent leurs adieux et parlirent *.

En Poitou même, Poitiers n'était pas la seule ville où les Jésuites eussent désiré s'établir. Ils avaient aussijeté les yeux sur Fontenay, dont la position élait très propice à leurs desseins : le souvenir des guerres civiles à peine terminées, l’énergie des haines et surtout l'exaltation religieuse détournaient l'attention et devaient leur permettre de s’y installer sans bruit. Ils y furentautorisés par Henri IV le 29 juin 1604, sur la demande de Henri d'Escoubleau, évêque de Maillezais, et sur celle d'Isabelle Babou, dame de Sourdis, marquise d’Alluye (son père était gouverneur de Chartres). Les Jésuites se proposaient, avant tout, de fonder un collège à Fontenay: ils seraient

1. Voir notre Histoire du Lycée de Pau. (Pau, 1890). 2, Cf. Boissonnade, 0p. ci. | 3. Cf. Nicollet, Le Collège communal de Gap uvant la Révolution. (Paris,

peut-être parvenus à leur but, si l’ombrageuse défiance des autres couvents (Cordeliers et Jacobins) n'eût excité de la part du public une vigoureuse opposition. Les Jésuites revinrent cependant deux ans après, et louèrent une maison ; maisils ne s’y établirent pas à demeure fixe. Pendant 31 ans, ils ne firent à Fontenay que de courtes apparitions. Ils échouèrent encore en 1624, ainsi que le prouve ce court passage d’une lettre adressée de Fontenay, à la date du 18 juin, par Besly à M. Dupuy, avocat au Parlement, à Paris:

« ...Nous avons .esté en grand’peine ces jours icy pour l'establissement des peres jesuites qui n'ont peu faute de fonds. Le P. Cotton nous à presché l’octave de la Feste-Dieu aveq un meritoire aplaudissement et un fruict inestimable pour l'eglise catholique » !.

En 1635, la mort de Michel Brisson, seigneur de l'Eraudière, receveur des tailles à Montreuil-Belloy, leur procura les fonds nécessaires à leur établissement, « Par les testsment et codiciles des 22 mars 1610, 10 septembre 1627 et autres subséquents, il donna à la Compagnie, à la condition de fonder un collège, tous les biens meubles, acquêts, etc., et pria spécialement les Jésuites, lors établis en la ville de Poitiers, d'en prendre à perpétuité la direction et le soin. Et au cas qu’il adviendrait, par fortune de guerre ou autres accidents, que lesdits Pères Jésuites ne fussent audit Poitiers (ce qu’à Dieu ne plaise), le testateur prie MM. de Sorbonne de Paris d'y pourvoir... »?.

Munis du consentement de l'évêque de Maillezais et de celui des officiers municipaux, ils obtinrent facilement de Louis XIIT des lettres patentes qui les autorisèrent à accepter le don de Michel Brisson, et l’année suivante ils commencèrent à élever les bâtiments du collège.

À cette date, il y avait juste vingt-deux ans que les Jésuites de Poitiers avaient fini par obtenir, dans cette ville, le collège qu'ils convoitaient depuis 1570, et dont ils devaient faire l'un des plus prospères de la province, jusqu’au jour de la dissolution de leur ordre en 1762.

1, Archives historiques du Poitou, t. XV.

2. Cf. Benjamin Fillon, Recherches historiques et archéologiques sur Fontenoy- Vendée. (Fontenay, 1847). S

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