‹ Les Jésuites dans les etats barbaresques, Algérie et MarocChapitre 24 sur 71 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

son camp près de la ville pour y attendre d'Oran des vivres et des munitions. C'est ce qui le perdit.

Averti du danger que courait Mostaganem, Hassan, dey d'Alger, vint la secourir, à la tête de huit mille fantassins et de dix mille cavaliers. Don Martin de Alcandete essaya en vain d'arrêter sa marche à la tête de quatre mille hommes. L'artillerie du pacha jeta le désarroi et l'épouvante parmi les troupes espagnoles. Alors commença la plus triste des déroutes du côté des soldats chrétiens. Le comte s'efforça d'arrêter les fuyards, mais sa voix ne fut pas écoutée. Pour comble de malheur, le feu, ayant pris à des caissons de poudre, occasionna la mort de plus de cinq cents hommes. Pour échapper aux ennemis, les survivants allèrent s'enfermer dans Mazagran. Alcandete les y suivit, et quoique grièvement blessé, fît tout pour ranimer leur courage et les ramener au combat. Ce fut peine perdue : personne ne bougea. Indigné d'une pareille lâcheté, le comte éperonna son cheval et, suivi d'une poignée de vétérans, s'élança contre les ennemis en s'écriant : Salgamos à morir y no pierda sa honra la casa de Monlemayor ! « Allons à la mort et que la maison de Montemayor ne perde pas son antique

renom de bravoure ». Dans l'ardeur du combat, son cheval s'étant cabré, le comte fut renversé à terre et foulé aux pieds par le reste des fuyards. Son corps fut retrouvé parmi un monceau de cadavres. Hassan le rendit à Don Martin, son fils, contre la somme de deux mille ducats et promit de le faire transporter à Oran avec tous les honneurs dus à son rang.

Ayant eu connaissance de la mort du gouverneur, les mutins renfermés dans Mazagran s'empressèrent d'expédier des parlementaires pour traiter de leur reddition. Hassan envoya aussitôt des troupes pour garder les portes de la ville; mais les Turcs et les Arabes l'avaient déjà envahie, faisant un horrible carnage de tous les Espagnols qu'ils rencontraient. Plus de huit cents d'entre eux furent passés au fil de l'épée. Les survivants, au nombre desquels se trouvait le fils du comte, furent chargés de chaînes et dirigés sur Alger.

Qu'étaient devenus les trois Jésuites pendant cette lamentable expédition ? En Espagne, on était tellement persuadé qu'ils avaient péri dans la mêlée que sur Tordre du Provincial, tous les Pères et Frères de la province de Tolède, à laquelle ils appartenaient, firent les suffrages accoutumés pour le repos de leurs

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