CHAPITRE VIII
Moulé-Moluc, tenu au courant des desseins des Portugais et de leurs préparatifs, prit toutes les dispositions pour arrêter leur marche en avant. Il avait réuni, à cet effet, une armée comprenant 25,ooo cavaliers et 16,000 fantassins, dont 3,ooo étaient des Maures d'Andalousie fort bien dressés à l'art de la guerre. Son artillerie comprenait 34 pièces de divers calibres. De plus, un nombre considérable d'Arabes avaient répondu à son appel et étaient venus s'adjoindre aux troupes régulières. Le plan de bataille du sultan était tout à la fois des plus simples et des plus habiles. Il consistait à laisser s'avancer dans l'intérieur du pays l'armée portugaise et à ne lui livrer combat que lorsqu'elle serait hors de portée d'être soutenue par la flotte.
Don Sébastien quitta Arzila, le 29 juillet, et campa le soir à trois lieues, à los Molinos. Le 3o, il était à Menara et, le ier août, à Cabeça de Ardana.Le 2, il arriva à Barcain, où il franchit l'Oued Mklacem, et enfin, le 3, il se trouvait à Alcazar-Kébir où l'attendait Moulé-Moluc. Ces cinq journées de marche, par des chaleurs torrides et à travers un pays déserté par ses habitants et dépouillé de tout, furent cinq journées mortelles pour les troupes portugaises. La démoralisation commen-
çait à gagner les soldats, au point que Mohamed lui-même insista pour que l'armée se repliât sur Larache. Don Sébastien n'en voulut rien faire.
Il serait difficile de décrire les souffrances endurées pendant les premiers jours de cette malheureuse campagne par les Jésuites attachés aux différents corps de troupes. Sous un ciel de feu, ils ramassaient les soldats malades ou épuisés tombés le long du chemin et s'attelaient comme des bêtes de somme aux chariots sur lesquels ils les déposaient pour les traîner aux ambulances. Mais ce n'était là que le commencement de leurs épreuves.
La bataille s'engagea le 4 août. Quoique mourant dans sa litière, Moulé-Moluc disposa lui-même ses troupes en ordre de bataille, recommandant à ses vizirs de cacher son trépas s'il venait à expirer pendant l'action. Il leur enjoignit même de feindre de venir prendre ses ordres, comme s'il eût été encore vivant, afin de soutenir le courage des combattants. L'armée portugaise était divisée en trois colonnes ; celle du sultan était disposée en forme de croissant, avec les canons au centre et la cavalerie sur les ailes. Au premier choc l'infanterie portugaise fit plier celle des Maures, au point que ces derniers commen-