I. — Textes latins
1° Fautes contre la lettre et le sens du texte de l'auteur,
(1) icr juin 1764, à Damilavillc.
par addition de mots 8
par omission de mots 19
par changement d'un mot ou d'une lettre . . 8
par le changement de la ponctuation ... 6
, Total 41
2° Suppressions de phrases dans le texte.
Suppressions qui cachent ce qui est nécessaire pour entendre l'auteur 69
Suppressions qui ne laissent voir une décision qu'en partie 26
Suppressions d'explications, de limitations, d'exceptions essentielles 42
Total. ..... 137
La liste continuait deux pages durant et le total des falsifications montait à 758.
Sur quoi d'Alembert dans son opuscule la Destruction des Jésuites, écrivait avec une candeur adorable : « Ces Pères ont osé prétendre, et plusieurs évoques, leurs partisans, ont osé l'imprimer, que le gros recueil d'assertions extrait des auteurs Jésuites par ordre du Parlement, recueil qui a servi de motif principal à leur destruction, n'aurait pas dû opérer cet effet; qu'il avait été compilé à la hâte par des prêtres jansénistes, et mal vérifié par des magistrats peu propres à ce travail; qu'il était plein de citations fausses, de passages tronqués ou mal entendus, d'objections prises pour les réponses; enfin de mille autres infidélités semblables...
« La plainte des Jésuites et de leurs défenseurs fût-elle aussi juste qu'elle le paraît peu, qui se donnera le soin de vérifier tant de passages? En attendant que la vérité s'éclaircisse, (si de pareilles vérités en valent la peine) ce recueil aura produit le bien que la nation en désirait, l'anéantissement des Jésuites. Les reproches qu'on est en droit de leur faire seront plus ou moins nombreux; mais la Société ne' sera plus : c'était là le point important » (1).
Et c'est aux Jésuites cependant qu'on attribue l'axiome : la fin justifie les moyens! Que dit-on encore de ce qui suit? Ils ont été condamnés : on a mis en avant des raisons. Mais ces raisons n'étaient que purs prétextes; on eût pu les tourner contre n'importe quel ordre religieux. Ils cachaient les vrais et sérieux motifs qu'on ne pouvait dire. « Ce n'est pas, écrit le philosophe sans désapprouver le moins du monde le procédé, parce qu'on croit les Jésuites plus mauvais Français que les autres religieux qu'il les faut disperser et détruire, c'est parce qu'on les sait plus redoutables. Ce motif, quoique non juridique, est meilleur qu'il ne faut pour s'en défaire ».
« La ligue de la nation contre les Jésuites ressemble à la ligue de Cambrai contre la République de Venise, qui avait pour cause les richesses et l'insolence de ces républicains. La Société avait fourni les mêmes motifs à la haine. On était justement indisposé de voir des religieux, voués par état à l'humilité, à la retraite
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et au silence, diriger la conscience des rois, élever la noblesse du royaume, etc.; ce crime dont on ne parlait pas, valait seul tous ceux dont on les chargeait d'ailleurs... »
Bref, et en clair français, on les a détruits, parce qu'on était jaloux. D'Alembert trouve cela tout simple et normal. Sachons-lui gré de sa franchise.
Les Jésuites pouvaient disparaître. Encore une dizaine d'années, de la Compagnie de Jésus il ne restera que des prêtres dispersés, silencieux, souffrant d'un coup qu'ils savent immérité, et tâchant, par leur vie sainte et laborieuse, de justifier celle qu'ils continuent à appeler leur mère, et que l'on a condamnée sans la juger, sans l'entendre,
L'édit royal qui les banissait de France était du 1er décembre 1764. En 1759, on les avait bannis du Portugal. En 1762, on avait fermé leurs collèges de France; et, deux ans plus tard, Louis XV signait l'édit qui les expulsait. En 1767, ce fut le tour de l'Espagne et de Naples; en 1768, celui de Malte et de Parme. Du grand arbre, quatre maîtresses branches étaient coupées : en 1773, Clément XIV portait le dernier coup et renversait l'arbre lui-même.
De ce dernier acte, nous ne voulons rien dire. Il n'appartient pas à notre sujet. Quelque discutables que puissent être les considérants du bref qui supprime la Compagnie de Jésus, c'est parole de Pape, et il n'y a
qu'à dire avec ce missionnaire de Pékin : « Le bref est en chemin, il arrivera bientôt, Dominus est! » (1).
(1) Lettre du Père Bourgeois, Crétineau Joly, t. V, ch. V. « Ce bref, dit le protestant Schœll, ne condamne ni la doctrine, ni les mœurs, ni la discipline des Jésuites. Les plaintes des cours contre l'Ordre sont les seuls motifs de sa suppression qui soient allégués, et le Pape la justifie par des exemples précédents d'Ordres supprimés pour se conformer aux exigences de l'opinion publique ». Cours d'hist. des Etais Européens, t. XLIV, p. 83. Qu'on lise de près le document : il enregistre les plaintes, les polémiques, les accusations ; nulle part il ne dit clairement que, s'il supprime la Compagnie c'est à cause de ses fautes. Jamais peut-être de la chancellerie pontificale n'est sorti une pièce aussi embarrassée. Clavé, op. cjt., p. 46. Sidney Smith, op. cit. Month, t. 102, p. 58.