Et les moindres goujats
Sur l'ennemi commun on fond de tous côtés.
L'air retentit^ partout des coups qui sont portés.
Feu partout; la fumée avec la poussière
En plein midi du jour éclipse la lumière.
Dans, la nuit et l'horreur ensemble confondus
L'ami de l'ennemi ne se distingue plus.
On charge à l'aventure, on tombe pêle-mêle,
Les grenades en feu pleuvent comme la grêle,
Grillent la barbe à l'un, à l'autre les cheveux,
Ce n'est plus un combat, c'est un désordre affreux;
On diroit qu'en courroux, pour dépeupler la terre,
Tous les diables d'enfer ont soufflé cette guerre.
Ceux qui n'étoient venus que simples spectateurs
Sont contraints par les coups de devenir acteurs.
Quel tumulte, grands dieux ! ce spectacle effroyable
Ne touchera-t-il pas votre cœur pitoyable ?
Que vois-je? mes souhaits ont pénétré les cieux;
Un spectacle nouveau se présente à mes yeux :
Le combat cesse enfin, la fureur et l'audace
Expirent dans leurs cœurs; la terreur prend la place :
Assiégeans, assiégés, tout fuit au même instant
Et regagne à la hâte et le fort et le camp.
L'Autunois, revenu de sa frayeur mortelle,
Se rengage aux honneurs d'une attaque ^ nouvelle.
Après le double affront qu'il vient de recevoir,
Il ne prend plus conseil que de son désespoir.
L'attaque est générale, et déjà la trompette
Annonce à l'ennemi sa prochaine défaite.
L'ennemi cependant, enflé de ses succès.
Sort de ses mtirs, s'avance aussi fier que jamais.
On fait pour le forcer venir l'artillerie ;
Six gros canons d'un pied sont mis en batterie :
On les braque; leur charge est d'un bon quarteron.
Et jusqu'à la gueule ils sont remplis de son.
On tire : quel fracas ! tout le quartier en tremble.
Les feuillages du fort sont agités ensemble;
Tous les petits enfans en sont épouvantés,
Et les chiens et les chats courent de tous côtés.
L'ennemi seul résiste et bravant la tempête
Enfonce en cet endroit, en cet autre fait tête,