‹ Les Jésuites dans les etats barbaresques, Algérie et MarocChapitre 59 sur 71 · CHAPITRE X Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE X Il

Sept jours après leur arrivée à Alger, les Jésuites furent tirés de leur cachot pour être vendus sur la place publique. On leur examina les dents, les bras, la callosité des mains et des pieds, comme s'il se fût agi de bêtes de somme. Les PP. Bailo et Planes furent cédés à Ali Monzor pour la somme de 3,ooo réaies * castillans chacun. Les deux frères Jérôme Lopez et Onuphre Serra furent achetés par Simon Danza pour la somme de 4>o5o réaies castillans. Il les revendit pour le même prix à Mami Espagnol. Le féroce corsaire se servit de tous les moyens pour faire apostasier les deux jeunes Jésuites.

Un jour entre autres, Danza fit appeler le P. Jérôme Lopez et lui dit d'un air courroucé : « Tu vas te faire Turc ou luthérien, il n'y a pas de milieu. Si tu te fais Turc, tu obtiendras, avec la liberté, des titres de noblesse; si tu te fais luthérien, non seulement tu seras libre, mais ma protection t'est assurée, sans parler des nombreux avantages dont tu jouiras. — Je ne veux être ni Turc ni luthérien, répondit avec fermeté le Frère, et je suis prêt à donner ma vie, plutôt que de renoncer à ma religion. —

1. Le reale est une monnaie de cuivre espagnole valant environ 25 centimes.

Il4 LES JÉSUITES AUX PAYS BARBARESQUES

Ah! je vous connais, maudits chiens de Jésuites, s'écria, en écumant de rage, le farouche hérétique; je sais bien qu'il n'y a rien de bon à attendre de vous; aussi, allez au diable et que je ne vous revoie plus ! »

Le même Frère Lopez, beau jeune homme, dans toute la fraîcheur de l'adolescence, eut pareillement à subir de nombreux assauts de la part de vils Turcs qui voulaient attenter à sa vertu. Il résista toujours avec un courage héroïque aux sollicitations de ces suppôts de l'enfer et supporta avec une admirable patience tous les coups et mauvais traitements dont ils l'accablaient. A la tombée de la nuit, le F. Lopez venait demander sa ration de pain d'avoine. C'était la femme de son maître, vieille renégate italienne, âgée de plus de soixante-dix ans, qui la lui donnait habituellement. Touchée, sans doute, de compassion pour le jeune captif, elle ajoutait, en cachette, un pain de froment à la ration convenue.

Or, il arriva qu'un jour le P. Jérôme Lopez la trouva à genoux et en prière. « Fatima, — c'était son nom — mais que fais-tu là ? — N'est-ce pas Y Ave Maria (Angélus) des chrétiens? — Tu dis vrai. » Et Fatima d'ajouter : « Moi aussi, je dis Y Ave Maria et salue Notre- Dame. » Sortant alors un chapelet de son sein

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