‹ Les Jésuites dans les etats barbaresques, Algérie et MarocChapitre 60 sur 71 · CHAPITRE X Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE X Il

et le montrant : « Au milieu de mes malheurs, s'écria-t-elle avec émotion, je n'ai jamais passé un jour sans le réciter. De plus, j'ai gardé tous les jeûnes de l'Eglise et je n'ai jamais mangé de viande le vendredi, bien que les Maures voulussent m'en faire manger. » Le F. Lopez la félicita d'être restée fidèle à la religion sur ces différents points, puis ajouta : « Remarque bien, Fatima : cela ne suffît pas pour être sauvée. Il faut encore et surtout confesser Jésus- Christ que tu as renié publiquement. — Si je le fais, répliqua-t-elle tristement, ils me brûleront toute vive... Prie bien pour que le bon Dieu arrange ma malheureuse situation. » Le F. Lopez en conféra avec le P. Bailo. Muni de pleins pouvoirs par Rome, ce dernier réconcilia en secret avec l'Eglise la vieille Fatima, après avoir entendu sa confession.

Les Frères Marquez, Alegre, Fuentes et Anglada furent vendus à Ali Pichenino : le F. Marquez pour i,75o réaies; le F. Alegre pour 1,570; le F. Fuentes pour 1,750 et le F. Anglada pour 2,810. Le F. Gual, en raison de sa belle prestance et de son extérieur fort avantageux, attira les yeux d'un grand nombre d'acheteurs. Un capitaine turc du nom de Musoli, homme vicieux s'il en fut, s'éprit de lui et résolut d'en faire l'acquisition

Il6 LES JÉSUITES AUX PAYS BARBARESQUES

coûte que coûte. Il y eut surenchère et le prix monta jusqu'à 4*828 réaies. Le F. Alcover fut cédé à Mohamed Banaddi pour 2,400 réaies castillans.

En apprenant la triste nouvelle de la captivité des Pères, à Alger, le P. Jean Torres, recteur du collège de Majorque, en avisa aussitôt le P. Provincial, Ferdinand Ponce, et le P. Général. Il écrivit aussi au P. Coton, le priant d'obtenir du roi de France et du gouverneur de la Provence des lettres patentes pour Simon Danza et les consuls français d'Alger Vincent Prats et Pierre Viaz, intermédiaires obligés dans les rachats de captifs. Le P. Recteur fit également toutes les diligences nécessaires pour réunir la somme destinée à la rançon.

Entre temps les captifs avaient beaucoup à souffrir de leur triste situation. Ils avaient l'écurie pour logement ; le sol nu ou le fumier leur tenait lieu de lit. Ils avaient pour toute nourriture deux pains d'orge et de l'eau comme boisson. Leur vêtement consistait en une grosse capote de serge qui leur servait aussi de manteau. Ils ne pouvaient sortir dans les rues sans être insultés, frappés ou accablés de coups de pierres. Il serait trop long de relater dans le détail les mauvais traitements dont ils

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