Archives Départementales, D
Loudun, dans les textes latins, est indifféremment désignée par ces deux mots : Castrum Laudunense, Losdunum, Lavesdunum, Laucidunum ou Laudunum .
Macrin et les frères de Sainte-Marthe sont les premiers qui, par une licence poétique, ont donné à cette ville le nom de Juliodunum, que Chevreau et quelques autres ont tâché de lui conserver.
Quoi qu’il en soit de cette question de l'origine étymologique du nom de Loudun, ilest certain qu'on doit la mettre au rang des anciennes villes, puisque, avant l'an 1000, elle figurait déja comme un lieu considérable, et la principale place du Loudunois soumise à l'obéissance des comtes d'Anjou.
Plus tard, elle se fit apprécier dans les guerres civiles du xvi* siècle par sa situation et par son château, que Louis XIII démolit en 1633. Un an après, elle devint le théâtre d’un de ces drames qu’excuse seule l'ignorance du moyen àge, quand celle-ci n’était pas mise au service de l'ambition et desfläches vengeances : nous voulons parler du supplice d'Urbain Grandier.
Le prieuré de Notre-Dame-du-Château de Loudun était de fondation royale, « faite tant par Charlemagne que Hugues Godefroy, comte d'Anjou, et autres qui ont constitué ledit prieuré par bienfaits et aumônes, qui font que la plupart dudit prieuré est tenu des Rois en franche aumône » :. Ces fondations étaient, en effet, communes à cette époque, et les rois et les ducs usaient de ces moyens pour disposer en leur faveur le clergé alors tout puissant. Charlemagne connaissait si bien cette influence du clergé qu’il ne négligea rien pour se rendre favorable celui de l’Aquitaine en y plaçant des abbés de race franque et en donnant à ces personnages des bénéfices en domaines pour subvenir à leurs besoins ?. |
Le prieuré de Loudun dépendait de l'abbaye, royale aussi, de Tournus en Bourgogne, ordre de saint Benoît, et sans moyen du Saint-Siège apostolique. Il ne jouissait que de la moyenne et basse juridiction. Le priéur nommait aux cures
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2, Cf. Dufour, Histoire des Rois et des Ducs d'Aquitaine.
suivantes : la cure de Saint-Pierre-du-Marché de Loudun, de laquelle le prieur était curé primitif, et le curé vicaire perpétuel ; la cure de Notre-Dame de Taizé : de Saint-Philbert de Messais ; de Saint-Philbert de Pouançay; de Saint-Pierre de Trois-Moutiers ou de Bernesay; de Saint-Jean d'Arçay, et de Saint-Pierre de Vézières.
Plusieurs chapelles étaient aussi à la nomination et dépendance du prieuré de Notre-Dame-du-Château : la chapelle de Notre-Dame de Velors, près le château de ce nom ; de Saint- Eloi, joignant la maison du sacristain de Loudun ; de Saint- Martin de la Vogette, près Ceaux ; de Notre-Dame-l'Ancienne, dans le grand cimetière devant l’église des Carmes de Loudun, alors en ruine ; des Saint-Lazare et Saint-Ladre, près la porte de Mirebeau de Loudun ; d'Estiveaux, près Arçay; enfin une autre chapelle dans l’église même du prieuré de Loudun.
Les domaines du prieuré s'étendaient dans 14 paroisses. Les principales dépendances étaient : Taizé, Messais, ArÇçay, Marnes, la Rée, Ponçay, Cougnes, Saint-Léger de Montbrillais, Trois-Moutiers :.
La résignation du titulaire de cet immense prieuré est du 4 juillet 1606. Celle du cardinal de La Rochefoucauld, abbé de Tournus, et en cette qualité collateur du prieuré, avait été faite le 24 octobre de l’année précédente. La même bulle du pape Paul V de décembre 1606, qui avait incorporé le prieuré de la Carte, unit au collège de Poitiers le prieuré de Loudun,
Le consentement des religieux de Tournus, qui dut être aussi demandé, fut donné par acte capitulaire du 26 janvier 1607 seulement, et aux conditions suivantes :
1° « Que du revenu dudit prieuré il seroit entretenu et nourri à toujours consecutivement et alternativement un religieux de ladite abbaye de Tournus audit college de Poitiers pour yestudier et estre enseigné, ou en l’un des autres plus prochains colleges de ladite abbaye, comme celui de la ville de Lyon ou de Dijon, aux choix et option du reverend abbé de ladite abbaye, par lequel sera envoyé ledit religieux ;
2° » Qu'il sera aussi entretenu audit prieuré le nombre des religieux tel qu'il est accoutumé y avoir, lesquels religieux
41, Notes manuscriles de la collection Redet.
y seront semblablement mis et envoyés par ledit sieur Abbé ;
3 » Que la collation de tous et chacuns les officiers claustraux dudit prieuré, vacations d'iceux advenant, demeurera et sera toujours audit sieur Abbé ;
4 » Que le payement de toutes les pensions dues, tant audit sieur Abbé, qu'officiers et couvent dudit Tournus, ainsi qu'elles se comportent et se trouvent estre dues, soit aussi toujours continué » *.
Ces conditions étaient extrémement dures, trop dures assurément pour que les Jésuites non seulement les acceptassent, mais surtout les suivissent de point en point, Aussi se pourvurent-ils en cour de Rome où ils obtinrent des bulles sans que même il y fût fait mention des charges énoncées ci-dessus. Pere
Ces bulles furent fulminées le 21 avril 4607 par l’official de Poitiers, et les Jésuites prirent possession de leur bénéfice le 2% du même mois.
Une nouvelle bulle du pape Paul V, consacrant l'union de Notre-Dame-du-Château de Loudun au collège des Jésuites de Poitiers, fut fulminée le 29 mars 1610 ?.
Ils en jouissaient en toute sécurité, quand, les 14 mars 1612 et 7 octobre 1613, Louis XIII accorda des lettres patentes pour la confirmation de cette union, — lesquelles furent vérifiées au grand Conseil les 22 mai 1614 et 27 juin 1616, — aux charges et conditions apposées dans le consentement des religieux de Tournus.
Les Jésuites se trouvant très grevés par ces conditions, s'adressèrent cette fois au cardinal de La Rochefoucauld. Ce prélat, « jésuite de Robe-courte », passa avec eux une transaction portant que « desormais tous et chacuns les fruicts, revenus, droits et emolumens dudit prieuré de Loudun, ses membres,appartenances et dependances quelconques, ensemble des Offices claustraux, demeureront perpetuellement unis audit college de Poitiers, et que lesdits Jesuites seroient tenus de faire celebrer tous les jours en l’eglise dudit prieuré, ou cas advenant qu'ils en fussent forclos par l’insolence des sol-