Le duc de Parme écrit au P. Lenkiew icz
9. Trois Pères de la Russie-Blanche se rendent en Italie. 10. Ils fondent trois collèges et ouvrent un noviciat.
1. Cependant, même au milieu de cette tourmente polititique et sociale, Pie VI ne cessa point de montrer sa bienveillance pour la Compagnie détruite et sa pensée de la rétablir aussitôt que la paix lui en fournirait une occasion favorable ;. nous en trouvons des preuves dans la « Société dit Sacré- Cœur de Jésus » et dans la « Compagnie de la Foi de Jésus », deux congrégations religieuses fondées à celte époque et qui, à la recommandation du Souverain Pontife, se réunirent et adoptèrent le titre de « Compagnie de la foi de Jésus. »
J'ai sous les yeux un mémoire écrit par l'un des premieis^ membres de la congrégation du Sacré-Cœur de Jésus. Le but de celle Société était de former des jeunes gens pour
que la Compagnie de Jésus, aussitôt après son rétahlissement, trouvât des ouvriers tout préparés (1). La première pensée de cette congrégation remonte à la veille de la révolution, et appartient à des élèves du séminaire de Saint-Sulpice à Paris, que dirigeait admirablement M. Émery. Deux prêtres la fondèrent : le prince Charles de Broglie et M. de Tournély. Ils s'établirent d'abord chez le curé de Ostert (Luxembourg), puis à Louvain. Là résidait un saint et savant chanoine de Paris, M. Pey. Us se mirent sous sa direction spirituelle. Tout d'abord ils voulurent prendre le nom pur et simple de Jésuites, mais par égard pour le Saint-Siège ils donnèrent à la future congrégation le nom de « Société du Sacré-Cœur de Jésus. » Le 8 mai 1794, les deux fondateurs se retirèrent, non loin de Louvain, dans une maison de campagne qu'un banquier leur avait prêtée sur la recommandation de M. Pey. Us y furent bientôt rejoints par deux jeunes gens, François de Tournély, frère de M. de Tournély, et Jean Le Blanc ; et tous les quatre, rivalisant d'une sainte ardeur, ne s'occupaient que de la prière et de l'étude des constitutions de S. Ignace.
Bientôt l'invasion de l'armée française en Belgique sous la conduite du général Jourdan, les força de chercher à Augsbourg un abri que leur offrirent M. Beck vicaire-général ,de l'évêque, et deux banquiers, MM. Obwexer et Baccioclii. Le comte Fugger de Babenhausen, ayant appris leur existence, leur offrit d'établir un noviciat dans sa propriété de Lautershoffen. Us y passèrent quelques mois ; leur nombre s'accrut jusqu'à neuf, et ils s'efforcèrent de se conformer dans la mesure du possible à la lettre des règles et de l'institut des Jésuites ; mais ne pouvant saisir l'esprit de la Compagnie, ils cherchaient à attirer chez eux quelqu'un des profès exjésuites.
{V) Mémoire mr la Société da Sacré-Cœur cL sur rrAle de la Foi. (Ms. in-i», Arcli. Jes. Pol.)
l'euroi'E envahie i'ar la révolution
Les anciens Jésuites cependant regardaient avec méfiance cette nouvelle congrégation. Interrogés, ils donnaient volontiers des conseils et des avis, mais aucun ne voulait s'y adjoindre. Ce fut peut-être une faute de leur part, mais telle était la foi de ces Pères à la très prochaine résurrection de la Compagnie, qu'ils regardaient toutes les sociétés semblables comme intempestives. Ce qui les arrêtait surtout, c'était la ferveur exagérée de ces jeunes candidats, qui ne se laissaient pas gouverner par les sages conseils des anciens Jésuites.
Cependant les < Frères du Cœur de Jésus » firent leurs vœux simples pour un temps limité, le 15 octobre 1794, dans l'église de St-Ulricli (1). Us ajoutèrent pour quatrième vœu le pèlerinage de Rome dans l'espace de deux ans. Us ne croyaient cependant pas beaucoup à leur avenir, puisqu'ils firent demander au P. vice-général de la Russie-Blanche, par le P. Rauscher, qui allait à Polotsk se réunir à ses anciens confrères, de vouloir bien les incorporer à la Compagnie de Jésus, ï Le P. Lenkiewicz, alors vicaire-général, craignit que lad- « mission d'une vingtaine de français ne souffrit des difficultés « de la part du gouvernement, alors fort en garde contre tout « ce qui venait de France. D'ailleurs comment employer tant « d'étrangers qui ignoraient la langue du pays? Il chargea donc * le P. Rauscher de leur écrire qu'ils continuassent à se sanc- « tifier dans le genre de vie qu'ils avaient embrassé, que peut- « être des temps plus favorables présenteraient l'occasion « d'exécuter leur projet dans l'Allemagne même (2). »
Mais déjà au milieu du mois d'août 1785, les Frères du
(1) « Le 15 octobre, jour de Sainte Thérèse, l'une des patronnes de la nou- « velle Société, qui l'invoquait tous les jours pour obtenir le don d'oraison, les (( neuf compagnons se rendirent à Augsbourg dans l'église de St-Ulrich, choisie « de préférence parce que le pape Pie VI y avait officié à son retour de Vienne. «. Ce fut au pied de l'autel où il avait célébré la messe, que les vœux furent « prononcés, après que M. de Tournély (supérieur de la Société) y eut ofTiert le K Saint-Sacrifice. » [Mémoire su.r la Société du Saré-Comr de Jésus, ch. 4).
(2) Ihid., ch. 8.
Rossie-Blanche, t. II. 3
Sacré-Cœur, fuyant devant l'armée française, durent abandonner leur retraite de Lautershoffen. Le pèlerinage de Rome n'aboutit pas non plus. Leurs deux députés, M. de Broglie et M. de Tournély, durent s'arrêter sur les frontières de Suisse. Il ne restait plus qu'à sortir du pays et à chercher un abri, Tanais ad undas, au bout du monde. Us résolurent de s'établir en Crimée (sic), se promettant que le gouvernement moscovite, qui protégeait les Jésuites dans la Russie-Blanche, ne leur refuserait point une pareille protection dans une province nouvellement conquise. Sur les instances cependant de M. Émery, qui était sorti comme par miracle des prisons de la Conciergerie ; à la prière aussi de l'évêque-électeur de Trêves, de l'évêque de Nancy, le comte de Saurau, gouverneur de Vienne, permit aux fugitifs de se fixer dans la capitale de l'Autriche. Le cardinal-archevêque de Vienne, Mgr Migazzi, prit d'eux un soin paternel ; il obtint pour eux dix-sept chambres dans le cloître des chanoines de Saint-Augustin. Par un concours étonnant de circonstances, habitait dans la même ville, la fiUe de Louis de Bourbon prince de Condé. Cette princesse qui avait été deux ans religieuse au Carmel de Turin, conçut la pensée de fonder une nouvelle congrégation de femmes. Elle la recruta parmi les anciennes religieuses qui comme elle, fuyant devant l'armée de la révolution, avaient cherché un abri à l'étranger. L'archiduchesse Marie d'Autriche appuya ce projet. On voulait fonder une congrégation semblable à celle qui surgit quelques années plus tard sous le nom de Dames du Sacré-Cœur. Ce projet cependant fut rejeté par M. de Tournély. L'archiduchesse avec sa nouvelle congrégation eut le malheur trois ans plus tard de s'adresser pour le même objet à Paccanari, fondateur de la congrégation des Pères de la Foi, comme nous le dirons bientôt.
Cependant l'armée française s'avançait sous la conduite de Napoléon. Comme elle menaçait Vienne, les Frères du Sacré- Cœur se retirèrent en avril 1797 à Ilaguenau, village apparte-
l'europe envahie par la révolution
nant à l'abbaye des chanoines de Saint-Augustin de Klosterneubourg. Malgré sa vie errante, la Société se recrutait, redoublait de ferveur dans l'acquisition des sciences théologi- -ques et de la sainteté. Après la mort prématurée de M. de Tournély (9 juillet 1797), le P. Varin fut élu supérieur général. Il ouvrit, sous la protection de l'archiduchesse Marie, une seconde maison à Prague, régularisa les études, mit la dernière main à l'édifice intérieur de la Société, qui comptait déjà 40 religieux. Outre l'archiduchesse, les confrères trouvèrent des protecteurs dans le préfet de police, le comte Pergen, le baron de Penkler, conseiller impérial, et d'autres dignitaires de la cour de Vienne. Surtout ils attirèrent les regards des évêques français, errants comme eux en Suisse et en Allemagne. Le cardinal Migazzi, se mettant à la tête de ces prélats, prépara au nom de tous une adresse au Saint-Père, pour lui demander l'approbation de cette Société nouvelle. Pie VI, alors prisonnier dans le cloître des Chartreux à Florence, pouvait cependant communiquer avec ses nonces et le monde catholique. A la fin de mars 1799, Sa Sainteté répondit, louant la règle, les mœurs et les coutumes de la nouvelle congrégation et la mettant sous la protection du cardinal Migazzi ; il exprimait cependant le désir que cette congrégation se fondît avec une autre dont l'esprit et le but étaient les mêmes, la « Compagnie de la Foi de Jésus », fondée à Rome par un certain Paccanari.
5. Quelle était l'origine de cette nouvelle Société? Il existait à Rome un ancien oratoire du jésuite Caravita. Beaucoup d'ouvriers et de marchands s'y réunissaient ; et voyant les grands avantages de cette institution, par reconnaissance pour les Jésuites, auxquels elle devait ses commencements, ils résolurent de fonder une congrégation de catéchistes pour expliquer la doctrine chrétienne aux enfants et aux grandes personnes dans les campagnes et les petites villes. Une
pareille résolution ne manquait pas d'un certain danger. Ces hommes en effet, n'ayant pas assez d'instruction ni assez de prudence, pouvaient facilement tomber dans l'erreur ou dans une ferveur indiscrète. Ils le sentaient eux-mêmes et désiraient gagner à leur Compagnie quelques prêtres qui les dirigeraient et dans leurs missions administreraient les sacrements.
Parmi les autres, se distinguait Nicolas Paccanari, homme dépourvu de science, mais doué d'une rare puissance de parole et qui avait le don de la persuasion. C'était en réalité un charlatan, qui séduisit nombre de gens. Commis-voyageur, puis comédien ambulant, il avait perdu son petit avoir ; alors il se mit à faire le dévot, feignit d'avoir des visions et des extases. Piusé cependant comme il l'était, il tint compte de l'opinion, qui à ce moment était entièrement favorable aux .Jésuites. Il pubha donc qu'il voulait fonder une congrégation ayant pour but de préparer des hommes capables, pour la Compagnie de Jésus, quand elle serait rétabhe (1).
(1) Le P. Zalfski est peut-être un peu sévère pour Paccanari. Voici ce que dit des commencements de ce personnage l'auteur du Méynoirc sur la Société du Sacré-Cœur et sur celle de la Foi :
= «Accoutumé à un genre de vie dissipé et peu sévère jusqu'au moment où « il s'unit aux confrères Dcl Çaravlta, novice encore dans le chemin de la d perfection, il n'avait pas eu le temps de s'exercer à réprimer ses passions, « surtout l'envie de se faire un nom, la vivacité, l'impatience et l'immortifi- « cation de l'esprit et des sens ; ces défauts paraissaient en lui réprimés par « les circonstances plutôt qu'entièrement éteints. 11 avait puisé dans le com- « merce un esprit de ruse et de finesse bien éloigné de la candeur et de la «. simplicité évangélique. Il niait même une vérité sans détour, étendant trop « loin ce qu'il avait entendu dire des restrictions mentales. Enfin il avait « retenu de son ancienne profession une sollicitude inquiète pour les moyens « d'existence tempo /elle ; et dans les peines qu'il se donnait pour procurer K des aumônes à sa Société, on voyait qu'il ne s'abandonnait pas assez à la « Providence.
(( Tel était Nicolas Paccanari qui, par un esprit d'ambition, pour devenir « fondateur d'ordre, manqua le sublime de sa vocation et dérangea les vues <( de Dieu sur lui et sur plusieurs de ses compagnons, qu'il sut fasciner jusqu'à « la fin. Mais dans le temps qu'il partit pour Lorette et depuis, pendant long-
l' EUROPE ENVAHIE PAR LA RÉVOLUTION
Les ex-Jésuites ne se fiaient point à lui ; voyant cependant que beaucoup de dignitaires ecclésiastiques et de prêtres séculiers appuyaient avec zèle son entreprise et que Paccanari recrutait des adeptes à Venise, Ancône et autres villes de l'Italie, ils ne voulurent point s'opposer à ses efforts, pour n'être pas accusés de jalousie de couvent ou de haine contre lui.
Il nous suffit de dire qu'à la fin de 1798, Paccanari, qui n'était pas encore prêtre, fonda, avec douze compagnons, la « Compagnie de la Foi de Jésus ». A cette même époque, il conçut la pensée de fonder une pareille congrégation pour les femmes : « Tu es prédestiné à devenir fondateur d"ordre, » se disait-il à lui-même et il le répétait à ses compagnons avec beaucoup d'emphase. Il se rendit donc à Prague et gagna si bien la crédule archiduchesse Marie, qui habitait cette ville, depuis 1797, qu'elle se mit sous sa direction avec toutes les dames qui s'étaient données à Dieu dans sa congrégation.
Pendant ce temps, la congrégation des Pères de la Foi se développait, grâce aux industries qu'ils employaient pour se se préparer les voies. Ils portaient l'habit de la Compagnie, se
« temps encore, il n'avait que les intentions les plus pures (Chap.24 et25).
Paccanari avait voulu aller implorer à Lorette le secours de la T. S. Vierge pour la Société naissante.
Mais voici ce que le même auteur dit de Paccanari dans le temps que ce malheureux s'obstinait à ne pas vouloir réunir sa congrégation à la Compa- ^me de Jésus, déjà rétablie en Russie :
= « 11 est un mystère que la discrétion m"a toujours empêché de vouloir péné- « trer. Il me paraît pourtant que le P. Rozaven a été informé un des premiers « du désordre des mœurs du P. Paccanari, et que ce fut cette connaissance « qui rengagea à faire à Rome un second voyage en 1803, six mois seulement « après être revenu de la Congrégation générale. Il eût été imprudent de « divulguer ce qu'il savait, le scandale aurait été horrible. Ainsi il se contenta « de s'ouvrir au St-Père, qu'il trouva déjà mieux informé qu'il ne l'était lui- « même, et qui, par égard pour l'archiduchesse, qui ignorait les fautes de <( Paccanari, voulait remédier au mal tout doucement et sans bruit. Quoi qu'il « en soit de mes conjectures, voici ce qui est certain : le St-Père, après avoir « écouté le P. Rozaven, lui dit : « Je vous approuve, vous avez bien fait d'être « venu ici pour cette affaire, » =(chap. 56) (X. T.)
donnaient partout pour de vrais Jésuites, se vantaient hautement d'avoir la règle de S.Ignace. Comme les membres lesplus zélés du clergé appelaient de tous leurs vœux le retour des Jésuites, beaucoup de prêtres vertueux entrèrent dans cette congrégation. La plupart d'entre eux se rendirent quelques années plus tard dans la Russie-Blanche, où ils furent reçus, non comme corporation, mais individuellement, au noviciat de la Compagnie déjà rétabhe. On se tromperait donc gravement si l'on croyait que le charlatanisme de Paccanari. avait donné son cachet à cette jeune congrégation. Paccanari, lui fit beaucoup de mal ; il la détourna de sa première direction et ruina sa réputation ; mais malgré cela les Pères de la Foi cherchaient sincèrement le bien de l'Église ; ils désiraient hâter et rendre plus profitable le retour de la Compagnie de Jésus.
Ils avaient déjà une maison à Spolète et Paccanari se rendit auprès de Pie VI, accompagné du P. délia Védora. Ils furent présentés au Saint-Père par Tex-jésuite Marotti, secrétaire des brefs apostoliques. Même à cette audience pontificale, ils se présentèrent en habit de Jésuites. Pie VI ne les reprit point de ce manque de tact ; il les reçut avec bonté, leur accorda, des privilèges pour sept ans, approuva leur congrégation et leur commanda de prendre sous leur protection les élèves du collège de la Propagande, dispersé par les Français. 11 est évident (et c'est chose facile à comprendre, dans la confusion générale qui régnait alors) que Pie VI dans sa captivité n'était exactement instruit ni du caractère de Paccanari ni des circonstances qui avaient accompagné la fondation de sa congrégation. Paccanari, après avoir passé quelques jours à Spolèle, courut à Rome rassembler les élèves de la Propagande. Là il fut saisi par la police française et enfermé au château St-Ange. On fit venir aussi de Spolèle ses compagnons et leur procès fut commencé. Bientôt cependant on se convainquit que, sous le voile de cette nouvelle congrégation, ne-
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se cachait aucun complot politique ; on les remit donc tous en liberté au commencement de 1799, leur ordonnant seulement de quitter le territoire de la « République Romaine. » Paccanari se mit avec les siens sous la protection du duc de Parme; les ex-jésuites de cette ville, qui n'avaient reçu aucune information de leurs Frères de Rome, accueillirent,leurs futurs compagnons à bras ouverts. Dans une seconde audience de Pie VI, Paccanari obtint de nouveaux privilèges ; en même temps le Souverain Pontife lui dit de se rendre à Vienne et de mener à bonne fin la réunion de sa congrégation avec celle des Frères du Sacré-Cœur, qui l'emportaient sur les Paccanaristes en science, en nombre et en ancienneté.
3. Paccanari arriva à Vienne au mois d'avril 1799, et le 18 du même mois, il eut un entretien avec le P. Varin, qui avait succédé au P. de Tournély. Il fut résolu que le nom de Frères du Sacré-Cœur disparaîtrait, que les membres de cette congrégation passeraient dans la Compagnie de la Foi de Jésus, dont le nom resterait, et que le supérieur général de tous serait Paccanari. Dès lors il commença à s'appeler général d'un ordre qui, malgré cette réunion, ne comptait pas plus de 70 membres. A son retour, il alla à Prague, établit la congrégation de femmes projetée dix-huit mois auparavant et les appela « Dilette di Gesii, les Bien- Aimées de Jésus. »
Dans son administration générale, il est difficile d'apercevoir quelque idée-mère. Il relâcha la règle des Frères du Cœur de Jésus, qui lui parut trop monacale (1) ; il entreprit de régulariser les études, lui qui n'avait jamais étudié. Il lança à tout hasard iles membres de la Société de côté et
(1) = « Il trouva les récréations d'Hagenbrunn monacales et beaucoup trop « graves, il les rendit bruyantes: il nous faisait jouer aux barres et à divers « autres jeux. Les paysans d'Hagenbrunn. surpris de ce changement subit, « dirent que nous étions devenus fous. » (Métnoire, ch. 40) ,
d'autre, n'ayant pas encore de missionnaires formés ; il reçut de Pie VI des missions sur la côte orientale de l'Afrique jusqu'à Madagascar et Suez ; il ouvrit une mission en Hollande et en Angleterre, une maison à Dilingen et quelques autres en France, des stations à Milan, à Pavie, à Padoue à Vicence et à Crémone, où les Pères de la Foi s'occupaient au service des hôpitaux civils et militaires.
4. Mais l'heureuse étoile de Paccanari commença à pâlir L'empereur François, qui voyait d'un œil défavorable l'archiduchesse Marie devenue le jouet de ces « nouveaux Jésuites >. ouPaccanaristes, ferma les maisons des Pères de la Foi à Prague et Haguenau. Quand la princesse eut quitté Prague pour se rendre à Rome, le nonce de Vienne refusa à Paccanari d'ordonner ses prêtres, et le nouveau pape Pie VII qui venait d'être élu à Venise, ne se montrait nullement favorable a la Société et à son fondateur. Paccanari méritait bien ce traitement à cause de sa conduite, qui n'était point religieuse, et de son insupportable arrogance. De commisvoyageur et de comédien, sans noviciat et sans études devenu général d'un ordre religieux, son orgueil et sa vamte lui faisaient commettre de nouvelles fautes à chaque pas. Il rompit ses relations avec les ex-Jésuites, qui ne lui paraissaient déjà plus nécessaires ; et comptant sur la protection de l'archiduchesse Marie, il poussa son indiscrétion si lom, que deux cardinaux étant venus le voir, il les reçut au lit.
Pie VII, visitant en 1800 l'archiduchesse Marie à Padoue, accorda à sa prière une audience à Paccanari. Le général se présenta encore avec ses frères en habit de Jésuites. Le Pape sembla ne pas s'en apercevoir; il refusa cependant énergiquement d'approuver la congrégation. On s'était déjà aperçu plus tôt que Paccanari était tombé dans les filets de la cour de Madrid ; l'ambassadeur d'Espagne à Vienne comblait de
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faveurs ce malheureux fondateur d'ordre, tandis que la cour de Vienne ne l'épargnait plus que par égard pour l'archiducliesse.
L'archevêque de Crémone lui accorda enfin l'ordination de ses prêtres, et la maison-mère de la Société fut établie à Rome sous la protection et aux frais de l'archiduchesse. Les Pères de la Foi remphssaient toutes leurs fonctions, vêtus de l'habit de la Compagnie, au vu et au su du Pape et toujours avec la pensée de se réunir aux Jésuites ; nous verrons que cette réunion n'eut pas lieu.
5. Ici nous constatons seulement les faits suivants : les classes inféi-ieures des artisans et des commerçants, aussi bien que Tépiscopat et le clergé séculier, sentaient le besoin du rétablissement de la Compagnie ; l'attente de ce rétablissement était générale, universelle, comme vingt ans auparavant tout respirait la guerre contre les Jésuites. Nous rappellerons aussi ce que nous avons dit dans le chapitre précédent des dispositions de Pie VI. La confirmation éloquente de notre opinion et de notre manière de voir, se trouve dans l'extraordinaire inclination et bienveillance de ce pape pour les deux Sociétés qui déclaraient ouvertement et bien haut qu'elles n'étaient qu'une préparation au rétablissement de la Compagnie de Jésus, qu'elles prenaient non seulement ses règles mais encore son habit, et qu'elles se réuniraient à elle aussitôt qu'elle ressusciterait.
Si le Pape avait tenu les Jésuites de la Russie-Blanche, ainsi que le publiait la diplomatie, pour des « réfractaires » et des rebelles, il n'aurait pu regarder d'un œil favorable et combler de privilèges des corporations qui déclaraient hautement avoir le même esprit que ces réfractaires et désiraient même se réunir à eux.