‹ Les jésuites au Collège d' Autun, 1618-1763Chapitre 54 sur 94 · Reg* eapit · texte numérisé non relu

Reg* eapit

la hongrelifte *, sur leur maigre rossinante, cabris de Montcenis, ânes de Beaune, veaux d'Arnay 2, manantsde Saulieu, ainsi que les désignait leur antique surnom, natifs de Château-Chinon, se pressaient en foule pour prendre part soit aux divertissements, soit aux affaires de toute sorte et aux marchés dont cette grande réunion annuelle était l'objet :

Qui Ligeris rivagia late

Cultivât, et qui Ararim potat venit agmine longo.

Les chevaux au piquet et les bœufs ruminant sous le joug couvraient les vastes espaces compris entre la ville moderne etPenceinte romaine, pendant la vente des produits de la terre, Tachât des provisions de toute Tannée et Téchange des nouvelles entre gens sortant rarement de chez soi et n'ayant guère d'autre occasion de se rencontrer. Mais la présence des marchands étrangers et des artisans nomades, le besoin de vendre et d'acheter, le désir de se trouver à ce grand emporium de toute la région, n'étaient pas le seul attrait offert à la curiosité. Un autre spectacle attirait aussi la foule.

1. Hongreline, vêtement originaire de Hongrie, usité en France vers 1610 et qui passa dans le costume militaire vers 1640. c II consistait en une sorte de paletot, boutonné sur le devant et fendu tout autour à partir des lianches. En acquérant un peu plus de longueur et en se garnissant de boutons et de poches, la hongreline devint, vers 1672, le justaucorps. » (V. Quicherat, Histoire du costume en France, p. 458, 485, 542.) Son usage dans l'armée en avait fait le costume préféré des gentilshommes qui le conservaient, dans la vie civile, en souvenir de leur profession et comme un moyen de se distinguer des robins ; il était porté surtout .par les gentilshommes pauvres qui ne pouvaient renouveler souvent leur garde-robe. C'est ce dernier sens qu'a en vue le P. Josselin : c On appelle loi Ongrelina les gentilshommes les plus pauvres >, dit un annotateur ms. du poème du P. Josselin, qui écrivait en 1814. (V. l'exemplaire de l'Histoire de la ville d'Autun, par Rosny, annoté par Tabbé Troufllaut, B. de la Société Eduenne.) C'est ainsi que, même au commencement de ce siècle, la qualification subsistait encore, bien que le costume qui lui avait donné naissance ait cessé depuis longtemps d'être en usage.

2. C'est de ce passage de l'œuvre du P. Josselin, Arneti lœta juventuSf qu'a été tirée la joyeuse devise qui entoure encore aujourd'hui l'écusson de la ville d'Ârnayle-Duc. Les habitants ignorent peut-être qulls la doivent à un Jésuite.

Au milieu de la place connue sous le nom de Champ-Saint- Ladre et dont les promenades plantées et les constructions n'avaient pas alors réduit la vaste surface, on élevait un fort en bois que la milice bourgeoise de la ville, divisée en deux camps, était chargée de défendre contre un nombre égal d'assaillants.

Ces jeux, qui dans le principe avaient sans doute pour objet d'entretenir les qualités militaires de la population ou de célébrer quelque siège autrefois soutenu par la ville, étaient alors bien déchus de leur antique éclat. A la faveur de la paix profonde dont jouissaient depuis longtemps les habitants de la France centrale, les habitudes guerrières s'étaient peu à peu perdues, le guet et garde n'était plus observé qu'en temps d'épidémie, et les murailles, à demi écroulées, ne servaient plus à défendre que les revenus de l'octroi. Ces vieux exercices s'étaient ressentis de ce changement apporté aux mœurs de la population ; ils avaient pris une allure bourgeoise et pacifique qui contrastait avec leur origine et leur objet. Si malgré leur déchéance, ils étaient encore demeurés chers au cœur des habitants, ils n'avaient pas le même prestige aux yeux railleurs de l'étranger. Celui-ci ne pouvait guère, en effet, prendre bien au sérieux ces paisibles bourgeois, ces menuisiers, perruquiers, apothicaires, qui avaient troqué leur instrument professionnel et distinctïf pour prendre le mousquet et l'épée : l'un, une vieille arquebuse rouillée; l'autre, la carabine de son aïeul; celui-ci une épée du temps de Henri IV; celui-là, un ceinturon remontant aux guerres de la Ligue, armes que leur bras, habitué à d'autres exercices, ne maniait peut-être pas avec autant de dextérité :

An te alios hic regardabilis omnes,

Âlbardam pari ter bonus et portare seringam, RafTatinus, Ynelior tamen inferiora ferire Terga hominum quam pectos erat

Le P. Josselin assista à ces jeux en 1701 (*) et, estimant que le latin était bien grand pour décrire une aussi petite guerre et que la langue de Lucain convenait peu à une telle Pharsale^ il donna à son poème le style macaronique qui lui sembla plus conforme aux exploits des Césars et des Pompées qu'il avait sous les yeux. On s'amusa sans doute beaucoup alors de l'œuvre du P. Josselin, ainsi qu'on peut le croire d'après le grand nombre de copies qui en furent faites; l'une, due au président Bouhier, est conservée aujourd'hui à la bibliothèque de l'école de médecine de Montpellier, sous len** 129 ; les autres se rencontrent encore fréquemment dans certaines bibliothèques particulières. Plus tard, ce léger badinage, qui n'avait pas cessé d'être goûté, fut traduit en vers français par l'abbé Pierre-Louis Lenoble, chanoine de la collégiale Notre-Dame d'Autun, l'agréable auteur de la Roussillonade, mort en 1756. Mais le traducteur a étendu l'œuvre originale : celle-ci se composait seulement de 183 vers, tandis que celle-là n'en compte pas moins de 262. De nos jours, le poème du P. Josselin, suivi de la traduction faite par l'abbé Lenoble, a été publié dans VAlmanach du département de la Nièvre de 1865 i^\ La traduction par l'abbé Lenoble avait déjà été imprimée dans V Annuaire de Saône-et-Loire de 1851(3). L'œuvre du P. Josselin se lit encore avec plaisir. Nous la publions donc plus loin, avec la traduction de l'abbé Lenoble, comme une amusante peinture des vieux jeux de la Saint-Ladre et un souvenir des ébats littéraires, par lesquels le professeur de rhétorique du collège d'Autun divertissait ses écoliers, en 1701. (^)

1. Le ms. que nous avons 'en notre possession et celui qui se trouve à la suite de l'Histoire de la ville d'Auturiy par Rosny, portent la date de 1701.

2. Nevers, 1865, in-12. — Cette édition faite d'après une copie provenant de l'abbé Troufïlaut, chanoine d'Autun, contient plusieurs indications Inexactes. L'auteur est appelé Rosselin au lieu de Josselin ; il est désigné comme professeur au collège d'Autun en 1108, tandis que la date est celle de 1701 à. 1703; enfin l'abbé Lenoble est indiqué comme chanoine de la collégiale de S, Lazare, au lieu de la collégiale Notre Dame.

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