CHAPITRE III
LES JÉSUITES PRENNENT PART A UNE NOUVELLE EXPÉDITION ENVOYÉE AU SECOURS d'aFRICA ( 1 55 1 ) . — PLAN D IGNACE DE LOYOLA POUR DÉRARRASSER LA MÉDITERRANÉE DES COR- SAIRES. — SON ARDENT DÉSIR d'ÉVANGÉLISER LA RARBARIE.
Soliman fut vivement affecté de la perte de la ville d'Africa. La prise de cette place forte par les Espagnols ne pouvait que faciliter leur domination sur tout le nord de l'Afrique. Aussi résolut-il de la reconquérir, coûte que coûte. Il confia, à cet effet, à Sinan-Pacha le commandement d'une flotte de cent douze galères et de trois galions. Dragut faisait partie de l'expédition. Les Turcs essayèrent, sur leur passage, de s'emparer de Malte; mais les chevaliers leur opposèrent une résistance héroïque et les forcèrent à s'éloigner. Ils furent plus heureux devant Gozo et Tripoli, qui tombèrent entre leurs mains.
Grand fut l'effroi dans toute la Sicile à la
nouvelle de l'approche de la flotte ottomane. Craignant pour la sûreté de la ville d'Africa, point de mire de l'expédition, le vice-roi de Sicile fit équiper à la hâte quinze galères pour lui envoyer des renforts. Il confia à Antoine Doria le commandement de la flottille. Jean de Vega demanda au recteur du collège des Jésuites de Messine un aumônier pour les troupes en partance. Le P. Nadal *, un des sujets les plus éminents delà Compagnie naissante, reçut ordre de suivre l'expédition. On lui donna pour compagnon le frère Scolastique Isidore Bellino, régent de philosophie. Il n'était pas encore prêtre, il est vrai, mais il pourrait rendre de grands services dans le soin des malades et surtout pour l'évangélisation des soldats, étant doué d'un talent remarquable pour la parole.
La flottille quitta le port de Messine au com-
1. Né à Majorque, en 1507, d'une noble famille. Il fut condisciple des PP. Laynez et Salmeron à l'Université d'Alcala. De là, il se rendit à Paris pour y étudier la théologie. Intelligence vive, il avait tout ce qu'il fallait pour les grandes entreprises. Il était très versé dans les langues latine, grecque et hébraïque, et dans les mathématiques. A Paris, Ignace de Loyola se servit de Pierre Lefèvre et de Laynez pour le gagner à sa noble entreprise. Une lettre de François-Xavier finit par le décider à quitter le monde. Il se rendit à Rome, où il fit les Exercices spirituels, et entra dans la Compagnie en 1546.
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