Cf. L: Séché, Les derniers Jansénistes, &. 1, p
métairies, moulins, bois, droits de chasse, garenne, four et autres droits de fiefs quelconques, y compris l’annexe de Terruan, celles de Fontadam et de Fontereuse », dépendait de l'antique abbaye de Grammont en Limousin.
Le résignataire se réserva sa vie durant la jouissance de son bénéfice. Il fit même ajouter cette clause fort singulière et tout à fait illicite « que René Bidran, neveu du titulaire, aurait, après la mort de son oncle, sur ce même bénéfice, 400 livres de pension ». :
Henri IV, qui ignorait sûrement cette simonie, par brevet du 28 octobre 1605, confirma cette union, et le sieur Bidran étant décédé avant que les Jésuites se fussent pourvus en cour de Rome !, ce même prince accorda un nouveau brevet en date du 30 octobre 1606, portant don aux Jésuites du prieuré de la Carte, pour être uni au collège de Poitiers. Cette union fut confirmée par une bulle de Paul V datée des calendes de décembre 1606, qui, après une information de commodo el incommodo, et autres procédures nécessaires, et notamment le consentement de l'abbé et des religieux de Grammont du 5 décembre 1606, fut fulminée par l’official de Poitiers le 21 avril 1607.
En exécution de cette sentence, les Jésuites prirent possession de ce prieuré le 30 du même mois. Une nouvelle bulle de Paul V, du 29 mars 1610, consacra cette union :.
Pendant que toutes ces formalités s'accomplissaient, les Jésuites s’occupèrent aussi de réunir à leur collège les prieurés de Ligugé, de Notre-Dame de Loudun et de Pamproux.
Le monastère de Ligugé, fondé vers 360, par saint Marlin, disciple de saint Hilaire et, plus tard, évêque de Tours, était de bonne heure devenu célèbre par les savants religieux qui l'habitèrent #. |
1. Le concordat avait accordé au roi le droit de nomination aux grands bénéfices, qu'on appelait consistoriaux. Le brevet était alors envoyé à l’ambassadeur du roi à Rome, et ensuite, le tout bien examiné, le pape envoyait ses bulles ou provisions.
2. Archives Départementales, D. 29. — Rolland, Compte-rendu, ete.
3. « Ars ibi, exceplis scriptoribus, nulla habebatur ». Cf. Histoire liltéraire de la France, t. III, p. 429. LE
Détruit au vu‘ siècle par les Sarrasins, puis entièrement ruiné par les Normands, il tomba au pouvoir des laïques !.
Il fut mis dans la suite (1065) sous la dépendance de l’abbaye de Maillezais, située en Bas-Poitou, dans une île formée par les rivières de Sèvre et de l’Autise.
Au commencement du xvue siècle, le prieuré de Saint-Martin de Ligugé appartenait à M. Gaspard Lefranc, chantre et chanoine de l'Eglise de Poitiers.
Il était à cette époque exempt de la juridiction de tout évêque, dépendant totalement de l’abhaye de Maillezais, et relevant immédiatement du Saint-Siège. Il avait toute justice haute, moyenne et basse.
Le prieur était seigneur de ia paroisse de Ligugé et des bourgs de Raboué et de Ruffigny, qui en dépendaient. Il avait moulin et four banal, auxquels les habitants de ces trois bourgs devaient aller moudre leur blé et cuire leurs pâtes sous peine d'amende et de confiscation des blés, farines, pâtes ou pains. Il avait droit de passage et droit de pêche depuis au delà de l’île de Pons ? jusqu’à la pointe des bois lui appartenant, proche et du côté de Saint-Benoît.
Le prieur avait en outre la dîme générale, dans toute la paroisse, des blés, vin, lins, chanvres, pois, fèves, charnage et d’une partie des prairies. Il y avait aussi une petite dime qui s'appelait la dime de Mintré (affermée 30 livres),et plusieurs terrages de blé et vin. Il avait droit de faire planter des noyers dans quelques terres qui devaient le terrage au quart, par les propriétaires qui les devaient entretenir de vingt en vingt pas, et les noix lui appartenaient. Il y avait enfin une garenne et une petite forêt qui consistait tant en bois de haute futaie qu'en bois taillis, et où personne ne pouvait aller sans la per- mission du prieur.
Cinq membres dépendaient du prieuré de Ligugé : la sei- . gneurie de Raboué ; Ruffigny; Saint-Remy-sur-Creuse, en - Touraine ; Bonnillet, paroisse de Chasseneuil; Ferrabœuf, paroisse de Marnay.
1. Une monographie très complète de ce monastère a été faite par 10 R. P. Dom Chamard, sous ce titre : Saint Martin et son monastère de Ligugé.
2, Petite ile, à quelques pas de limportant moulin à papier construit de nos jours à Papau, sur les limites de la commune d’Iteuil.
Le prieuré de Ligugé avait la présentation et nomination de cinq cures, savoir : la cure de Saint-Paul de Ligugé, de laquelle le curé n’était que vicaire perpétue] ; la cure de Sainte-Marie- Magdeleine de Ruffigny, de laquelle aussi le curé n’était que vicaire perpétuel; la cure de Saint-Eutrope d’Andillé ; de
- Magné, près Gençay, et de Péré, près Guron. Et en plus de ces cures, de la chapelle de Saint-Jean de Curzay, fondée dès le commencement du xive siècle, à côté de l'autel de l’église du prieuré de Ligugé, de laquelle chapelle le curé de Ligugé était chapelain *.
Pour obtenir cet important prieuré, les Jésuites firent solliciter le prieur commendataire Gaspard Lefranc, par son supérieur et son ami, messire Gilles Gillier, doyen du chapitre de Saint-Pierre. Les conditions fixées de part et d’autre furent aussitôt acceptées : le résignataire se réservait, sa vie durant, l'usufruit de son bénéfice, et de plus (la simonie étant alors à l’ordre du jour), il fit assurer à ses deux petits-neveux, Gaspard et Pierre Baillargeaux, 400 bonnes livres de rente annuelle, jusqu'à leur mort.
Tout étant ainsi réglé, le prieur Lefranc passa aux PP. Jésuites procuration, le 24 avril 1606, pour requérir en cour de Rome l'annexion du prieuré de Saint-Martin à leur collège de Poitiers.
Henri IV, par brevet du 4 février 1607, consentit à cette union, laquelle fut confirmée par bulle pontificale du 4 mai suivant.
Dans l'intervalle, on avait eu soin de solliciter et d'obtenir le consentement, plus nécessaire encore que celui du prieur commendataire, de l'évêque de Maillezais, Henri d'Escoubleau de Sourdis, qui, en sa qualité de collateur du monastère de Ligugé, pouvait mettre une barrière infranchissable à l’encontre de l’union projetée. Le 9 juin 1606, ce prélat, cédant aux instances réitérées des Jésuites, signa un acte de désistement de tous ses droits, à la charge par les Pères d'entretenir, . nourrir et élever, soit au collège de Poitiers, soit ailleurs, à perpétuité, deux clercs séculiers ou réguliers, choisis par l’Évêque de Maillezais, ou à défaut de ce, de payer aux deux