‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 77 sur 236 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. Donation officielle du collège de Sainte-Marthe aux Jésuites. Dons de toute sorte en faveur de l'établissement du collège. Imposition de 12.000! sur le clergé. — Générosités de Flandrine de Nassau. Les Jésuites direc-

teurs spirituels de l’abbaye royale de Sainte-Croix. — Démêlés des Jésuites avec l'Abbé de Saint-Cyran et l'Evêque de Poitiers. Intervention du P. Arnoux. .

IT. Union de plusieurs grands bénéfices au collège de Sainte-Marthe : la Carte; Ligugé ; Loudun; Pamproux; Saint-Cyr. — Lettres de protection et de sauvegarde.

III. Projet d’agrandissement du collège. Premières acquisitions de maisons. — Concession aux Jésuites de Paumônerie de Sainte-Marthe. Nouvelles acquisitions. Lettres pressantes de Henri IV et du P. Coton aux évêques de Maillezais et de Luçon. — Réparations aux vieux bâtiments du collège de Sainte-Marthe. Construction d’un nouveau bâtiment pour les classes. — Ouverture des classes dans le collège du Puygarreau, malgré l’opposition du seigneur du lieu. — Inauguration du collège de Sainte-Marthe. — Fondements de l’église des Jésuites.

IV. Emotion causée à Poitiers par la nouvelle de l'assassinat de Henri [V. Nouvelles oppositions à l'établissement des Jésuites. Protection de Louis XIII. — Le P. Jean de la Renaudie, premier recteur du collège. Dettes des Jésuites. Retour du P. Jacques de Moussy. Quête, aumônes, dons particuliers. Continuation des travaux de l'église : la première messe. — Le novice Francois de Raynier. — Triste situation du collège. Rectorat du P. Jacques Gordon. Acquisition d’une parcelle du cimetière de Saint-Hilaire-de-la-Celle. Achat dés premiers livres de la bibliothèque des Jésuites. — Séjour de Louis XIII à Poitiers. Les Jésuites obtiennent du roi des lettres patentes, par lesquelles il prend le collège sous sa protection et dédie l’église à saint Louis. — Nouvelles aumônes. Offrandes des dames de la ville.

V. Rectorat du P. Jacques Lespaulard. Nouvelles acquisitions de livres et de maisons. Construction du pavillon Henri IV. Edification d’un second corps de bâtiment à trois étages, dit bâtiment Louis XIII. — Union de deux autres bénéfices au collège de Poitiers : Sainte-Radegonde et Comblé. — Intelligente administration du P. Lespaulard.

Quand, au mois d'octobre 1605, Henri IV passa par Poitiers, -en se rendant dans le Limousin, il eut la satisfaction de trouver ces « bons Pères » déjà installés, depuis le 20 juillet, dans le vieux collège de Sainte-Marthe, que l’Hôtel de Ville, définitivement possesseur, avait provisoirement et gracieusement mis à leur dispostion!.

Le 10 décembre suivant, au mépris de la clause testamentaire du fondateur ? qui ordonnait, en 1522, que le collège de Sainte-Marthe serait desservi par des séculiers et non des réguliers, le même Hôtel de Ville leur en fit donation officielle, ainsi que de toutes ses dépendances, consistant «en maisons, cours, jardins, granges, elc., plus en quatre métairies, dont la principale étoit celle qui s'appeloit la grange de Sainte-Marthe au-dessus de l’abbaye de Saint-Cyprien, dans la paroisse de Saint-Benoît-de-Quinçay; une borderie et plusieurs rentes foncières, avec une autre maison de ville près du Calvaire ». Le revenu de tous ces biens pouvait être alors de six à sept cents livres ®.

Ladite donation était faite avec cette clause néanmoins

« qu'où lesdits pères quitteroient la demeure en cette ville, et par quelque sujet, occasion ou occurrence que ce fût, ladite fondation ne pût sortir effet, ès dits cas lesdites choses ci-dessus déclarées retourneront de plein droit auxdits sieurs maire et .échevins et maison commune, pour faire et disposer lesdites maisons et bâtimens et choses ci-dessus, ainsi qu'ils verront pour le bien et l'avantage de ladite ville, et comme ilsauroient pu faire auparavant ces présentes, qui demeureront en chacun d’iceux cas résolus ».

Cette donation, toute imporlante qu'elle fût, ne fut acceptée par le P. Jacques de Moussy, Supérieur des Jésuites de Poitiers, que comme un gage d'une fondation plus considérable.

1. Archives Départementales, D. 29. Délibération au 30 mai 1605. 2. Antoine Gironet, doyen de la Faculté des arts, agissant conjoinctement avec sa femme Théobalde Giraud. (Arch. Départ., D. 19).

3. Archives Départementales, D. 199. L'acte de cession est signé Gombault et Gapiens, notaires royaux.

Le contrat d’ailleurs n’imposait aucune condition à la Société qui, comme chacun sait, ne s'y serait pas soumise.

En même temps, on remit aux Jésuites les sommes recueillies dans la ville et qui devaient leur servir à payer les premières réparations.

Voici donc les Jésuites entièrement maîtres du collège de Sainte-Marthe : ils en touchent tous les revenus. Le Corps de Ville, on se le rappelle, s'élait engagé en outre, dès l’année précédente, de leur servir pendant trois ans 2.000 livres par an, payables par avance et par semestre, et à fournir un lieu commode pour l'habitation des précepteurs et régents, pour les classes, et enfin les meubles nécessaires !.

De son côté, le P. de Moussy avait si bien manœuvré qu'il obtenait de plusieurs des principaux habitants de la ville la promesse d'une somme de 2.000 livres pendant deux ans, en attendant que le collège fût suffisamment doté ?,

Par ses soins, des collectes étaient faites dans toutes les paroisses de Poitiers ; des donations lui arrivaient de tous côtés, et de tous côtés s’enregistraient des testaments en sa faveur.

Le riche abbé de Saint-Benoît, sans bourse délier, fit preuve d'une grande générosité en permettant aux Pères de la Compagnie de couper quatre pieds de chêne dans les bois de son abbaye, « pour servir à la bastisse du collège » (7 août 1609).

D'autre part, la cession et la vente du collège de Montanaris apportait aux Jésuites la somme ronde de 4.000 livres tournois *. à

Enfin, le roi lui-même, voulant contribuer par un don volontaire à l'établissement du collège des Jésuites, leur faisait tenir sa première obole, soit 1.500 livres ‘.

1. Par les différents articles de ce dernier contrat, les officiers municipaux stipulaient qu'ils se rembourseraient des 6.000 livres qu’ils promettaient, sur les rentes qui s’amasseraient au profit du collège : ce-qui ne leur fut pas difficile, vu que c’était eux qui recevaient, au moins pendant les quatre ou cinq premières années, les cotes volontaires versées pour l’établissement des Jésuites. Il a même été établi dans le Compte-rendu par le président Rolland « que dans les 173.101! 415 que les Jésuites ont reçus dans les soixante premières années de leur établissement, les officiers municipaux n’y ont contribué que pour 1.352 livres » |

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