‹ Les jésuites au Collège d' Autun, 1618-1763Chapitre 66 sur 94 · Mercure dijonnais, B. de Dijon · texte numérisé non relu

Mercure dijonnais, B. de Dijon

' cet assaut et les élèves se pressaient, aussi nombreux que

de coutume, autour de la chaire de leurs maîtres. La violence seule pouvait suppléer à ce défaut de concours de l'opinion. Elle ne fut pas invoquée en vain.

L'autorité royale était alors à la disposition d'une coterie dont le libéralisme consistait à mêler sa voix aux clameurs des adversaires des Jésuites : à ce prix, elle pouvait impunément se permettre toutes les oppressions, toutes les lâchetés, tous les scandales, et il ne lui semblait pas que l'impunité, obtenue par ce coup porté à l'éducation de la jeunesse, . fût payée trop cher.

Les Jésuites cependant, sans trop s'émouvoir de l'orage soulevé contre eux, continuaient, à Âutun comme ailleurs, leur tâche d'enseignement et de prédication. Ils achevaient la construction de l'église, dont le gros œuvre leur avait coûté 125,000 livres, quand parut en 1763 Tédit royal qui prescrivait la suppression de toutes leurs maisons et collèges. Ils n'eurent pas le temps de commencer la décoration de rédifice : <c Ils furent renvoyés trop tôt, écrit un contemporain. C'est le bureau d'administration, qui leur succéda, qui a fait faire toutes les décorations intérieures, le pavé, les autels, les statues, etc. Les tableaux représentant les mystères de la Vierge, qui se trouvent dans l'église, viennent de la congrégation des écoliers (que les Jésuites avaient établie au collège). Ils sont de M. Charton, peintre, né et demeurant à Autun. Les statues sont du sieur Marlet, sculpteur de Dijon, qui a fait aussi la demi-bosse du fond. » *

La belle grille en fer forgé, que nous admirons encore aujourd'hui, fut faite, d'après une délibération du conseil d'administration du collège, en date du 2 mars 1772, par un sieur Moine, serrurier à Beaune. Elle est un exemple du goût et de l'habileté que Ton rencontrait autrefois, même

i. Ménioires mas» de Leaeure, fol. 32. Le baldaquin de Tautel et les colonnes en marbre qui le supportent viennent de l'église du prieuré de Saint-Symphoriehi

dans les plus petites villes, parmi les simples artisans qui, à la suite d'un apprentissage fait sous des maîtres expérimentés, devenaient facilement de véritables artistes. *

Dès le 4 septembre 1762, les créanciers des Jésuites, qui prévoyaient lasuppression prochaine de la Compagnie, avaient fait saisir tous les objets mobiliers qui se trouvaient au collège. Cette mesure n'interrompit cependant pas le cours des études. « L'huissier chargé de la commission mit les scellés sur les effets qu'il saisissait en prenant la précaution d'apposer les armes du roy seulement à un des bouts des bandes ' de papier qu'il employait, et il mit de Tautre côté le seul cachet des Jésuites. Il fît mieux; il laissa toutes les clefs entre les mains des Jésuites, si vrai que le séquestre ne put les représenter aux officiers du bailliage. On voit par là que les Jésuites furent les maîtres, malgré le scellé, de faire ce qu'ils voulurent, puisqu'il leur était aisé de lever le scellé d'un côté et d'y apposer leurs armes 2. » Nous ignorons quel crédit mérite cette anecdote, mais un acte authentique présente l'incident sous un jour un peu différent. Nous voyons en effet qu'à la date du 13 novembre 1762, le R. P. Bichot se présenta devant la Chambre de ville et exposa « que quoique tous les revenus du collège et tous les effets des congrégations ayant été saisis, ils ont pris les mesures les plus convenables^, même fait des efforts pour pouvoir continuer d'enseigner à la forme de la fondation du collège de cette ville ; que non seulement les révérends pères Jésuites ont enseigné les sciences à la jeunesse, mais qu'ils ont toujours eu soin de l'instruire de la religion ; qu'ils ne peuvent remplir ce dernier objet parce qu'on a fait saisir jusques à l'hautel et les ornements des congrégations; que la chambre a demandé la distraction de ces effets et les a fait déposer à l'hôtel de ville ; pourquoy il prie Messieurs les magistrats de lui remettre la clef de la congrégation des artisans pour y placer la

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