‹ Les Jésuites dans les etats barbaresques, Algérie et MarocChapitre 69 sur 71 · CHAPITRE XI l3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI l3l

négats, accompagnés de chaouchs exécuteurs de la justice, se rendirent au bagne de Nicolo. On lui ôta ses chaînes et on le conduisit à Babel-Oued, au milieu des vociférations et des insultes de la populace. Arrivé sur le lieu du supplice, on l'attacha à une ancre renversée dont la tige était fixée en terre, puis on amoncela autour de la victime du bois en quantité auquel on mit le feu. Nicolo fut bientôt environné par les flammes. Le martyr, sans faire le moindre mouvement, pria à haute voix, avec une ferveur toute céleste, pendant l'espace de trois quarts d'heure, puis inclina la tête et rendit à Dieu son âme vaillante.

Les renégats, auxquels s'adjoignit une nuée d'enfants, lapidèrent alors le cadavre avec la fureur de bêtes fauves. Le feu continua son œuvre de destruction toute la nuit. Les chrétiens ne trouvèrent le lendemain que des restes d'ossements qu'ils emportèrent secrètement pour les ensevelir dans leur cimetière.

Le P. de Torres venait d'assister à une de ces scènes de cruauté dont l'horreur dépassait tout ce qu'il avait pu lire dans les récits traitant des souffrances et de la mort cruelle infligées aux pauvres esclaves chrétiens de Barbarie. Son cœur en fut douloureusement angoissé. Il le fut davantage encore à la pen-

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sée qu'il ne pouvait rendre à la liberté qu'une minime partie de ces malheureux, ensevelis tout vivants dans d'affreux cachots et sans cesse exposés à renier leur foi. Il les consola de son mieux, leur promit de s'intéresser à leur sort et fit voile vers l'Espagne avec sa précieuse cargaison de captifs rachetés i.

1. Cf. Soirées algériennes, par l'abbé Léon Godard. Septième soirée, p. 137.

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