CHAPITRE PREMIER
leur inspira une crainte salutaire. Les villes de Tunis, d'Alger et de Mostaganem s'empressèrent de se déclarer vassales de l'Empereur et promirent de renoncer à leurs incursions. La première terreur passée, les attaques et les déprédations se multiplièrent plus que jamais. Le châtiment ne se fît pas attendre. Pierre Navarro parut devant Alger, à la tête d'une forte escadre. Les Algérois offrirent d'humbles excuses, délivrèrent les esclaves chrétiens et s'engagèrent à payer pendant dix ans un tribut annuel au roi d'Espagne.
Peu confiants dans ces promesses, les Espagnols bâtirent une forteresse sur un rocher émergeant des flots, situé en face de la ville. Ils l'appelèrent el Penon de Argel. Cette place forte était destinée à tenir les Algérois en respect et à les empêcher de se livrer à la rapine. En multipliant ainsi les points d'occupation, Ferdinand le Catholique et le cardinal Ximenez caressaient le rêve d'asseoir solidement la domination de l'Espagne sur toute l'Afrique du Nord. Ils avaient compté sans l'audace et le génie des deux fameux aventuriers Aroudj et Aheir-ed-Din, plus connus sous le nom des frères Barberousse.
Habitués, dès leur jeunesse, aux courses maritimes, ils ne tardèrent pas à donner des
preuves d'une rare bravoure et à se rendre redoutables dans la Méditerranée. En i5i4, le roi de Tunis accepta leurs services et Aroudj se fit fort de reprendre Bougie aux Espagnols. Ses espérances devaient être déçues. Deux fois il donna l'assaut à la ville et deux fois il fut repoussé avec des pertes considérables. Après ce double insuccès, Aroudj se retira à Djijelli, dont il fît sa base d'opérations. C'est là que les Algérois vinrent solliciter son concours pour la destruction de la forteresse du Penon. Il accourut à leur appel, entra dans Alger avec ses Turcs, se fit proclamer roi et étouffa le parti de l'opposition dans le sang. Sans perdre de temps, il s'empara successivement des 'principales villes : Blidah, Médeah, Milianah et Ténès. Il poussa même ses conquêtes jusqu'à Tlemcen. Après y avoir rétabli sur son trône le vieux roi Abou- Zian, il l'égorgea avec ses sept fils et se proclama roi de cette ville. A Tlemcen comme à Alger, il eut raison du parti des mécontents, en passant un millier des principaux habitants au fil de l'épée.
L'Espagne ne laissa pas d'être inquiète de la fortune surprenante de ce redoutable adversaire. Elle chargea Don Diego de Vera de s'emparer d'Alger. Aroudj lui infligea une