Frustrée
Ses braves compagnons brûlent ^ de le venger : Que de coups sur la haie ils allaient décharger, Lorsque la garnison, faisant une sortie, A grands coups de tricot leur en ôte l'envie; Et flic, et floc et flon, Messieurs retirez-vous. Par la fuite en effet ils évitent ^ les coups : Préférans sagement une utile retraite Au trop coûteux honneur d'être dans la Gazette. A peine leur déroute est-elle sçue au camp Pour un nouvel assaut on s'arme sur le cha/np. De honte et de dépit on voit toute l'armée A vanger cet affront noblement animée; On veut mourir ou vaincre et forcer les ramparts, Et les plus grands poltrons ^ sont autant de Césars. Lorsque tout s'ébranlait, Raffatin en colère S'écria : c Par la mort ! Messieurs, laissez moy faire : » Soutenu seulement de trois de mes garçons, » Je marche aux ennemis et je vous en répons; » Les lâches, ont^ils donc oublié mes prouesses? » Je leur en ai donné si souvent dans les fesses : » Ma seringue. Pierrot, prens moy ces lavemens, » Ils les auront^ morbleu, tout chauds et tout bouillans. » A l'heure même, il part; pour lui prêter main forte. Des grenadiers choisis on lui donne une escorte. . Il se présente au fort : loin de tourner le dos, La garnison s'avance au-devant du héros.
Prête à le régaler de cent coups de bourades, Et fait autour de lui ronfler les mousquetades. La seringue des mains lui tombe de frayeur; Tout l'air est infecté de l'horrible liqueur. Se remettant enfin et reprenant courage : « A moy, dit-ll, à moy, grenadiers, faisons rage, Donnons sur ces marauds. » On se mêle à l'instant Avec d'horribles cris que du Champ Ton entend. Tout marche, à ce signal, d'une ardeur incroyable : Trompettes et tambours font un fracas du diable;