CHAPITRE VII
LES JÉSUITES AU SIEGE DE MAZAGAN (l562). — CRÉATION D'UNE RÉSIDENCE DE LA COMPAGNIE DANS CETTE VILLE.
Les Jésuites ne devaient revenir au Maroc qu'en i562, appelés par le roi Don Sébastien pour évangéliser Mazagan. Les Portugais ne possédaient plus sur le littoral de l'Océan que cette place, fondée par eux en i5o6. Construite sur les déclivités du cap et au sommet d'un rocher, elle était de forme quadrangulaire et défendue par cinq remparts. Enfin, une massive forteresse carrée flanquée de quatre tours en faisait une place forte de premier ordre. La ville était pourvue de nombreux puits et de plusieurs citernes dont la plus grande est encore aujourd'hui un objet de curiosité par ses vastes dimensions et son état de conservation parfaite.
Le nombre de ses habitants ne dépassa ja-
mais le chiffre de quatre mille. L'instruction était donnée par des religieux de la ville et deux professeurs royaux. L'un de ces derniers enseignait les arts et l'autre la musique. Pour la juridiction ecclésiastique, Mazagan dépendait du patriarcat de Lisbonne. La ville était divisée en quatre paroisses : la Asuncyon, la Misericordia, Nuestra Senora de la Luz et San Sébastian. Elle possédait, en outre, sept chapelles publiques : Nuestra Senora de Terso, Santa Cruz, San José, Nuestra Senora de Nazaret, Nuestra Senora de Guia, San Juan Bautista et celle de l'Angel Gustodio. Les Jésuites devaient en construire une huitième sous le vocable de Nuestra Sefiora de la Pena de Francia * : Notre-Dame du Rocher, de France.
Le fameux siège de Mazagan entrepris, en i56a, par Mouley-abd- Allah, sultan du Maroc, fut l'occasion de la venue des Jésuites dans cette ville. Intelligent, actif et surtout zélé mahométan, Abd-Allah ne pouvait se faire à l'idée de voir une poignée de chrétiens braver le Croissant, et inquiéter sans cesse ses sujets
1. Cf. Castellanos, p. 125 et suiv. — Au sujet de l'histoire de Nuestra Senora de la Pena de Francia, cf. notre ouvrage : La Vierge Marie patronne et protectrice de l'Église d'Afrique, ch. ix, p. 78 et suiv.