Parmi les royaumes catholiques, le Portugal, qui le
premier trente ans auparavant, avait ouvert la campagne contre les Jésuites, fut le premier aussi qui prit la défense de l'ordre détruit. La chute de Pombal (1778) et la réhabilitation des Jésuites sont deux faits inséparables. Le protestant Christophe de Murr a publié dans son Journal les condamnations qui frappèrent à son tour le ministre coupable (1).
A la même époque fut publiée, dans ce même Journal, une histoire très détaillée de \di persécution des Jéstiites en Portugal. Lue par les protestants aussi bien que par les calhoKques, elle gagna les esprits et influa sur l'opinion en faveur de la Compagnie. Par l'ordre de la reine, un tribunal particulier, sous la présidence de Gonzalve de Silveira s'occupa de la revendication des biens des Jésuites. On fit sortir les Pères des cachots où les avait jetés Pombal. « Les Jésuites « qui sont sortis des prisons, écrit un auteur contemporain, « entendent les confessions, prêchent aux grands applau- « dissements des fidèles. Le peuple dit que, pour avoir « changé l'habit religieux contre celui des prêtres sécuhers, « ils n'ont changé ni de vie ni de doctrine. Avec la permis- « sion de la reine, le P. Pirès originaire de Bahia, est revenu « de Rome. Les religieux de la Compagnie de Jésus brillent ï dans ce royaume aux yeux du prochain par l'exemple « admirable de leurs vertus. Le P. Borgès a un don particu- « lier pour assister les mourants ; on se le dispute de tous « côtés, même dans les maisons des grands (2). »
Aussitôt que le marquis Menezès, nouvel ambassadeur de Portugal, arriva à Rome le 5 janvier 1779, le P. Manzo se présenta devant lui, au nom des Jésuites portugais, et le pria d'augmenter leur pension. Le marquis répondit qu'il était toujours disposé à écouter les ex-Jésuites ; quant à la pension, il leur recommanda de rédiger une supplique. On
(1) Christophe de Murr, Journal, iom. VIII, p. 50, 63, 76, 70; tom. X, p. MO.
(2) IbiU., tom. VIII, p. 64. 66.
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permit à six ex-jésuites d'habiter dans l'abbaye de Notre- Dame de Belem près de Lisbonne. La reine les reçut avec une grande bienveillance. Son mari, don Pedro, régent du royaume, montra pour eux une bonté égale ; il appelait en riant sa robe de diambre Roupetta, c'est-à-dire habit de Jésuite. Si quelqu'un de ses chambellans lui demandait : « Votre majesté se rappelle-t-elle encore les Jésuites? » — « Pourquoi pas? répondait don Pedro. Mon père Jean V était « content de ces religieux, ils lui ont rendu des services « signalés ; et moi je n'ai pas oublié la doctrine salutaire « qu'ils m'ont enseignée. »
Une autre fois, en 1782, lorsqu'on introduisit à la cour la fille du marquis de Penalva comme dame d'honneur, comme tous admiraient son érudition et son habileté dans la langue latine, Don Pedro demanda aux courtisans quel avait été le professeur d'une personne aussi distinguée. On lui répondit que c'était le jésuite François Duarte : « Voilà des hommes « créés pour l'éducation, s'écria le régent ; nous sentons « vivement la privation des Jésuites. Fasse le Ciel que je « puisse les faire revenir dans mon royaume avant ma « mort ! ». — « C'est vrai, dit la reine, en les perdant nous « avons beaucoup perdu (1). »
Témoin d'un tel changement dans les esprits, l'ancien confesseur de la reine, l'ex-jésuite Oliveira, avait remis dès 1780, au nom des ex-jésuites portugais, deux mémoires, l'un à Pierre III, l'autre à la reine Marie. A la reine, il demande une déclaration officielle de l'innocence des Jésuites en Portugal, et dans ce but il ramène à treize chefs les accusations dont Pombal devait se justifier (2). La reine permit les poursuites contre Pombal ; cependant l'affaire marcha fort lentement, parce que
(1) Ibid., Tom. X, p. 141 ; To)i>. XI, p. 9'-23 ; Tom. XII, p. 510.
(2) Ibid., To)ti. X, p. 148-102. Christophe de Murr donne in-extenso le texte original latin du mémoire.
d'abord il fallait achever la réhabilitation de la noblesse et des victimes de la conjuration inventée par Pombal en 17o8.
Les ex-Jésuites remirent, le 17 octobre 1780, un second mémoire à Pierre III, priant ce prince d'intercéder auprès de la reine pour accélérer l affaire. Pierre intercéda en effet, apportant jusqu'à dix-neuf motifs présentés par les ex- Jésuites, pour lesquels il fallait absolument réviser les décrets de Pombal contre eux. Enfin un rescrit de la reine (23 août 1781) déclara que Pombal avait mérité la peine de mort, que cette peine était commuée par la reine en exil dans sa propriété, que Pombal devait réparer les outrages et les torts causés par lui à la noblesse et aux personnes privées (1). En conséquence, dès le commencement de J782, un certain nombre d'ex-Jésuites portugais revinrent d'Italie ; et bien que le décret debanissementporté contre les Jésuites n'ait été abrogé qu'en 1818, cependant les esprits étaient préparés en Portugal, dès avant l'explosion de la révolution française, à recevoir le rétablissement de la Compagnie.
7. En Espagne, malgré l'acharnement de Charles lll, l'opinion publique inclinait en faveur de la Compagnie détruite. Ce monarque était la « seule personne » dont la vie empêchait le rétablissement de la Compagnie. Pie VI comptait peut-être trop scrupuleusement avec le fanatisme anti-jésuitique de la cour d'Espagne. Christophe de Murr raconte dans son Journal que le roi d'Espagne jugeait autrement de la lettre trouvée dans la chambre du recteur de Madrid (2). Malgré cela cependant, il s'obstinait à empêcher le rétabhssemeut de la Compagnie. Kien d'étonnant dans cette obstination. Il était difficile de demander à un monarque si jaloux de son autorité suprême et de son infaillibilité, de reconnaitre publiquement sa faute, en autorisant le rétablissement des Jésuites. Il pér-
il) Ibid., To,n. X, p. iOl-lS'i.
(-2) Jhid, p. i^'t.
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sévérait donc dans son opposition, mais il avait beaucoup relâché de sa rigueur à Pégard de ses victimes. 11 ouvrit les frontières de ses états aux exilés ; il s'efforça même par voie diplomatique d'en faire revenir quelques-uns dans le pays, entre autres le P. Pignalelli. En Espagne comme ailleurs, ces Jésuites, immoraux et si dangereux peu de temps auparavant encore, furent chargés d'administrer des paroisses, d'enseigner dans les collèges, et l'on augmenta la pension de ceux qui restaient en exil. Dans ce pays foncièrement catholique, la fureur anti-jésuitique se concentra à la cour du roi et dans la noblesse qui approchait de plus près Sa Majesté. La masse du peuple n'eut pas même le temps de se pénétrer de celte haine, si prompte et si imprévue avait été l'expulsion des Jésuites ; elle avait été de plus exécutée avec une barbarie et une violence qui pouvaient peut-être imposer silence aux masses, mais non leur inspirer la haine pour les victimes d'un pareil traitement. La révolution française et en général les troubles de l'Occident furent la cause pour laquelle le petitfils de Charles III rétablit la Compagnie, et cette réhabilitation fut d'autant plus magnifique qu'elle avait été plus tardive.
Après ce que j'ai dit plus haut sur les dispositions du parti catholique et conservateur à l'égard des Jésuites en France et en Allemagne, je n'ai rien à ajouter ici. Une chose plus frappante, c'est que la destruction de la Compagnie n'arrêtait pas la polémique à son sujet. On aurait dit que sur son tombeau, son esprit veillait encore pour la défendre ; il n'y avait plus de Jésuites, et le fantôme du jésuitisme poursuivait encore les ennemis de la Compagnie et ceux de l'Église. Il est difficile d'énumérer les ouvrages de toute sorte publiés alors pour ou contre les Jésuites. La crainte fiévreuse de voir la Compagnie se relever, était visible chez ceux qui trouvaient leur profit dans sa ruine. Les Allemands protestants renouvelèrent leurs anciennes haines contre l'ordre. Pierre-Philippe
Wolf, professeur à A.ugsbourg, publia en quatre volumes une Histoire universelle des Jésuites dans laquelle il ramassa tout ce qui avait été jamais écrit ou dit contre eux. Il se rencontra un apologiste anonyme de la Compagnie qui écrivit en quatre petits volumes àe^ Remarques générales sur r Histoire universelle des Jésuites. Dans sa préface, le défenseur des Jésuites rappelait à Wolf ces mots de Bayle : « S'il est vrai que les « Jésuites achètent leurs calomniateurs, ils ont en réalité « placé leurs capitaux à bon intérêt. » Wolf mentait si effrontément, que son corréligionnaire Christophe de Murr en fut révolté et écrivit une apologie courte mais vigoureuse des Jésuites.
8. Cependant la tempête de la révolution française grondait toujours plus furieuse. Les monarques qui s'étaient conjurés pour affliger le Pape, voyant ce qui se passait en France, commencèrent à trembler pour leur trônes et rabattirent beaucoup de leurs desseins usurpateurs. Naples fit la paix avec le Saint-Siège. Ferdinand IV appela même l'ex-jésuite Pignatelli près de lui pour le consulter sur le rétablissement de la Compagnie. Il posa cependant des conditions qui changeaient la nature de l'ordre et en faisaient plutôt un corps enseignant qui dépendrait du gouvernement (1). Léopold supprima nombre de dispositions hostiles à l'Église dans la Toscane et en Allemagne. En Belgique, oii les esprits s'étaient révoltés à cause des réformes joséphistes, l'Église était en paix.
La révolution, semblable à un orage qui purifie l'atmosphère, ramena à de saines idées beaucoup d'esprits égarés ; ceux qui l'avaient prévue, et qui avant qu'elle éclatât, étaient fidèles à l'Église et à la foi, s'affermirent dans leurs principes et leurs convictions. Les monarques surtout, sages enfin après le danger, ramenaient avec eux les Jésuites, à mesure qu'ils remontaient sur leurs trônes.
(1) BouFFiER, Vie du P, Joseph Pignatelli, p. 215.
l'europe envafiie par la révolution
. Dans une tempête, ce sont les embarcations légères qui sont les plus agitées ; aussi les ébranlements de la révolution se firent-ils sentir tout d'abord et le plus fort'^ment dans les Principautés d'Italie. Le moment prédit par Catherine II arrivait : « Il viendra un temps, disait-elle, où les « monarques de l'Occident me demanderont de leur envoyer « des Jésuites ». Sa prédiction se réalisa ; le 1" décembre 1793, lin courrier de Pétersbourg apportait un paquet de lettres au vice-général Lenkiewicz. Les Pères, quelque peu inquiets de ce nouveau courrier, décachetèrent le paquet et trouvèrent une lettre de l'Infant d'Espagne, prince de Parme et de Plaisance, adressée au P. vice-général. Ce prince déclare qu'il a déjà tout préparé dans ses états pour le rétablissement de la Compagnie et demande qu'on lui envoie pour commencer trois Pères avec pleins pouvoirs (1).
Le paquet renfermait une seconde lettre écrite par l'exjésuite Borgo, très célèbre en Italie pour son érudition, sa prudence et les œuvres qu'il avait accomphes avant la suppression. Il s'étendait longuement sur les desseins du prince, rapportait que déjà beaucoup d'ex-jésuites étaient logés dans les trois anciens collèges du duché de Parme, où on les avait introduits avec une pompe vraiment royale et comme en triomphe ; qu'on leur avait rendu leurs biens d'autrefois, que le bâtiment des classes était trop petit pour la jeunesse qui se présentait, que la vaste chapelle ne pouvait contenir le peuple qui se pressait aux cérémonies religieuses. Il ajoutait que sans aucun doute les ducs de Modène et d'Etrurie suivraient l'exemple du duc de Parme et qu'il fallait en conséquence envoyer au plus tôt des Pères de la Russie-Blanche (2).
Après la lecture de cette lettre, sustulerunt Nostri manus in cœlum, nos Pères levèrent les mains au ciel et glorifièrent la Providence divine, car elle se servait, pour rétablir la Com-
(1) Voyez Document X.
(2) Hiat. Albo-Rimss Soc, Pars II, Cap 42.
pagnie, de cette maison même de Bourbon, qui avait si puissamment contribué à notre ruine. De fait il est difficile de ne point incliner le front devant les décrets insondables de Dieu. Charles III d'Espagne avait pendant tout son règne poursuivi d'une haine implacable la Compagnie de Jésus dans tous les pays et jusqu'aux extrémités du monde ; et c'est son petitfils qui le premier appelle les Jésuites dans cette même ville de Parme, oi^i s'étaient concentrés les efforts réunis de la maison de Bourbon pour la destruction de l'ordre ; c'est de cette ville que vingt ans plus tût l'on avait enlevé les Jésuites pendant la nuit et qu'on les avait conduits sous bonne garde, comme les derniers déserteurs et sans leur fournir aucun secours, hors des frontières du duché. C'était donc bien avec justesse que le P. vice-général répondait au duc de Parme : « 11 faut remercier le Seigneur et baiser avec un amour filial « cette main de notre Père céleste, qui tantôt nous comble de « bienfaits, tantôt nous éprouve et nous châtie, sans jamais < cesser d'être la main d'un Père. »
9. Il n'y avait pas de temps à perdre. De Pétersbourg aussi arrivèrent des lettres, des passeports pour les Pères et l'ordre de partir au plus tôt. Le vice-général nomma le P.Antoine Messarati, originaire d'une grande famille de Milan, pour organiser la Province avec pleins pouvoirs ; on lui donna pour compagnon le P. Panizzoni, instructeur des Pères de troisième probation à Dunabourg, et le P. Scordialo, professeur de théologie. L'instruction donnée aux Pères renfermait six points et témoigne de la haute raison du P. Lenkiewicz et de son conseil (1). Une copie en fut envoyée à la cour de Pétersbourg.
(1) Les deux premiers points recommandent une soumission parfaite et tous les égards pour le duc et l'archevêque de Parme ; le troisième et le quatrième, d'ouvrir le plus promptement possible le noviciat, avec la permission de l'autorité spirituelle. Il faut être très prudent dans le choix des candidats, surtout
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Dès la fin de décembre 1793, les Pères se rendirent en Italie, portant au duc avec eux les lettres du vice-général. Le P Lenkiewicz y remercie Son Altesse d'une si grande bonté et lui déclare qu'il reçoit les ex-Jésuites qui sont dans le duché de Parme et les incorpore à la Compagnie de Jésus de la Russie- Blanche. Dès les premiers jours de février 1794, les trois Pères étaient à Parme. La famille ducale, la cour et la population les recurent avec enthousiasme; mais on s'aperçut bientôt que le duc n'avait pas préparé tout ce qu'il fallait pour mener l'œuvre à bonne fin. Il comptait sans aucun doute beaucoup trop sur les sympathies de Pie VI pour lui et pour la Compagnie. Ce ne fut qu'après l'arrivée des Pères qu'il demanda au Pape, dans une humble supplique, de vouloir bien rétablir dans son duché la Compagnie de Jésus avec tous ses anciens privilèges, et de l'autoriser à ouvrir un noviciat. Sans nul doute, c'est le P. Borgo qui avait porté le prince a retarder celte démarche, la plus importante dans toute cette affaire ; il comprenait que le Souverain Pontife ne voudrait pomt compromettre le duc par un refus, après que celui-ci se serait donné tant de peine pour négocier avec la cour de Pélersbourg et pour faire venir les Pères. Ses calculs lurent déjoués. Le Pape répondit qu'il louait le zèle du prince pour le bien de ses sujets, que lui-même se serait employé sans qu'on l'en priât au rétablissement delà Compagnie mais iî devait taire attention à la cour d'Espagne, toujours défavorable aux Jésuites, afin de ne point donner par là de prétexte à l'invasion des États pontificaux et à des complications encore plus difficiles.
des plus âgés, qui ne doivent en aucune laçon s être mêlés de questions poliluives II ne faut même recevoir les anciens ex -jésuites qu'avec prudence et après les avo.r éprouvés. Les deux derniers points regardent les écoles, où on do.t élever la jeunesse en la rendant fidèle et soumise k ses rois, utile à la patr.e, obligeante et cha. itable pour ses concitoyens. Il faut surtout la pré-
aTT"' ^f" '''''' '■évolutionnaires des sectaires.
AWo-Russx Soc, Pars II, Cap. 4i.) Rossie-Blancbe, t. ii. ^
Nous n'avons point la pensée de condamner la prudence de Pie VI ; elle ne lui servit cependant de rien. Trois ans ne s'étaient pas écoulés, que Charles IV, malgré le refus donné par le Pape à l'affaire des Jésuites, s'entendit secrètement avec la République Française ef Napoléon pour le partage des États de l'Église.
La meilleure preuve que la cause du refus était bien uniquement la crainte de la cour d'Espagne et non l'aversion de Pie VI, c'est que ce même Pape, dans une lettre confidentielle, permit l'établissement des Jésuites à Parme, avec la seule restriction qu'ils ne prendraient ni le nom ni le chiffre de la Compagnie, qu'ils porteraient l'habit des prêtres séculiers et rempliraient à petit bruit les obligations de leur vocation.
10. Les Jésuites étaient donc en réalité rétablis dans les états de l'Infant Ferdinand ; ils avaient trois collèges : à Parme, à Plaisance etàSaint-Domnin, où ils enseignaient, en menant la vie religieuse. Le P. Messarati, que le vice-général avait nommé provincial, étant mort peu de temps après son arrivée à Parme, le P. Panizzoni le remplaça. Il reçut dans la Compagnie les ex-Jésuites qui demandaient à rentrer et leur permit de renouveler leur profession publiquement dans l'église; ainsi le fit par exemple le P. Pignatelli, dans l'église de Saint- Roch à Parme, le 6 juin 1797; les Pères de Parme reparurent au confessionnal, en chaire, dans les missions et dans les classes ; en un mot, ils se livrèrent à tous les genres de travaux et d'occupations en rapport avec leur institut.
Au bout de cinq ans, on ouvrit un noviciat à Colorno. La cause de ce retard fut que Pie VI ne permit point aux novices de faire les vœux simples, mais ordonna de les envoyer dans la Russie-Blanche à cet effet et pour y terminer leurs études ; la condition, comme chacun le voit, était trop dure et cependant nécessaire si l'on voulait éviter toute rumeur. Le premier
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maître des novices fut le P. Joseph Pignatelli, homme d'une grande vertu, d'une éminente samteté.
Sous sa direction spirituelle, six jeunes gens commencèrent leur noviciat, le 6 décembre 1799, dans la maison de Saint- Etienne à Colorno ; et la peste, qui bientôt ravagea cette ville, leur fournit une admirable occasion de pratiquer dans les hôpitaux les vertus d'humilité et de charité.
Pour ne point devancer dans notre récit le cours des événements, revenons aux Jésuites de la Russie-Blanche, grandement affligés par la mort de Catherine II, au mois de novembre 1796 (1).
(1) Les détails sur la mort de Catherine et les premiers moments du règne de Paul I"', sont racontés d'une manière très intéressante par le comte de Ségur, dans Touvrage intitulé : Vie du comte Rostopc/nne, p. 27-45.
Lorsque le comte Markow déclara à Catherine que le roi de Suède rompait ses fiançailles avec la grande duchesse Alexandra, la tsarine fut frappée d'apoplexie ; aussitôt cependant elle revint à elle-même. Elle ne fut emportée d'une seconde attaque du même mal que six mois plus tard, le 18 novembre, dans les cabinets où par mépris elle avait relégué le trône du roi Stanislas. L'une de ses femmes, au bout d'une demi-heure, inquiète de ne pas la voir revenir, courut à sa recherche et trouva la tsarine étendue par terre, sans connaissance, le visage extrêmement rouge, l'écume à la bouche; un râle désagréable sortait de sa poitrine. On la transporta dans sa chambre à «oucher, elle ne recouvra plus sa connaissance. L'écume et des caillots de sang lui sortaient de la bouche, le râle élait intolérable à entendre, l'agonie dura 36 heures. Le 20 novembre à 9 h. 114 du soir, « la grande Catherine » cessa de vivre, portant au tribunal de Dieu son àme chargée de toute une longue série de crimes et d'excès. L'héritier du trône, Paul I*'', fit preuve dans ces heures do deuil d'un cœur de fils sensible et bon ; il pleurait, il était inconsolable, an point que Rostopchine dut l'avertir qu'une telle prostration d'esprit avilissait la majesté d'un souveram.
OPIAPITRE IV
Depuis l'avènement de Paul jusqu'à la mort du P. Lenkiewicz