CHAPITRE VIII
seigneurs, à Tanger, pour guerroyer contre les mahométans (i5y4)- Après quelques chevauchées en dehors de la place, il revint à Lisbonne, où son cher maître, le P. Gonzalez, à toute extrémité, le réclamait pour le voir une dernière fois avant de mourir. En débarquant, le prince se rendit directement à la cellule de l'humble religieux, l'embrassa affectueusement et lui donna des marques profondes de respect et de vénération. Après la mort de son précepteur, le jeune monarque parut inconsolable. Aux courtisans qui s'en étonnaient : « Que voulezvous, leur répondait-il, je n'ai pas connu d'autre père que le Père Louis i, et je ne sais que trop combien il a souffert pour moi. »
La mort du P. Gonzalez laissa trop tôt sans frein la fougue du jeune prince, dont l'esprit était plus que jamais hanté de rêves de conquêtes. Quatre ans après (1578), il crut avoir trouvé une occasion favorable de les réaliser. Muley Abd-Allah, sultan du Maroc, venait de mourir. Son fils Mohamed qu'il avait eu d'une négresse — surnommé pour cela le noir — lui succéda. Il ne tarda pas à exciter le mécontentement de ses sujets par ses abomina-
1. Don Sébastien naquit quelques mois après la mort de son père.
bles cruautés. Pour se débarrasser des compétiteurs, il avait, en effet, mis à mort deux de ses frères et jeté le troisième dans un cachot. Abd-el-Melek, son oncle, connu aussi sous le nom de Moulé-Moluc, profita de l'état des esprits, et grâce à l'appui d'un parti puissant et de 6,000 janissaires, envoyés par le pacha d'Alger, réussit à le détrôner et à le chasser du Maroc, après avoir gagné sur lui trois batailles consécutives.
Abd-Allah se réfugia au Pefion de Vêlez appartenant à l'Espagne et sollicita l'appui de Philippe II pour reconquérir son trône, promettant de se faire son vassal et de lui céder plusieurs ports sur les côtes de l'Atlantique. Déjà suffisamment occupé avec la guerre des Flandres, le roi repoussa ses offres, alléguant qu'il venait de conclure une trêve avec le nouveau sultan.
Voyant qu'il n'avait rien à espérer du roi d'Espagne, Abd-Allah s'embarqua pour Lisbonne, et sut si bien circonvenir le roi Sébastien et un certain nombre de courtisans qu'il les gagna à sa cause, Il leur représenta la facilité de l'entreprise et les immenses avantages qu'en retirerait le Portugal. Abd-Allah leur donna, en effet, l'assurance que le grand nombre de ses partisans n'attendaient qu'un