‹ Les Jésuites au Canada [microforme]Chapitre 3 sur 5 · COADJUTEURS TEMPORELS OU FRÈRES · texte numérisé non relu

COADJUTEURS TEMPORELS OU FRÈRES

Alexandre Macquet, tailleur.

Antoine Lourse, sacristain et tailleur,

Charles Boispineau, pharmacien.

George Denct, cordonnier,

Jacques Ferchaud, cuisinier,

Jean-Baptiste Delvacq, acheteur.

Nicolas le Clerc, assistant-procureur.

Pierre le Tellier, docet legere et scribere.

(Catalogus Provinciæ Franciæ Societatis Jesu, exeunte anno 1749, p. 27.)

? Il y avait peut-être un chemin couvert qui reliait l’église à la maison ; mais l'église était une coustruction à part, comme on le voit par la magnifique gravure qui fut prise sur les lieux par un officier anglais, Richard Short, lors du siège de Québec, Cette église, dont M. de Tracy posa ia première pierre en 1666, et pour

[æ faut suivre l'office à genoux. Au-dessus de l'église il y a un petit clocher à cadran. 4 st “La maison qu'habitent les Jésuites est magnifique, et a une appa- 4 tot rence superbe tant du dehors qu’à l'intérieur : on dirait un vrai palais. 4 sai C'est un édifice en pierre, À trois étages, outre le grenier, à toit carré très D Jeu élevé et couvert en ardoise, Il ressemble au nouveau palais de Stockolm, 4 pa et renferme entre ses murs une Cour spacieuse. Ses dimensions sont telles h. que trois cents familles pourraient y loger à l'aise, et cependant, dans le L àb moment, il n’abrite pas plus de vingt jésuites! à “a “ Mais quelquefois leur maison en contient un bien plus grand nom- et bre, surtout au retour de ceux qui ont été envoyés comme missionnaires

dans le pays. A chaque étage il y

| si a un long corridor, sur lequel donnent FE.

des chambres, des salles ou d’aut

res pièces pour les pères, ainsi que la

On bibliothèque, l'apothicairerie, ete. Tout Y est bien ordonné, et les jésuites sont des mieux partagés ici.

“Le collège forme une maison à part; de grands vergers et des tuc jardins potagers, coupés de belles allées l'entourent de tous côtés, Outre gri les arbres de culture, il y a Jà de nombreux vétérans que la hache du Ell bûcheron a respectés, seuls restes ‘ des forêts primitives qui ont vu les ch: Commencsments de la ville. On Y à planté aussi beaucoup d'arbres che fruitiers, et le jardin est rempli de toutes sortes d'herbes et de légumes, dit pour l'usage de la cuisine. à ont

“ Les jésuites dînent ensemble dans une grande salle. Adossée à 4 gér l’un des murs, il y a une tribune, d'où l’un des pères fait la lecture dans 4 plu quelque ouvrage religieux ; mais ce jour-là, la lecture fut omise; tout le 4 de temps du repas fut employé à la Conversation, et à faire honneur au s’et dîner...”

Kalm fait ensuite un juste éloge de ses hôtes : + où “ Les jésuites, dit-il, sont ordinairement très instruits et adonnés à s dor l'étude, en même temps que très polis et agréables en Compagnie. Il y a ee : laq quelque chose qui plaît dans tout leur maintien, et il n'est Pas surprenant 4 san qu'ils captivent l'esprit du peuple. Ils parlent rarement de questions 3 me religieuses, ou bien, quand il leur arrive d'en parler, ils ont soin d'éviter À en les disputes, 1 laquelle il fit un don de 480 livres, fut démolie en 1807 : elle était très belle. Quel dommage que l'on ait fait disparaître cet édifice sacré, qui était un orrement pour notre ville, et que l'on aurait tant de plaisir À montrer aux étrangers ! Sunt lacrymeæ 1 rerum 5 Outre cette église, les jésuites avaient aussi une chapelle, dont on avait com- Le su} uiencé à poser les fondations en 1650, Quelques années plus tard, elle fut jugée E: not insuffisante, et l’on se décida à bâtir une église : mais on y fit les offices jusqu'à ce . t que celle-ci fût complètement terminée. Il y avait aussi, à part cela, la Congréga- À YA tion. Journal des Jésuites, pp. 142, 265, 338. F AVE ! Ceci était absolument exact, le vingt et unième jésuite, savoir le P. de Bon- la ( nécamps, se trouvant absent, lors de la visite de Kalm, !

tion de Céloron.

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LaosseLiN] LE P, DE BONNÉCUAMPS 89

“ [ls sont toujours prêts à rendre service, et quand ils voient que leur assistance est requise, ils préviennent toute demande d'aide en se mettant tout de suite à l'œuvre, pour faire ce que l'on attend d'eux. Leur conversation est très intéressante et instructive, et l'on ne peut s'ennuyer dans leur société. J'ai causé avec beaucoup de jésuites en Canada, je n’en ai pas trouvé un qui ne possédât ces qualités à un degré éminent. ….

“ On les considère comme des sujets choisis entre beaucoup d'autres à cause de leurs talents supérieurs et de leurs qualités. On les regarde aussi comme gens très habiles, réussissant toujours dans leurs entreprises, et surpassant tous les autres en finesse et pénétration d'esprit. Aussi ai-je remarqué souvent qu'ils ont des ennemis au Canadu.

“ Ils ne reçoivent dans leur Société que des sujets qui promettent. On ne trouve pas d’imbéciles parmi eux...

Voici ce que Kalm écrit des habitants de Québec à cette époque :

“ Les marchands s'habillent fort élégamment et poussent la somptuosité dans les repas jusqu'à la folie. Les femmes sont tous les jours en grande toilette et parées autant que pour une réception à la cour... Elles ornent et poudrent leurs cheveux chaque jour, et se papillotent chaque nuit.....Les gentilshommes portent généralement leurs propres cheveux, mais il y en a qui font usage de perruques. Les gens de condition mettent du linge garni de dentelles ; tous les officiers de la couronne ont l'épée. Les gentilshommes, même ceux d’un rang élevé, le gouverneur général excepté, lorsqu'ils vont en ville par un jour qui menace d’être pluvieux, portent leur manteau sur le bras gauche. Les amis de l’un et de l’autre sexe qui ne se sont pas vus depuis quelque temps, se saluent eu s’embrassant mutuellement lorsqu'ils viennent à se rencontrer.” !

Il ne nous a pas paru hors de propos de faire connaître l'institution où le P. de Bonnécamps passa près de vingt années de sa vie, les confrères dont il partagea la douce et tranquille existence, la population avec laquelle il fut si longtemps en rapports pour ainsi dire journaliers, ayant sans doute parmi ses élèves plusieurs de ces fils de famille dont les parents menaient une vie passablement frivole et étalaient un luxe souvent peu en rapport avec leur véritable état de fortune.

Nul doute qu’en envoyant le P. de Bonnécamps au Canada, ses supérieurs lui recommandèrent de bien profiter de son séjour dans ce pays nouveau, si étendu et encore si peu connu, pour faire beaucoup d'observations scientifiques, et de leur en adresser de fidèles comptes rendus. On avait une revue d’une grande valeur, qui se publiait sous les auspices de la Compagnie : elle s'appelait AAOEER de Trévoux, du nom de la petite

Voyage de Kalm en Amérique.

ville,' capitale de Ja Principauté de la Dombes fallait alimenter cette revue, de mani nance à côté du Journal des Savants :

différents collèges de Ja Compagnie de Jésus ne manquaient pas de lui envoyer de temps en temps des études et des travaux.

Il est probable que le P, de Bonnécamps nications scientifiques soit directement à ses su} confrères de Trévoux. Malheureusement une seule de ces études est parvenue jusqu'à nous: c'est une “observation météorologique faite à Québec,

en Canada, le 12 juin 1746", Elle fut publiée dans les Mémoires du mois de mars 1747. En voici le texte :

“ Vers les neuf heures du soir parut dans large dans son milieu de 7 ou 8 d. et

Il représentait un croissent assez bien formé, et sa courbure suivait à peu près la direction des parallèles, T1 pouvait embrasser un peu plus du tiers de la sphère. Son milieu ne répondait Pas au méridien, et paraissait en être éloigné d'environ 30 d. vers le couchant. Environ les 10 h. la corne orientale s'éclipsa tout à fait, et l’autre s'aftaiblit extraordinairement; mais sur les 11 h. le croissant se forma de nouveau et parut plus brillant qu'auparavant. Son milieu avait changé de situation et répondait au zénith. Ses bords étaient bien détachés et exactement terminés, Le point septentrional de l'horizon paraissait Comme un foyer de lumière, d'où sortaient des rayons assez forts pour répandre une espèce de jour sur objets. On ne VOoyait point de ces colonnes étincelantes, de ces Jets de feu, ni de ces guirlandes enflammées, qu'on aperçoit dans les aurores boréales ordinaires, C'était une lumière tranquille, uniforme et semblable à celle d'un beau crépuscule. Elle éclairait toute la surface de l'arc, dont la concavité était d'un blanc assez vif, mais cette blancheur s'obscurcissait un peu vers [a convexité.

“ Cela dura près d'une heure sans aucun changement notable. Un Peu après minuit, le nord devint sombre, Jes Cornes du croissant s'émoussèrent, la Vapeur changea de figure et se Partagea en plusieurs petits sillons inégaux et presque parallèles au plan du méridien. Quelque temps après, on vit tous ces petits sillons courir dans le même ordre et avec

rapidité d'orient en occident : ce qui dura bien un demi-quart d'heure, au bout duquel tout se dissipa." ?

, Où elle était imprimée. : ]l ère qu'elle pût faire bonne conteaussi les professeurs éminents des

dérieurs de Paris, soit à seg

le ciel un arc lumineux, terminé en pointe à ses extrémités.

1 Trévoux est aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement, dans le département du Rhône, entre Villefranche et Lyon, sur la ligne de Paris à Lyon. Elle était la

Capitale de la Dombes, petite principauté indépendante que Louis XIV avait créée en faveur du duc de Maine, l’un de ses fils naturels.

? Mémoires de Trévoux, mars 1747, p. 572,

Les Mémoires de Trévoux commencèrent à paraître en 1701. Ils étaient impri-

més à Trévoux, mais l'administration se tenait au collège Louis-le.Grand, à Paris, Ils paraissaient tous les mois, et comptent, paraît-il, huit cents volumes, format petit in-12, |

Le P. de Sommervogel a publié, en 1884, une exceliente Table méthodique des

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LE P, DE BONNÉCAMPS 41

[aossær1x]

Dans notre mémoire de l’année dernière sur l'abbé Picquet; fondateur de la Présentation, nous avons parlé de l'expédition de Céloron de Blainville à la Belle-Rivière en 1749. M. de la Galissonnière voyant les Anglais commencer à franchir les Alléghanys et envahir peu à peu lu vallée de l'Ohio, résolut d'arrêter leur marche et chargea Céloron d'aller reprendre possession du pays au nom de la France, Tout en remplissant cette mission, il devait voir s'il n'était pas possible de créér plusieurs établissements de commerce dans cette vallée,

Céloron organise aussitôt le détachement, dont il est nommé commandant en chef. M. de Contrecœur est le commandant en second. Outre ces deux capitaines, il y a “huit officiers subalternes’, six cudets, vingt hommes de troupes, cent quatre-vingts Canadiens et environ trente sauvages tant Iroquois qu'Abénakis."”

Lachine est le point de départ de l'expédition, et le départ est fixé au 15 juin.

Mais il faut un aumônier pour ce détachement de près de deux cent cinquante hommes. Il faut un guide habile, capable d'éclairer et de diriger la route, capable de dresser une carte des endroits parcourus. Cet homme est tout désigné d'avance: c’est le professeur d'hydrographie du collège de Québec.

M. de la Galissonnière propose au P. de Bonnécamps d'accompagner

Mémoires de l'révoux, entrois volumes. Le premier volume renferme, outre un Essai historique sur les Mémoires de Trévoux, la liste des Dissertations, pièces originales ou rares, mémoires, publiés dans la revue, Les deux autres volumes sont consacrés aux articles bibliographiques ; car la bibliographie était de beaucoup la partie la plus importante des Mémoires de Trévoux.

Charlevoix fut longtemps attaché à la rédaction des Mémoires. Le P. Berthier en fut l'administrateur depuis 1746 jusqu'à la suppression de la Compagnis de Jésus en France en 1762: ‘* Il restera, dit le P. Sommervogel, comme un des plus beaux types du journaliste ”.

Sainte-Beuve appelait les Mémoires de Trévoux ‘ce vrai monument de la littérature des jésuites en français ”,

‘Rédigé pendant plus de soixante ans par des membres de la Compagnie de Jésus, dit le P. Sommervogel, ce journal survécut à la catastrophe de 1762, et vingt années encore, quoique sous des titres différents, il conserva uue modeste place au milieu des journaux littéraires du dix-huitième siècle, pour s'éteindre enfin vers

‘Le premier numéro avait paru au mois de mars 1701. Il était intitulé: Mémoires pour l'histoire des sciences et des beaux-arts Recueillis par l'ordre de Son Altesse Sérénissime Monseigneur Prince Souverain de Dombes. Janvier, Février 1701. A Trévoux, De l'Imprimerie de S. A. S. Et s: vendent à Paris chez Etienne Ganeau, libraire Rue Saint-Jacques, vis-à-vis la fontaine Saint-Séverin, aux Armes de Dombes. Avec Privilège et Approbation. M.DCCI.” (Essai historique sur les Mémoires de Trévoux.)

! Mémoires de la Société royale du Canada, 1894, p. 10.

Le Journal de Céloron etla Relation du P. de Bonnécamps nous font connaître les noms de MM. de Viliers, de Courtemanche, de la Saussaye, de Niverville, de Joannès, le Borgne, Chabert de Joncaire et son frère. Il y avait aussi le fils de Céloron,

SOCIÈTÉ ROYALE DU CANADA l'expédition, 1] accepte volontiers, avec part aussitôt avec sn chapelle et ses instruments astronomiques,

Au jour indiqué, “ vers les trois heures après-midi, vingt-trois cañots tant français que sauvages” quittérent Lachine, chargés du Personnel et des bagages du détachement, On ne fut de retour à Québec que le 18 novembre, “ c'est-à-dire cinq mois et dix-huit jours après en être parti ”,

Au témoignage de M, de Céloron, le P, de Bonnécamps 9 extrême attention à ]n route”. [ltint un Journal très exac

Puis, au retour, Prépara une Æ-lation de l'expédition pour M, de Ja Galissonnière qui venait de Passer en Europe, Malheureusement il ne put la lui faire Parvenir que l'automne de l'année suivante :

Il ne me fut Pas possible l'année dernière, lui écrit-il, de compte de mon Voyage dans Ja Belle-Rivière :

partis de Québec quand j'y arrivai. J'aurais par la Nouvelle-Angleterre ; Mais j'avais à v la prudence ne me permettait pas de faire Ainsi, malgré l'envie extrême vous m'aviez témoignée, départ de nos vaisseaux.”

La relätion qu v carte :

l'agrément de son Supérieur, et

donna une t du voyage,

Vous rendre tous les Vaisseaux étaient

PU, il est vrai, vous écrire ous dire

Passer par le que j'avais de répond J'ai pris le parti de dif'ére

bien des choses que S mains des Anglais, e à la confiance que r à le faire Jusqu'au

oyage du P. de Bonnécamps était accompagnée d'une

“Je vous Supplie un petit moment Galissonnière, en faveur de ln ca Elle est réduite à cause de qui m'ont été donnés des doubles croix.!

“ La longitude est Partout estimée.

J'aurais pu en déterminer quelques points par des observations : mais Pouvais-je et devais-je Compter sur une montre d'une bonté médiocre et dont j'ai cent fois éprouvé lirrégularité avant et après mon retour ? Oserais-je dire que Mon estime est Juste ? En vérité, ce serait être bien. téméraire, surtout aÿant été obligé de naviguer dans des courants sujets à Mille alternatives, même, quelle règle d'estime pourrait.

Dans l'eau morte on avoir dont Ja justesse ne serait Pas déconcertée Par la variation et les rameurs ?

inégalités du vent ou des “ Quant aux rhumb observés et marqués \ans mon journal avec que je savais qu'une partie de Je n'ai pas non plus J'avais observée.

qu’elles ne s'accor

d'audience, écrit-il à M.

te que j'ai l'honneur de v sa grande étendue :

Par les hauteurs Gbsery

de Ja ous présenter, elle a vingt points fixes ées, et que j'ai marqués par

Si j'avais eu une bonne ‘montre,

s de vent, je Puis répondre que je les ai tous

le plus grand scrupule, parce

l'exactitude de ma Carte en dépendait.

manqué de les Corriger suivant Ja variation que

J'ai corrigé Pareillement les lieues de distance lorsdaient pas avec les latitudes observées.

!# Malgré les nr

echerches les plus minutieuses, il ne retrouver la carte

dont il s'agit.” (Lettre de M. Deniel, Ministère des colonies, à l’auteur, 3 janvier 1895.)

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[aossmiix] LE P, DE BONNÉCAMPS 43

# En un mot, j'ai fuit tout mon possible pour répondre aux marques d'estime que vous avez eu lu bonté de me donner plus d'une fois. Si je suis assez houreux pour avoir réussi, je vous nrie de vouloir bien m'employer quand l'occasion s'en présenteru : c'est l'unique récompense que j'attends de mon travail.”

Le P. de Bonnécamps rendait ensuite aux officiers de l'expédition un beau témoignage :

“ Je ne saurais me résoudre, dit-il, à finir cette lettre sans rendre à MM. les officiers toute lu justice qu'ils méritent, Dans les srbalternes, j'ai admiré leur zèle pour le service, leur courage quand l'occasion l'a demandé, leur soumission aux ordres du com:nandant et leur promptitude à les exécuter!

“ Pour ce qui est de M. de Céloron, c'est un homme attentif, cluirvoyant, actif, ferme, pliant à propos, fécond en ressources et plein de résolution, un homme enfin fait pour commander. Je ne suis pas flatteur, et je ne crains point que ce que je dis me fasse passer pour l'être."

La Jelation du P.de Bonnécamps, encore inédite, ! est très intéressante: c'est l’œuvre d’un savant, d’un observateur ; c'est aussi, sans en avoir la prétention, une œuvre littéraire. Ecrite avec précision et mesure, elle est cependant assez longue : nous n'entreprendrons point de la publier toute entière. Qu'il nous suffise de citer assez des principaux passages pour donner une idée de sa valeur et de son mérite.

Voici d’abord les principales étapes de l'expédition : Pointe-Claire, les Cèdres, Coteau-du-Lac, Anse-aux-bateaux, Mille-Roches, Long-Sault, la Présentation, Catarakoui, Niagara, lac Chautauqua, la Belle-Rivière, la Paille-Coupée, Atigué, Chiningué, Sinhioto, rivière à la Roche, village de la Demoiselle, fort Miumis, lac Erié, Détroit; puis, au retour: ln pointe Pelée, la pointe à la Biche, Niagara, Chouaguen, Catarakoui, la Présentation, etc.

À Coteau-du-Lac, il arrive un accident, le seul de toute la campagne : voici comment le raconte le P. de Bonnécamps :

“ Le soir (du 17 juin) nous allâmes camper au Coteau-du-Lac : c'est une langue de terre fort étroite, au bout de laquelle il y a une chute considérable. Le canot de M. de Joncaire eut le malheur d'y tomber et s'y perdit. De quatre hommes qui étaient dedans pour le gouverner, trois eurent le bonheur de se sauver à la nage; le quatrième ne fut pas si houreux, et périt sous nos yeux, sans pouvoir lui donner le moindre secours. C’est le seul homme que nous ayons perdu dans la campagne.”

? M. Parkman, cependant, en cite quelques passages dans Montcalm and Walre,

l& détachement arrive à Long-Sault le 22, vers les onze heures du

fumé Ti :

1 ons fines un portage d'un peu Ps d'un quart de lieue, et t'on 'émonta fes cäots à vide. On ferait beaucoup Mieux de les transporter Par terre comme on fait le bagage ; on perdrait moins de temps, et on courrait moins de risques : mais Ju coutume est une loi Contre laquelle Je bon sens ne prévaut Pas toujours,” !

Voici la description que donne le P, de Bonnécamps du fort Catarakoui :

“Le fort Catarakoui est situé vers le fond d'une anse, environ à une trentaine d'arpents du fleuve. C'est un quarré de Pierre de soixante toises : chaque angle est flanqué d'un bastion : vis-à-vis la porte, on & Construit une demi-lune, Les environs du fort sont bien découverts et hors de sur- Prise, [lest un peu commandé par un monticule qui n'en est pas fort éloigné. J'observai sa latitude, que je trouvai être de 44° 28", C'est Jà P'oprement que commence Je cours du fleuve Saint-Laurent, qui, à mon estime, ne Passe pas 230 lieues,”

[admire la limpidité et la fraîcheur des eaux du Inc Ontario :

“ Les eaux de ce Jae, dit-il, sont extrêmement claires et transparentes : à dix-sept et dix-huit pieds, elles Iaissent äpercevoir le fond aussi distinctement que si on le voyait au travers d'un v vre poli. Elles ont encore une autre propriété, bien agréable aux Voyageurs : c'est de conserver une grande fraîcheur au milieu des étoutfantes chaleurs qu'on est quelquefois obligé d'essuyer en Passant ce lac,”

I décrit Je fort Niagara, dont la situation lui inspire quelques réflexions pratiques :

“ Le fort de Niagara est un quarré de pieux revêtus au dehors de pièces de chêne qui lient et fortitient tout l'ouvrage. Un grand corps de logis de pierre forme la courtine qui regarde le lac, Sn grandeur est à peu près /n même que celle du fort Frontenac.

“Iesi situé sur la rive orientale du canal par lequel se déchargent les eaux du lac Erié. On sera bientôt dans la nécessité de le transporte: ailleurs, sarce que la côte, minée continuellement Par les flots qui viennent S'y briser, s'écroule peu à peu et gagne sensiblement Je pied du fort,

“ Il serait Avantageusement placé au-dessus de Ju chute, sur un beau platon, où tous les canots sont obligés d'aborder Pour faire le portage. Par là on épargnerait aux Sauvages, nation naturellement Paresseuse, la peine de faire trois lieues par terre; et pourvu qu'on diminuât le prix excessif des ma. andises, an les dégoûterait insensiblement des Anglais, et on verrait reflen : %, , aite. qui est Presque entièrement tombée. “

“ La fameuse: de ligara, ajoute-t-il, est à très peu près à égale

! Dans son Join , 'Sloron dit que ‘ 'usieurs canots furent crevés dans les rapides”, Et ailleurs: ‘ Piusieurs canots furent casés par la mauvaise volonté de Ceux qui les conduisaient : Je les fis raccommoder et Continuai ma ronte ”,

onze heures du

de lieue, et l'on les transporter de temps, et on ontre laquelle le

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{oossmLix] LE P, DE BONNÉCAMPS 48

distance des deux lacs, Elle est formée par un rocher coupé à plomb et haut de 133 pieds, suivant ma mesure, que je crois exacte! Na figure est une demie ellipse, divisée vers son milieu pur une petite île, La lnrgeur de la chute peut être d'un quart de lieue et demi, L'eau tombe en éeume le long du rocher, et est reçue dans un vaste bassin, au-dessus duquel règne un brouillurd perpétuel.”

Le Inc Erié no lui sourit pas autant que le lae Ontario :

# Nous avons suivi la côte : elle est assez régulièrement droite, médiocrement élevée, et fournit peu d'abris ; en bien des endroits, ce n'est que roc couvert de quelques pouces de terre. Le lac Erié n'est pas profond ; ses eaux n'ont ni la transparence ni la fraîcheur de celles du lue Ontario.” ?

Puis il ajoute : “C'est duns ce lac que j'ai vu pour la première fois des dindes sauvages : ils ne différent en rien de nos dindes domestiques."

Du lac Erié " au lac Chautauqua, où l'on arriva le 22 juillet, il y a un portage d'environ trois lieues et demie :

“ Le chemin est passablement beau. Le bois au travers duquel il est frayé ressemble à nos forêts de France, Le hêtre, le frêne, l'orme, le chêne rouge et blane, voilà ce qui en compose la plus grande partie. On y trouve une espèce d'arbre qui n'a point d'autre nom que celui de bois inconnu : sa tige est haute, droite, et presque sans branches jusqu'à su cîme : c'est un bois mou et léger : on s'en sert pour faire des pirogues, ct il n'est bon qu'à cela °.”

On traversa le lac Chautauqua, puis l'on s'avança bien péniblemeng dans la petite rivière qui lui sert de décharge :

“ L'eau manqua tout à coup sous nos canots, dit le P. de Bonnécampr, et nous fûmes réduits à la triste nécessité de les traîner sur des cailloux. dont le tranchant, malgré nos soins et nos précuutions, en enlevait de temps en temps de larges aiguillettes, "

“ Enfin, accablés d'ennui, et désespérant presque de voir ln Belle-

! La hauteur, aujourd'hui, est de 160 pieds. La différence s'explique par le recul de la chute, causé par l'érosion.

2 ‘* Le lac est extrêmement plat ; il n'a pas d'abri, A plus de vingt lieues dans le large, on trouve des pierres extrêmement grosses, sur lesquelles on est en danger de périr. Je tambai sur une, et, sans un prompt secours, j'étais noyé avec tout mon monde. Je mis à terre pour raccommoder mon canot, qui avait été crevé en plusieurs endroits.” (Journal de Céloron.)

3 On partit de l'endroit où est aujourd'hui Ja Letite ville de Portland,

4 Céloron avait soin d'envoyer en avant une partie du détachement pour préparer ln voie au corps d’éxpédition : ‘* Sitôt que tous mes canots furent chargés, je détachai M. de Viliers et le Borgne avec cinquante hommes pour aller nettoyer les chemins.” (Journal de Céloron.)

5 Serait-ce par hasard le fhuya, vulgairement le cèdre, mais qui n'est pas du tout le cèdre de l'Europe ?

6 ‘ A bien des endroits, j'étais obligé de mettre quarante hommes sur chaque canot pour le faire passer.” (Journai de Céloron.)

Rivière, nous ÿ entrâmes le 29 (juin) à midi. M. de Céloron fit enterrer une lame de plomb sur Je bord méridional de l'Ohio, et plus bas il fit attacher à un arbre les armes du roi, ? Après cette Opération, nous allâmes camper vis-à-vis un petit village d'Troquois de douze ou treize cabanes : on le nomme Kananouangon ,

* Le 30, nous nous rendîmes à la Paille Coupée..., C’est un village très médiocre, Composé d’Iroquois et de quelques Loups. I] est situé sur la rive septentrionale de l'Ohio, et borné au nord par un groupe de montagnes qui forment un petit bassin fort étroit au fond duquel est Je village, Sa latitude est de 42° 5’

Le corps d'expédition suit désormais le cours de Ja Belle-Rivière, Le P. de Bonnécamps décrit la route, et note les Principaux incidents qu voyage :

* Le 1* août, nous marchâmes toute Ja journée entre deux chaînes de montagnes qui bordent la rivière à droite et à gauche. L'Ohio est fort . plat pendant les vingt premières lieues ; mais un gros orage que nous avions essuyé Ja veille de notre départ avait fait enfler les eaux, et nous Passâmes partout sans aucun embarras,

* M. Chabert prit ce jour-là sept serpents à sonnettes : ce sont les Premiers que j'ai vus. Ce ser vent n'a rien qui le différencie des autres, sinon que sa queue est terminée par sept ou huit petites écailles enchâssées les unes dans les autres et qui font une espèce de cliquetis quand l'animal]

! La partie de l'Ohio qu'ils atteignirent alors s'appelle aujourd'hui l'Alléghany, Cette rivière se joint plus loin, vers Pittsburz, à Ja Monongahéla, et devient alors l'Ohio proprement dit. :

ordres de M. le marquis ière, u Canada, dans la Belle-Rivière autremen L i fficiers de notre

toutes celles qu côtés jusqu'à la source des dites riv dents rois de France, Spécialement par ce affiché dans le même

(Journal de Céloron.) un notaire aCCompagnait l'expédition. (Montcalm and

# Aujourd'hui Conewango.

Céloron fit enterrer 0, et plus bas il fit

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.. C'est un village Ps. Il est situé sur ar un groupe de fond duquel est Je

Belle-Rivière, Le Paux incidents du

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rd'hui l'Alléghany, la, et devient alors

nb et des armes du

de l'ordre royal et it envoyé par les 1 du Canada, dans officiers de notre méridionale de Ja nq minutes vingtravée :

ron, commandant mandant général es villages de ces Kannnouangon, le us avons prise de s terres des deux û jouir les précépar les traités, et Avons de plus uoi avons dressé le 29 juillet 1749,

(Montcalm and

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marche ou s'agite. Les uns ont des taches jaunâtres répandues sur un fond brun, les autres sont entièrement bruns et presque noirs. Il y en a, m'a-t-on dit, de fort grands: aucun de que j'ai vus ne passait quatre pieds!

“ La morsure est mortelle. On prétend que laver la plaie qu'il a faite, avec de la salive, mêlée d'un peu de sel marin, est un remède souverain, Nous n'avons pas eu, Dieu merci, l'occasion de faire l'épreuve de cet antidote,

“On m'a raconté mille choses merveilleuses de ce reptile ; entre autres, que l'écureuil apercevant un serpent à sonnettes entrait aussitôt dans de violentes agitations, et qu'au bout d'un certain temps, entraîné pour ainsi dire par un charme invincible, il venait de lui-même se jeter dans la gueule du serpent. J'ai lu un fait tout semblable rapporté dans les Transactions philosophiques; mais je ne me rends pas encore pour cela.”

Le P. de Bonnécamps continue à décrire le chemin parcouru, et enregistre tout ce qui peut intéresser. M. de la Galissonnière :

“Nous poursuivimes notre route, et nous marchâmes comme le premier jour, ensevelis dans cette sombre vallée qui sert de lit à l'Ohio...

! Le serpent a sonnettes est particulier à l'Amérique : voilà sans doute pourquoi le P. de Bonnécamps en fait la description à M. de la Galissonnière,

Du reste, il y avait longtemps qu'un autre père de la Compagnie de Jésus avait décrit le serpent à sonnettes. Voici en effet ce qu'on lit dans la Relation de 1657, où il est question d'un essai d'établissement français sur les rives du lac Gannentaha, au centre de la confédération iroquoise :

‘Il se rencontre au même endroit certains serpents qui ne se voicnt pas ailleurs et que nous appelons des serpents à sonnettes, parce qu’en rampaut ils font un bruit semblable à celui d'une sonnette, ou plutôt d’une cigale, Ils portent au bont de leur queüe certaines écailles rondes engagées l'une dans l'autre, de telle sorte qu’en les ouvrant et resserrant, ils font ce bruit qu’on entend de vingt pas. Ces sonnettes ou écailles ne laissent pas de faire du bruit quand on les remue après la mort du serpent ; mais il n’est pas si grand que celui qu'elles font iorsque le serpent est en vie.

‘Les originaires du pays d sent que ces écailles sont excellentes contre le mal de dents, et que sa chair, qu'ils trouvent d'aussi bon goût que celle de l'anguille, guérit de la fièvre : ils en coupent la queüe et la tête, qui est toute plate et presque carrée, et mangent le reste,

‘Son corps a environ trois pieds de longueur ; il est plus gros que le poignet d'un homme, et tout marqueté sur le dos de taches noires et jaunes, excepté sur la queüe, qui est quasi toute noire. Ila quatre dents, deux en haut et deux en bas, aussi longues mais plus aigües que nos petites aiguilles. Il mord comme un chien, et fait découler son venin dans la morsure par un petit aiguillon noir qu'il tire d'une bourse où ce poison est renfermé,. Quand quelqu'un en est mordu, il enfle aussitôt, et s’il n’est promptement secouru, il meurt en peu de temps, tout couvert de pustules rouges,

‘* Aussitôt que ces serpents voient un homme, ils siflent et battent de la queüe, faisant jouer leurs sonnettes, soit pour épouvanter leur ennemi, soit pour s’animer au combat, ou plutôt parce que Dieu leur a donné cet instinct, afin que les hommes

soient sur leurs gardes à l'approche d'un si dangereux animal, ...” (Relations des Jésuites, 1657, p. 13.) :

Le soir, après notre débarquement, on enterra une 2° lame de plomb sous un gros rocher sur lequel on voit plusieurs figures grossièrement gravées, Ce sont des figures d'hommes et de femmes, des pistes dindes, d'ours, etce., tracées sur le roc, suader que c'était un ouvrage d'européens ; mais en vérité je puis dire que les gravures sont d'un goût et d'un travail à ne Pas méconnaître la maladresse des Sauvages. Je Pourrais ajouter à cela qu'elles ont bien du rapport avec les hiéroglyphes dont ils se servent au lieu d'écriture,

“ Le 4 (août) nous Continuâmes notre route, toujours environnés de Montagnes quelquefois si hautes qu'elles ne nous permettaient pas de voir le soleil avant neuf ou dix heures du matin ou après deux ou trois heures du soir, Cette double chaîne de montagnes règne Je long de la Belle- Rivière, du moins Jusqu'à la rivière à Ja Roche. Elles s'éloignent de temps en temps du rivage, et laissent voir de petites plaines d'une ou deux lieues de profondeur.

“ Le 6 nous arrivâmes à Attigué,! où nous ne trouvâmes personne : tout le monde s'était enfui dans Les bois, Voyant cela, nous passâmes outre et nous vîinmes à lance Chaouanons, où nous ne trou-

vâmes qu'un vieillard et un is les deux ensemble faisaient bien deux siècles,?

de chevreuils, de

ien village des e vicille qui tot

“Quelque temps après, nous rencontrâme Parurent être des engagés. On les somma de qu'ils étaient prêts à obéir. On leur re de Philadelphie : c'était une modèle.”

“Ces Anglais venaient de Quarantaine de paquets de pe Philadelphie, Ces paquets c

S cinq Anglais qui nous se retirer, et ils répondirent mit une lettre pour le gouverneur copie de celle que vous aviez donnée pour Chiningué et de Sinhioto. Ils avaient une leteries qu'ils se Préparaient à transporter à onsistaient en peaux d'ours, de loutres,

de rl nan eme mue ch ef à à GA 1 Aujourd'hui Kittanning, ? “Je rembarquai, et je passai le même jour à l’ancien Village des Chaouanons, qui est abandonné depuis le départ du nom

mé Chartier et sa bande, qui fut levé de cet endroit par les ordres de M. le marquis de Beauharnais, et conduit à la rivière au

Vermillon, dans Ouabache, en 1745," (Journal de Céloron.)

# “Monsieur, ayant été envoyé avec un détache ordres de M, le marquis de la Galissonnière, France, pour réconcilier avec elle quelques nations sauvages qui s'étai à l'occasion de la guerre qui vient de finir, j'ai été très ciants de votre &ouvernemer aucune prétention, Je les ai

ent dans ces quartiers par les Commandant général dans la Nouvelle.

mois. J'espère, monsieur, que vous voudrez bi qui est contre les traités, et faire avertir vos né s'ils reviennent dans ces contrées, qui pourraient leur arriver. Je sa d'en venir à quelques violences, Mais il a des ordres tr de négociants étrangers dans son

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chats de pécans et de chevreuils en poil; car on ne vait là ni martes ni castors,

“ Les Anglais nous dirent qu'ils comptaient cent lieues de là à Philadelphie.”

La botanique occupe une grande place dans la relation du P. de Bonnécamps :

“Un de nos officiers me montra un févier!: c'était un arbre de moyenne grandeur, dont le tronc et les branches sont armés de pointes longues de trois ou quatre pouces, et grosses vers leur base de deux ou trois lignes. L'intérieur de ces pointes est rempli de moelle, Le fruit est une espèce de petites fèves renfermées dans une gousse longue d'environ un pied, large d’un pouce, et de couleur roussitre mélangée d’un peu de vert. Ily a cinq ou six fèves dans chaque gousse.

“ Le même jour (7 août) nous dinâmes sous un cotonnier creux, dans lequel on rangea vingt-neuf hommes les uns à côté des autres. Cet arbre L'est pas rare dans tous ces cantons-là. I] croît sur le bord de l’eau et dans des endroits marécageux. Il se lève fort haut et porte beaucoup de branches. Son écorce est mince, et rude comme du chagrin. Le bois en est dur, cassant, et sujet à la pourriture. Je ne crois pas en avoir vu deux qui ne fussent creux. Ses feuilles sont larges et épaisses ; son fruit est de la grosseur d’une petite noisette enveloppée dans du duvet : le tout ressemble à une pomme assez exactement sphérique et d'environ un pouce de diamôtre.

“ Puisque je suis sur l’article des arbres, il faut vous dire quelque chose de l’assiminier et de celui qu'on pourrait appeler le lentillier. Le premier est un arbrisseau dont le fruit a la figure d’une ovale et est un peu plus gros qu'un œuf d'outarde. Sa substance est blanche et spongieuse ; elle devient jaune quand le fruit est mûr ; elle contient deux ou trois pépins larges et plats comme les fêves de marais : ils ont chacun leur cellule particulière. Les fruits viennent ordinairement deux à deux et sont suspendus au même pied. Les Français lui ont donné'un nom qui n’est pas fort honnête : T'esticuli asini. C’est un mets délicat pour les Sauvages et les Canadiens : pour moi, je l'ai trouvé d'une fadeur insupportable.

“ Celui que j'appelle le lentillier est un arbre d’une grandeur ordinaire. La feuille est courte, oblongue, et dentelée tout autour. Son fruit approche fort de nos lentilles: il est renfermé dans des gousses qui viennent par grosses touffes à l'extrémité des branches.”

À Chiningué?, nos voyageurs ne furent pas accueillis d’une manière très engageante : :

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