CHAPITRE X
mission du ciel le lien se rompit comme un fil. La rage du Turc se changea alors en véritable frénésie. S'armant d'un énorme coutelas, il le brandit pour décapiter le jeune religieux. Le coup ne fit qu'une éraflure, car le bourreau, clans sa colère et son aveuglement, avait frappé du côté non tranchant. Après cet affreux accès de sauvagerie, le Turc tomba épuisé sur le sol et lâcha sa victime.
Les PP. Bailo et Planes eurent aussi leur part de souffrances et de tribulations. Leur cruel patron les tenait chargés de chaînes et de fers plusieurs jours de suite, menaçant de leur rompre les os et de leur ouvrir le ventre, s'ils ne faisaient pas toutes les diligences possibles pour lui procurer au plus tôt une forte rançon.
Pendant tout le temps que dura leur captivité, les Pères et les Frères eurent la liberté de se visiter. Ils se confessaient et communiaient tous les dimanches, dans la chapelle du bagne ou dans celle du consulat de France. Les deux Pères prêchèrent aux captifs pendant tout le temps de leur séjour à Alger. Pendant le carême, ils donnèrent une mission qui produisit de grands fruits de sanctification et de salut. Le changement opéré chez le plus grand nombre fut tel, qu'au dire des musulmans eux-
mêmes, on n'avait pas vu depuis longtemps, à Alger, des chrétiens si exemplaires et si fervents.
Toutefois, en Espagne on n'oubliait pas les chers captifs. Le P. Provincial, Ferdinand Ponce, à force de démarches était parvenu à recueillir la somme exigée pour leur rachat. Il s'empressa de la transmettre à Pierre Viaz, consul de France à Alger, en le priant d'user de tout son pouvoir pour mener à bien cette affaire importante. Dès qu'il fut en possession des fonds, Viaz se mit aussitôt en relation avec les PP. Bailo et Planes pour s'entendre sur la façon de procéder. Après bien des démarches, des marchandages longs et pénibles, des rebuffades sans nombre, les rachats suivants finirent par être conclus.
Les Frères Marquez, Alegre, Fuentes et Anglada recouvrèrent la liberté contre la somme de 26,000 réaies castillans payée à Ali Pechinino, leur maître. Les deux Frères Serra et Lopez, esclaves de Mami Espanol, furent également rachetés; mais le récit de leur captivité ne fait pas mention de la somme payée pour leur rançon. La délivrance du F. Gual fut de beaucoup la plus onéreuse. Son patron exigea 7,000 réaies et 100 pesos pour frais de médecine pendant sa maladie. Comme le Dey