CHAPITRE III
de Sienne pourraient également y contribuer, vu que celle de Venise ne le peut.
« 9° Le duc de Florence, en prenant les mêmes moyens et en faisant appel tant aux séculiers qu'aux réguliers, pourrait, comme le roi de Portugal, faire quelque chose.
« io° Enfin le Pape pourrait aussi lui venir en aide en agissant de la même façon dans
ses Etats.
« Tous ces secours réunis seraient certainement suffisants pour mettre à la mer de deux à trois cents voiles destinées à la défense de
la chrétienté. »
Rome, 6 août i552.
On le voit, le plan proposé par saint Ignace, pour briser la puissance ottomane, diffère peude celui qu'adopta, vingt ans plus tard, Juan d'Autriche, le glorieux vainqueur de Lépante (7 octobre 1571). Son mémoire parvint-il jusqu'à Charles-Quint? Nous l'ignorons. S'il eût été mis à exécution du vivant du grand Empereur, la terreur des Turcs et le protecteur de la chrétienté, le triomphe de Lépante aurait été certainement moins coûteux, et les résultats en eussent été plus durables.
L'ambition d'Ignace en rêvant la création d'une grande Armada destinée à maîtriser
la puissance turque lui faisait entrevoir l'espoir d'une autre conquête infiniment plus glorieuse et plus chère à son cœur d'apôtre. Nous voulons parler de l'extension du règne de Jésus-Christ dans ces contrées, autrefois si chrétiennes et malheureusement courbées depuis des siècles sous la domination dégradante du Croissant. De là sa sollicitude pour promouvoir l'étude de la langue arabe dans le collège de Messine. Plusieurs scolastiques l'étudiaient avec ardeur sous la direction d'un noble sarrasin. Ce dernier avait accompagné en Sicile le roitelet de l'île de Gelves qui était venu solliciter l'appui et la protection de l'Espagne. Ce prince promettait de laisser pleine et entière liberté de prêcher l'Évangile et de construire des églises, à la condition que les Sarrasins ne seraient pas contraints d'embrasser le christianisme.
Vers le même temps, l'évêque de Malte sollicitait la création d'un collège de la Compagnie dans l'île. Saint Ignace en avisa le P. Jérôme Domenech et le pressa de réaliser au plus tôt cette fondation. Il lui enjoignait en -même temps d'annexer à ce collège des cours d'arabe pour la formation de missionnaires destinés au pays de Barbarie. Le projet souffrait moins de difficulté que partout ailleurs, le dialecte