CHAPITRE IV
LES JESUITES PRENNENT PART A L EXPEDITION DE MOSTAGANEM ENTREPRISE PAR LE COMTE DE ALCANDETE, GOUVERNEUR d'oRAN, EN l558.
Malgré quelques brillants faits d'armes, la puissance de l'Espagne sur les côtes de Barbarie allait tous les jours en déclinant. Des nombreuses places fortes possédées sur le littoral, il ne lui resta bientôt plus qu'Oran et Mers-el-Kébir, et encore étaient-elles sans cesse en butte aux attaques des Turcs et des Arabes. Aussi la préoccupation constante des gouverneurs de ces presidios était-elle de refouler le plus loin possible l'ennemi pour ne pas être tenus bloqués dans leur enceinte.
C'est ce qui détermina, en i558, le gouverneur de la place d'Oran, Don Martin de Gordoba, comte de Alcandete, à entreprendre l'expédition de Mostaganem. Cette ville étant devenue un lieu de ravitaillement pour les
4o LES JÉSUITES AUX PAYS BARBARESQUES
Turcs, il estimait qu'il fallait à tout prix s'en emparer pour se débarrasser de leur gênant voisinage. Il se rendit en Espagne pour exposer son plan à Philippe II. Le roi l'approuva et lui donna les six mille hommes qu'il demandait pour le réaliser.
Le gouverneur d'Oran sollicita en même temps du P. François de Borgia, commissaire de la Compagnie de Jésus, en Espagne, la faveur d'avoir quelques Pères comme aumôniers des troupes expéditionnaires. L'ancien duc de Gandie fit bon accueil à sa demande et désigna les PP. Pierre Domenech * et Pierre Martinez 2, avec le Frère coadjuteur
1. Le P. Pierre Domenech était né à Barbens, diocèse d'Urgel. Il exerça pendant six ans la profession de notaire à Barcelone et entra dans la Compagnie en 1551. C'était un religieux d'un grand zèle et d'un dévouement à toute épreuve. Il avait érigé la Congrégation du Nom de Jésus, dont le but principal était la suppression des jurements et des blasphèmes. Il fonda aussi, en Portugal, des orphelinats de garçons, d'où sortait une élite déjeunes gens qu'on envoyait au Congo, aux Indes et au Brésil pour aider les missionnaires dans l'évangélisation des infidèles. (Cf. Monumenta S. F. Borgia, t. III, p. 285.)
2. Le P. Pierre Martinez était originaire de Celdac, province de Teruel. Il suivait la carrière militaire, lorsqu'il fut appelé à la Compagnie par une grâce toute céleste. C'était un religieux austère, mortifié, éloquent, doué d'un talent remarquable pour disposer les malades à bien mourir. Il enseignait au collège de Gandie lorsque lui vint l'ordre de partir pour Oran.