CHAPITRE VII
l'assaut à la ville, le 24 avril. Ils furent accueillis si vigoureusement par les assiégés, qu'ils durent se retirer en laissant un grand nombre de morts sur le terrain. Pendant l'action, la conduite des Jésuites fut au-dessus de tout éloge. On les voyait se multiplier sur les remparts, encourageant de la voix et du geste les soldats, et prodiguant les soins aux blessés et les secours de la religion aux mourants. Le 3o du même mois, les assiégeants s'élancèrent avec une nouvelle fureur à l'assaut. Ils furent cette fois encore repoussés avec des pertes si considérables que désespérant, sans doute, de réduire la place si vaillamment défendue, ils levèrent le siège et se retirèrent précipitamment dans l'intérieur du pays *. Cette défense de Mazagan compte parmi les plus beaux faits d'armes des Portugais au Maroc.
Le bien opéré par les Jésuites pendant leur court séjour à Mazagan fut si consolant que le gouverneur Don Alvaro de Carvalho supplia les supérieurs majeurs d'y établir une petite résidence de la Compagnie. Ses vœux furent exaucés. C'est dans cette ville que le
1. Cf. Monumenta, lettre du P. Gonçalo Vaaz au P. Nadal, p. 689.
P. André, frère du gouverneur, vit se réaliser les prédictions que François Xavier lui avait faites au moment de son départ des Indes. En l'accompagnant au bateau, l'apôtre lui dit qu'il rendrait son âme au Sauveur sur une terre illustrée par les exploits de ses ancêtres, et mourrait au fond d'un cachot après avoir été pris par des pirates barbaresques. Tout se vérifia à la lettre. Envoyé de nouveau à Mazagan en 1572, pour réconcilier ses deux frères, le P. André Carvalho s'était embarqué pour se rendre par mer à Tanger, lorsque le vaisseau qu'il montait fut surpris et capturé par seize galères barbaresques.
A la nouvelle de sa captivité, la reine Catherine de Portugal s'empressa d'envoyer l'argent exigé pour sa rançon ; mais l'homme de Dieu, au lieu de briser ses fer& et de reconquérir sa liberté, employa la somme au rachat d'un jeune captif dont la foi courait de grands dangers. Le P. André Carvalho ne tarda pas à expirer de misère et d'épuisement, avant qu'on eût le temps de recueillir de nouveau le prix de sa rançon.
Les Pères de la petite résidence de Mazagan devaient rencontrer de nombreux obstacles dans l'évangélisation de cette population flottante et aventurière, dont les aspirations