CHAPITRE V
leur nombre, pouvant s'élever à 35o hommes, non compris les femmes et les enfants.
« Le maître fît une sortie dans le plus grand secret, franchit les sept lieues qui le séparaient des Arabes, traversa la lagune et fondit à l'improviste sur les ennemis. Les Espagnols en tuèrent près de la moitié et firent les autres prisonniers. Le bétail et les troupeaux tombèrent également entre leurs mains. »
Cette razzia inspira une crainte salutaire aux Arabes, qui s'empressèrent de demander la paix. Ce fait d'armes est le seul qui mérite d'être signalé pendant le gouvernement de Pierre-Louis de Borgia, à Oran. Nommé, le 3 novembre 1571, à la haute dignité de capitan général et de vice-roi de Catalogne, il eut pour successeur son frère Philippe. Cette même année, le P. Domenech reçut l'ordre de revenir en Espagne, où il fut, dans la suite, recteur des collèges de Ocana et de Murcie. Le P. Mur et le P. Gines restèrent encore deux années à Oran, tant que dura le gouvernement de Philippe de Borgia. Celui-ci laissa le commandement de la place à Don Hugues Fernandez de Cordova, troisième marquis de Comares, et se rendit à Messine pour y remplir les fonctions de Estra-
ticon *, et y donna de grandes preuves de fidélité et de dévouement à son roi.
Si le ministère des Jésuites, à Oran, n'eut rien d'éclatant aux yeux des hommes, il n'en fut pas moins fécond en fruits de sanctification et de salut. Les lettres du gouverneur au P. François de Borgia en font foi. Prêtés pour quelques mois seulement, ils y restèrent cinq ans. Ce fait est d'autant plus à leur louange qu'outre un nombreux clergé, Oran possédait encore trois couvents 2, comptant chacun une dizaine de Pères ou de Frères. D'autre part, si l'on réfléchit que la population de la ville, dans ses plus beaux temps de prospérité, ne dépassa jamais huit ou neuf mille âmes, y compris les troupes delà garnison et les déportés (presidiarios), on conviendra facilement qu'il n'y avait pas lieu pour la Compagnie de Jésus de s'y établir d'une façon permanente.
1. Le mot Estraticon, du grec <rcpaTYiYoç, signifie chef de milice. Cette haute charge équivalait à celle de gouverneur général de province ; c'est une de ces dénominations conservées par les Espagnols, dans les pays antérieurement soumis à la domination grecque. Ils firent de même en Espagne pour certaines charges ou dignités dont l'appellation venait des Arabes (Cf. Vida de la V. Duquesa Dona Luisa de Borja y Aragon, por el P. Tomas Muniessa, p. 12).
2. Le couvent des Franciscains, des Dominicains et des Pères de la Merci.