CHAPITRE VIII
signal pour se soulever et marcher sur Fez, la capitale. La reine Catherine, le cardinal Henri, de vieux généraux, de sages conseillers de la cour, le P. Maurice de Serpa, Jésuite, son confesseur, essayèrent par tous les moyens de détourner le jeune roi de cette folle campagne. Il demeura inébranlable dans sa détermination et ne voulut rien entendre. Il donna aussitôt des ordres pour les préparatifs.
Jamais entreprise ne fut menée avec plus de précipitation, de légèreté et d'incurie. Ce fut pour Lisbonne une occasion de réjouissances et de fêtes où l'on chantait déjà victoire. Nombre de grandes dames, de courtisans voulurent suivre l'expédition, comme s'il se fût agi d'une simple parade militaire. Des abbés mitres et plusieurs évêques se joignirent à eux, sans parler d'une foule innombrable de paysans avec leurs femmes et leurs enfants. Parmi ces derniers, certains avaient même acheté de grosses cordes pour lier les Maures faits prisonniers dans la bataille. Avec les 18,000 hommes * qu'il était parvenu à réunir
1. Sur ce nombre, il y avait 9,000 Portugais, 3,000 Allemands, 2,000 Espagnols, 1,000 aventuriers, 3,000 pour la cavalerie et le train et enfin 600 Italiens. Cf. Castellanos, p. 332.
et douze pièces d'artillerie, Don Sébastien comptait arriver triomphalement à Fez. Ajoutons que Ton emportait des provisions pour huit jours à peine. Le reste était à l'avenant.
Don Sébastien demanda au supérieur des Jésuites de Lisbonne un certain nombre de Pères et de Frères coadjuteurs pour assurer le service divin dans l'armée, prendre soin des malades dans les ambulances et assister les mourants. Dix Pères et cinq Frères reçurent aussitôt l'ordre de se préparer à partir avec l'armée expéditionnaire. Le P. Maurice de Serpa, confesseur du roi, fut nommé leur supérieur avec le titre d'aumônier en chef.
La bénédiction des étendards eut lieu le 17 juin 1578. La flotte mit à la voile le 24, et jeta l'ancre dans le port de Tanger, le 7 juillet. Mohamed, le sultan détrôné, l'y avait précédée pour soulever les tribus d'alentour et les gagner à sa cause. C'est à peine s'il put réunir 800 arquebusiers et 400 cavaliers, preuve éclatante de son impopularité. Don Sébastien lui donna l'ordre de les conduire par voie de terre à Arzila, lieu de débarquement et de concentration des troupes expéditionnaires. De là, le roi de Portugal comptait marcher droit sur Fez en passant par Alcazar- Kébir.