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La Compagnie rétablie dans le royaume de Naples

1. La congrégation finie, le P. Gruber se rendit en toute hâte à Pétersbourg. Il établit sa résidence habituelle dans cette ville et nomma vice-recteur du collège de Pétersbourg le P. Hochbichler, ancien jésuite qui arrivait de l'Allemagne, homme d'une science profonde et d'une grande sainteté.

La présence du P. Gruber était nécessaire à laf^capitale. La grande autorité dont il avait joui sous Paul V% ne diminua point sous Alexandre. Cet empereur, qui n'avait rien de mongol dans le caractère, savait estimer la science jointe à la vertu; étranger au fanatisme religieux, il ne s'offensait point du caractère catholique du P. Gruber et de ses compagnons. Le P. général avait ses entrées libres chez le tsar ; et la bienveillance de l'empereur alla si loin que, lors de la fête du P. recteur, comme les élèves du pensionnat jouaient une pièce,

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française, l'empereur offrit sa musique et ses serviteurs, et lui-même assista à la représentation avec sa famille et la cour. Les magnats et les dignitaires de l'état suivirent l'exemple de leur maître ; leurs salons furent ouverts aux Pères de Pétersbourg et ils leur confièrent ce qu'ils avaient de plus cher, l'éducation de leurs fils.

Au commencement de 1803, on ouvrit le pensionnat des nobles, réalisant par là le désir qu'avaient témoigné depuis deux ans les seigneurs moscovites. Les deux côtés est et sud du collège, qui avait la forme d'un carré, furent appliqués à ce pensionnat et disposés pour recevoir 70 élèves (1).

2. Bientôt se présenta pour l'empereur une nouvelle occasion de témoigner sa bienveillance à la Compagnie. Le long des rives du Volga s'étaient établies cent une colonies allemandes, que Catherine avait fait venir dans le but de relever l'agriculture. Trente et une de ces colonies étaient catholiques. Des Pères capucins, venus avec les colons, pourvurent d'abord à leurs besoins spirituels. Quand ces religieux furent morts, Siestrzencewicz envoya des «curateurs», moines défroqués et échappés de leurs pays, ou prêtres séculiers, qui s'occupaient moins à paître les brebis qu'à les tondre, c'esl-àdire dont l'affaire capitale était de s'enrichir. Ces exactions, jointes à la vie très peu édifiante des curateurs, provoquèrent dans les colonies des plaintes retentissantes. On envoya une députalion au tsar pour lui demander d'autres prêtres. Alexandre ordonna au P. Gruber, dans un billet écrit de sa main, d'envoyer dans ces contrées dix prêtres et quelques frères entendus dans la culture. Saratow, autrefois capitale des

(1) Pour éloigner tout soupçon de propagande catholique, les Pères permirent, non sans une grande répugnance, qu'un pope scliismatique expliquât deux fois la semaine le catéchisme dans le pensionnat. Les popes remplissaient cette fonction machinalement, pour la forme, comme nous le dirons plus bas.

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Tarares Basldrs, devait être la résidence du P. Landes, supérieur de la mission. C'était une véritable Amérique, au point de vue des fatigues apostoliques. Le voisinage des Kirgliiz encore païens, les rapports fréquents et les mariages avec les luthériens, calvinistes et schismatiques des environs, la coupable négligence des curateurs : toutes ces causes réunies avaient eu la plus mauvaise influence sur les 10.052 colons catholiques. On organisa trois missions sur la rive gauche du Volga : Kamionka, Gresnovacka, Semenôwka, où travaillèrent les P. Postol, Zubowicz et Mayr ; sur la rive droite on en établit à Tonkozsczdwka, Rozkata, Kasiekôwka, Krasnopol, Paninkowka et Katarinstadt, où furent employés les Pères Moritz, Zaharewicz, Hattowski, Lœfler, Maistre et Richard.

Le 5 février 1803, les missionnaires partirent de Polotsk ; le 5 mars, ils arrivèrent à Saralow, où le gouverneur Laiiskoj leur donna une large hospitalité. Le procureur du tribunal les invita à sa table avec une pareille générosité et se chargea de leur fournir un logement provisoire jusqu'à leur départ. Sur les traces de ces magistrats marchèrent le chef des colonies et le capitaine de la garnison de Saratow. Ces troupes se réduisaient à quelques centaines de cavahers cosaques et à quelques bataillons d'infanterie, dans lesquels servaient beaucoup de Polonais.

C'était là cependant une politesse de commande ; les Jésuites trouvèrent une amitié véritable chez M. Zacliarski, polonais qui voulut loger chez lui le P. Landes, supérieur de la mission, avec le frère qui l'accompagnait ; il offrit deux salons pour la chapelle catholique, afin qu'en hiver le Père ne fût point forcé de célébrer dans le temple commun aux luthériens, aux calvinistes et aux cathohques. Pour l'été il y avait une vaste église en pierre. La mère de M. Zacharski, née Kossakowska, offrit cent roubles pour bâtir une chapelle d'hiver aux catholiques et se montra toujours bienveillante

pour la Compagnie. Cependant le nombre des Polonais devait être très restreint dans le gouvernement de Saratow ; car pour cette ville elle-même, qui avait une mission polonaise, on lit souvent, dans le journal du supérieur, ces paroles: « aujourd'hui faute d'auditeurs, il n'y a pas eu de sermon « polonais. » Les soldats polonais, qui depuis neuf ans et plus n'avaient point eu de prêtres de leur nationalité, étaient les seuls à se presser à la confession pascale.

C'était le désir général des habitants de Saratow, sans distinction de croyance, que les Jésuites ouvrissent des écoles ; mais pour cela il fallait une autorisation spéciale du tsar et l'on aurait dû faire venir des professeurs. Remettant donc cette affaire à des temps meilleurs, on se contenta d'organiser une école primaire dans chaque station démission. Le Journal des missions montre que les pasteurs non catholiques voyaient assez volontiers des Jésuites au milieu d'eux, qu'ils vivaient avec eux sur le pied de l'amitié et que souvent ils envoyaient aux Pères leurs coreligionnaires pour la solution de leurs difficultés de conscience. Le P. Ilattowski, qui connaissait un peu de médecine, attira parce moyen à lui-même et à ses Frères une grande considération ; mais ce fut bien autre chose, quand on vit que ces religieux ne recevaient aucune récompense en argent ni aucune rétribution pour les baptêmes, les enterrements, les mariages, la sainte messe, ni pour les remèdes. Les populations en conçurent une grande confiance pour leurs nouveaux prêtres : non seulement ils venaient entendre les sermons et les instructions, non seulement ils recevaient les avis et les admonitions ; mais ce qu'il y a de plus important, à la prière des Pères, on laissa tomber les désordres des Kermesses, qui depuis de longues années étaient devenues pour ainsi dire un usage du pays ; et l'on sait combien il est difficile d'extirper de pareilles coutumes.

Le soin principal des missionnaires fut l'enseignement de la doctrine chrétienne. Non seulement dans les églises, mais

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aussi dans les maisons se faisaient des catéchismes ; et dans ce but on distribua dès la première année deux mille exemplaires du catéchisme, venus de Polotsk. Une année ne s'était pas écoulée, que déjà les colonies de Saratow avaient changé de face : les danses avaient cessé, ainsi que l'ivrognerie. « Les cabaretiers et les musiciens se plaignent beaucoup de nous », écrit l'un des missionnaires, le P. Grivel. Il n'y eut plus surtout de querelles et de malédictions, choses très communes jusque-là; partout régna une douce paix, la concorde, la tempérance et l'amour du travail. La coutume s'introduisit de s'approcher souvent des sacrements, ainsi que les dévotions du rosaire, du chapelet et autres pratiques rehgieuses qui entretiennent la vie catholique (1).

3. Au mois de juin 1803 passèrent par Saratow beaucoup de marchands arméniens d'Astrakhan, qui se rendaient à la foire de Makran en Perse. Un grand nombre d'entre eux demandèrent au P. Landes de les confesser et de leur donner les consolations de la religion. Instruits par les colons des travaux et des succès des missionnaires, ils demandèrent des Jésuites à leur retour chez eux. La mission d'Astrakhan cependant ne s'ouvrit que deux années plus tard.

Au mois de mars 1805 seulement, sur les prières renouvelées des Arméniens d'Astrakhan, on envoya chez eux le P. Wojszwillo pour les Polonais et les Russes, et le P. Malevé, Français jeune et ardent, qui, dans l'espace de quelques semaines, apprit assez d'arménien pour confesser et catéchiser dans cette langue. Ce n'était pas là une petite difficulté à vaincre ; car les Arméniens d'Astrakhan, mélangés avec les

(1) Diarium P. superioris missionum Samtoviensium S. J,, quod incipit ad. 5 Martii 1803. [Ms. Archiv. Jes. pol).

Description des neuf missions de Saratow. {Du retour des Jésuites, t. II, p. 225.) (t. p);

P. Carayon, Documents inédits, Document T, tom. 20, Missions des Jésuites en Russie. — Poitiers, 1869.

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Moscovites, les Kalmouks, les Tartares, les Indiens, les Turcs et les Persans, avaient tellement gâté et corrompu leur langue, qu'il était difficile de trouver quelqu'un parmi eux quila parlât avec pureté ; les grammaires et les livres écrits dans cette langue, n'étaient donc pas d'une grande utilité. On adjoignit aux Pères pour les servir le F. Rodzewicz.

Le P. Wojszwiso étant bientôt tombé malade, le P. Malevé apprit un peu de polonais et remplaça ce missionnaire jusqu'à l'arrivée du P. Suryn, originaire de Lithuanie.

La mission d'Astrakhan, composée de cinq Pères, sous la conduite du P. Suryn, était un point central pour les missions dans l'intérieur du pays des Kalmouks et des Tartares ; de même qu'en 1807, la mission nouvelle ouverte à Mozdok, sur la rivière de Terek, dans la région du Caucase, et dont furent chargés les PP. WojszwiHo et Henry, devint le point central des missions échelonnées sur la ligne du Caucase. Nous y reviendrons bientôt.

4. Près de deux ans avant la mission d'Astrakhan fut, ouverte en 1804 la mission de Kleinliebenthal, auprès d'Odessa, pour les colons allemands qui venaient d'y arriver. Le P. Lœfler s'y rendit : il y rencontra beaucoup de difficultés ; car la colonie elle-même n'était pas encore étabhe, à tel point que pendant l'hiver il fallut faire les offices de l'église dans une caverne creusée à dix pieds de profondeur, dans la neige et dans la terre; et quand lui-même était réduit à la dernière pauvreté, il dut entretenir trois jésuites désignés pour les terres que possédait à Odessa le duc de Richelieu.

Ce prince, soit caprice de grand seigneur, soit qu'il ne se fût pas bien entendu avec le P. général pour l'époque où l'on devait envoyer les missionnaires, n'avait point donné à son intendant les ordres voulus ; et ces deux missionnaires, l'un pour les Polonais, l'autre pour les Italiens, ainsi que le frère qui les accompagnait, se virent à la fin de l'automne

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sans abri et sans occupation. Les missions de Saratow trouvèrent bon accueil dans la presse européenne ; on vantait rinnnanilé d'Alexandre ; on louait, bien que ce ne fût pas toujours avec sincérité, le dévouement des Jésuites, qui, dans la prévision que bientôt allait s'ouvrir en orient un champ beaucoup plus vaste à leur activité, apprenaient à l'envi, non seulement le français, l'allemand et l'anglais, comme on le voit dans leurs catalogues, mais s'appliquaient à l'étude de l'arménien et du tartare.

9. Le P. général Gruber savait animer de son grand esprit et vivifier toute la Compagnie. Déjà le collège de Pétersbourg comptait 28 religieux ; et le pensionnat et les six classes du collège renfermaient 100 élèves de différentes religions. Le respect pour les prêtres catholiques et les honneurs qu'on leur rendait, produisirent le respect pour la religion catholique et la firent honorer. L'arrivée du comte de Maistre, qui venait, à la fin de 1803, revêtu du caractère d'ambassadeur de Sardaigne, aida beaucoup à ce changement religieux des esprits dans la capitale. L'amitié la plus étroite unit bientôt M. de Maistre avec le général de la Compagnie et les Pères, surtout avec les Pères Pietroboni et Rozaven.

Quand tout fut bien disposé à Pétersbourg, le P. Gruber se rendit à Polotsk, où l'organisation du noviciat réclamait sa présence. En effet, à peine eut-on appris en Europe la nouvelle du bref Apostolicœ fidei, que, regardant ce fait comme le gage du com.plet rétablissement de la Compagnie, les candidats se présentèrent en grand nombre, de France, d'Allemagne, de Hollande, d'Angleterre, de Pologne. Les Paccanaristes eux aussi, convaincus déjà de la fourberie de leur fondateur et ne pouvant entrer en corps dans la Compagnie de Jésus, se présentèrent individuellement, mais en grand nombre. On a toujours regardé dans la Compagnie une pareille affluence de novices comme le gage le plus sûr que bientôt doit s'ouvrir

devant elle un vaste champ à son aclivilé apostolique. Le p. Grubor s'appliqua donc à développer le noviciat de Polotsk et il en transporta une partie dans la nouvelle résidence de Dunabourg. Le premier recteur de ce collège fut le P. Rogaliriski (15 juillet 1803) ; il était en même temps maître des novices. Dix-sept jeunes gens commencèrent leur noviciat, parmi eux le futur général Jean Roothaan, ainsi que le futur assistant des provinces d'Allemagne et de Pologne, Jacques Pierling. Une autre circonstance aussi contribua au développement de la Compagnie.

6. La ville lutérienne de Riga, qui avait dépendu de la Suède jusqu'au commencement duxviii'^ siècle, était tellement entichée de son fanatisme anti-catholique, que jusqu"en 1765 (en Suède il en fut ainsi jusqu'en 1868) les catholiques furent privés des droits de citoyen. Il leur était défendu d'exercer publiquement leur culte ; tout séjour était interdit dans le pays aux prêtres catholiques, à tel point que le gouverneur feld-maréchal de Brown fut contraint de renvoyer son chapelain Wessinger. Les lettres patentes de Catherine, assurant la liberté aux différentes confessions, permirent aux cathohques de transformer en église une sorte de masure située en dehors de la ville. Lorsque l'empereur Joseph se rendit à Pétersbourg en 1780 et assista à l'office catholique à Riga, il fut scandalisé de voir sa religion si avihe et promit qu'aussitôt arrivé à Pétersbourg, il tenterait d'obtenir la liberté religieuse pour tous les catholiques.

Il tint parole. En 1782, la communauté catholique obtint de la tsarine la permission d'acheter un emplacement pour l'église ; mais comme personne ne voulait vendre le terrain nécessaire, les catholiques furent obligés de se contenter d'une chapelle située auprès de la citadelle, sur la place du tribunal.

Trois Pères capucins desservirent cette église jusqu'en

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1801. Après la mort du P. Gindel leur supérieur, Siestrzencewicz envoya un certain chanoine Sclionaict, vaurien perdu de mœurs qui, par sa mauvaise conduite, causa la mort du nouveau gardien le P. Kossina. Alors les catholiques s'ameutèrent, entourèrent l'église, où se trouvait l'intrus ; et si le gouverneur, aidé de cent cosaques, n'avait point conduit ce misérable en lieu sûr, il eût certainement payé de sa tête ses débauches.

Les principaux catholiques de la ville adressèrent une requête au tsar pour qu'il leur envoyât des prêtres honorables. Alexandre fit venir le P. Gruber, et par un oukase (2 décembre 1802) il donna aux Pères cette mission. Mais Siestrzencewicz, fort mal disposé à l'égard de la Compagnie et pour se venger de sa disgrâce sous Paul 1", mit le décret impérial au rebut. Les catholiques de Uiga attendirent une année entière l'oukase de décembre, dont ils connaissaient confidentiellement la teneur. Ennuyés de ces retards, ils s'adressèrent au ministère ; on leur répondit que l'oukase était envoyé depuis deux ans déjà au Collège de justice. Siestrzencewicz, que la plainte des catholiques de Riga embarrassait, feignit de s'étonner que les Jésuites n'eussent pas encore pris possession de cette mission, et expédia au plus tôt les papiers officiels au P. Gruber. Alors on envoya les PP. Kamieiiski et Marcinkiewicz pour les Polonais, le P. Prœll pour les Allemands. Le P. Lustyg, provincial, conduisit les nouveaux missionnaires.

Il y avait à Riga et dans les environs 9,000 catlioliques, allemands, polonais etlettois, plongés, on le comprend facilement, dans l'ignorance la plus grossière et de mœurs corrompues .

Le magistrat luthérien vendait à prix élevé les publications de mariages, dispensait en revanche avec facilité des empêchements dirimants, accordait le divorce tant à ceux de sa religion qu'aux cathohques ; ces derniers oublièrent tellement la

morale chrétienne, qu'ils entrelenaient des maisons publiques, pour lesquelles les mères vendaient leurs propres filles.

Nous pouvons nous figurer dans quelles dispositions furent reçus les Jésuites. A l'exception du gouverneur, du prince de Wurtemberg et de quelques principales familles qui soutenaient le catholicisme dans le pays, on regardait les Pères de mauvais œil ; et le magistrat de Riga, ne pouvant étouffer les haines traditionnelles accumulées pendant deux siècles contre la Compagnie, reçut les missionnaires avec grossièreté. Aussi consumèrent-ils les trois premières années en efforts presque inutiles, et il fallut mettre en mouvement l'autorité politique et la police pour opposer une digue à l'impiété et aux scandales publics (1).

7. Cependant ces efforts et ces fatigues apostoliques en Russie, ne suffisaient pas à rassasier le zèle des Jésuites. Ils adressaient au Ciel des prières ferventes et fondèrent une pieuse association, pium fœdus, pour obtenir le complet rétablissement de la Compagnie. La prière pénètre les cieux, fait naître la confiance en Dieu et aussi la confiance bien entendue en soi-même, ainsi qu'en ses propres efforts et ses propres démarches. Les Jésuites ne négligèrent ni l'un ni l'autre de ces moyens.

Un évèque italien, autrefois jésuite, avait légué par testament sa riche bibliothèque aux Pères de la Russie-Blanche. 11 était difficile par lettres de faire exécuter cette clause. Le P. Gruber profita de cette circonstance, et, après s'être entendu avec la cour de Russie, envoya le P. Cajélan Angiolini, en apparence pour se mettre en possession de ces livres, en réalité pour appuyer auprès du Saint-Siège le rétablissement de la

(1) Notes liistoriques sur V établissement des Jésuites à Riga, par le P. Zacharie Ledergew (P. Carayon, Docments inédits, document T, loitieW, Missions des Jésuites en Russie, p. 185-230).

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Compagnie ; et clans ce but il lui conféra l'autorité de procureur général.

Le P. Angiolini voyagea en habit de jésuite ; il devait cependant conserver l'incognito, et pour cela aller droit à Rome, sans s'arrêter nulle part. 11 dut pourtant rester à Vienne, autant du moins qu'il le fallait pour rendre visite à l'ambassadeur de Russie, le comte Razumowski.

Cependant l'empereur François et les deux princes Ferdinand, le frère et l'oncle, ayant appris l'arrivée d'un jésuite, désirèrent le voira la cour. Tout refus était impossible. Dans l'antichambre où il attendait son audience, le P. Angiolini rencontra nombre de célébrités du monde diplomatique et de l'aristocratie. On le salua, on lui fit des invitations ; il dut rester quinze jours à Vienne. Mais de leur côté les ennemis de la Compagnie ne dormaient pas. Un des prélats romains du parti espagnol avertit le P. Angiolini de ne pas oser se montrer à Rome, du moins en habit de jésuite ; car celte manière de faire l'exposerait, ainsi que le Saint-Père, à beaucoup de désagréments.

Le P. Angiohni ne tint point compte de ces représentations. Arrivé à Rome le 4 juillet 1803, il se mit sous la protection de l'ambassadeur russe. Celui-ci fit préparer dans son hôtel un logement pour le jésuite, qu'il présenta au Saint-Père. Pie VII reçut le P. Angiolini avec une bienveillance marquée et lui dit que tous les dimanches il lui donnerait audience à 10 heures.

Le P . Angiolini profita de cette bonté du Saint-Père ; et dans l'espace de huit mois que dura son séjour à Rome, il n'omit aucune audience pour traiter avec le Souverain-Pontife des affaires de la Compagnie. Ces attentions de Pie VU et la protection du puissant ambassadeur, attirèrent sur le jésuite les yeux de la ville de Rome.

Le P. Angiohni écrivait au P. Gruber : « Les cardinaux et « les princes, les grands seigneurs, tous veulent m'avoirchez

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« eux, je subis un véritable siège dont je ne puis me délivrer. « Avant mon lever, beaucoup attendent dans mon anticliam- « bre, parce que, disent-ils, il est impossible de me trouver « dans le jour; et le soir, dès que je rentre chez moi, ma « chambre se remplit encore de visiteurs. Je ne parle pas des « cartes de visite. Dans les rues on m'arrête, on baise « mon habit, on me montre du doigt, comme si je venais de « l'autre monde» (1). 11 fallait avoir beaucoup d'humihté pour ne point être pris de vertige au milieu de tant d'ovations.

De même que la Révolution s'était annoncée par la destruction de la Compagnie et par ce fanatisme anti-jésuitique, qui s'était emparé des tètes couronnées et en partie du peuple, de même le retour à l'autorité légitime se signala par Fexaltation des Jésuites. Ce fut une mode de parler d'eux, de les vanter. Dans les États de l'Église même, deux cardinaux et deux évêques, munis d'une permission secrète du Pape, confièrent la direction de leurs quatre séminaires ecclésiastiques à des Jésuites, qui furent installés par le P. Angiolini. Il y eut plus : profitant de la bienveillance de la population, ce jésuite conçut l'idée de remplacer dans l'église de Gesù la statue en argent massif de St Ignace, que les Français avaient enlevée, par une statue semblable en cuivre doré. Malgré le mauvais état des finances à Rome, les offrandes arrivèrent si nombreuses, qu'en peu de temps cette statue, plus belle que la première, bien que moins coûteuse, fut érigée dans l'église du Gesù.

8. Cependant l'affaire du rétablissement général de la Compagnie avançait lentement. L'Italie gémissait sous le joug de Napoléon, qui, malgré le Concordat, rendait de plus en plus dure la position du Souverain Pontife. L'état politique de l'Occident était encore peu sûr et mal affermi ; du reste Pie VII voulait que les monarques eux-mêmes demandassent le réta-

(1) P. Rozaven, page 138.

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blissement de la Compagnie, comme ils avaient exigé sa des- Iruclion. A la mort de Ferdinand, duc de Parme et de Plaisance (180â), ces principautés avaient été incorporées à l'empire français ; cependant le nouveau gouvernement laissa les Jésuites en paix. Maintenant c'était le tour du royaume de Naples, où, dès 1799, on avait pris des arrangements avec le P. Pignalelli pour le retour de la Compagnie. Ferdinand IV, fils de Charles III, était un monarque bon, bienveillant, mais faible ; comme autrefois il avait mis le gouvernement entre les mains de sa femme Marie-Caroline et du ministre Tanucci, avait sous leur influence chassé brutalement les Jésuites en 1770 et pendant près de 30 ans outragé de mille manières la Sainte Église, détruisant les Ordres religieux et les soustrayant à l'autorité de leurs généraux, vexantles évêques, entravant la liberté des tribunaux ecclésiastiques, mettant sous le séquestre les biens de l'Église ; de même aujourd'hui, cédant encore à l'influence de Marie-Caroline, qui, instruite par la Révolution, commençait à se tourner vers Dieu et le Saint-Siège et prenait la résolution d'expier ses anciennes fautes politiques, il se montra disposé à recevoir les Jésuites dans ses états. De plus, il rendit aux Bénédictins les biens qu'il leur avait enlevés et fit preuve d'une égale bienveillance à l'égard des autres ordres religieux.

Ces dispositions n'échappèrent point au P. Angiolini. Il résolut (janvier 1804) d'aller à Naples, afin de mettre k profit ces circonstances favorables.

A son audience de congé, le Pape lui dit avec bonté: « Si Sa « Majesté désire avoir la Compagnie, elle n'a qu'à m'en faire « la demande dans les formes ordinaires, je la lui accordéon rai. »

Le P. Pignatelli, provincial de Parme, vint lui aussi à Naples et les négociations commencèrent au mois de février 1804. Les ministres demandaient, conformément à la méthode reçue généralement en ce temps-là, que les Jésuites de Naples, aussi

bien que les autres religieux, formassent une corporation à part, qui ne dépendît point d'un général résidant hors du royaume. Le P. Pignatelli s'opposa avec fermeté et constance, affirmant qu'à cette condition il ne resterait pas un jésuite à Naples et que lui tout le premier partirait. On retira donc la clause et dès le commencement de mars 1804 on envoya au Saint-Père la supplique demandée. Mais les ministres des cours, surtout celui d'Espagne, mirent en mouvement tout ce qui appartenait encore au parti anti-jésuitique. On objectait un défaut de forme dans la supplique, toujours on inventait de nouvelles difficultés ; enfin l'ambassadeur espagnol adressa à Pie VII deux notes dans lesquelles il protestait contre le retour des Jésuites à Naples. Alors le roi Ferdinand et la reine Marie-Caroline écrivirent directement au roi d'Espagne, lui demandant quel était sur ce point son avis et ses désirs.

Charles IV répondit qu'il n'avait rien à voir à ce que faisaient chez eux les autres rois, et en conséquence il ordonna à son ambassadeur à Rome de retirer ses protestations (1).

Enfin, le 30 juillet, Pie VII publia donc le brefPer alias, adressé « au P. Gruber, supérieur et proposé général de la « Congrégation de la Compagnie de Jésus dans l'empire de « Russie » (2). Après avoir rappelé le bref du 7 mars 1801, qui rétablit la Compagnie en Russie, Pie VII ajoute : « Notre très « cher fils en Jésus-Christ, Ferdinand, roi des Deux-Siciles, € nous a fait exposer en dernier lieu qu'il lui paraissait très « utile, pour la bonne éducation de la jeunesse de son royaume « et pour le bien temporel et spirituel de ses sujets, surtout « dans les circonstances actuelles, d'étabhr dans ses états la « Compagnie de Jésus, telle qu'elle existe dans l'empire de « Russie, soumise à la règle de S. Ignace confirmée par Paul III. »

(1) P. ROZAVEN,p. 151.

(2) Dilecto filio GabrieU Gruber, presbytero, superiori ac preesidi gencrali cotKjreyationis Societalis Jesu in hnperio Ritssiaco.

LES JÉSUITES EN RUSSIE ET A NAI'LES

Cédant donc à cette demande, le pape étend au royaume de Naples le bref donné pour la Russie (1).

11 est difficile de croire avec quelle joie la cour, la population de la ville, et surtout les anciens Jésuites reçurent ce document pontifical. Trente et un ans auparavant, les Jésuites de Naples avaient été chassés de nuit et conduits à la frontière sous escorte comme des transfuges ; aujourd'hui on les recevait en triomphe. Comme le sénat hésitait à enregistrer le bref pontifical, s'appuyant sur le vieil édit royal de expulsis Jesuitis, le bon roi leur dit : « Enregistrez le nouvel édit de resti- « tuendis Jesuitis, je ne sortirai point de cette chambre que « vous n'ayez reçu le bref et enregistré cet édit » ; et de plus il exemptâtes Jésuites pour vingt ans de la loi qui défendait aux ordres religieux d'acquérir des biens (2).

Le 15 août, les Pères prirent possession de trois de leurs anciennes maisons, qui, avant la destruction, avaient été au nombre de sept dans la ville de Naples ; ils occupèrent le Grand Collège, la maison professe et le pensionnat (3).

Ce ne fut pas seulement à Naples, mais dans vingt-deux villes et bourgs que l'on demanda au roi au moins quelques Jésuites. Entre les autres villes se signala Messine, vieille

(1) Sanctissimi in Christo Patris et Domini nostri PU Papss VII Littene Apostolicœ, quitus Societas Jesu in Regno Vtriusque Siciliai approbatur et confirmatnv . {Exemplaire du temps, Arch. Jes. pol.)

(2) Voyez document AI.

(3) L'installation solennelle des Pères fut cependant retardée jusqu'au 3 décembre, fête de S. François-Xavier. A cette époque, il y avait déjà plus de 80 Jésuitesdans la capitale. Pendant neuf jours, on prépara le peuple, matin et soir pardes insti'u étions à cette solennité religieuse. « =Le résultat fut nombre « de conversions. Le jour de la fête, des milliers de fidèles communièrent. « Le concours des prêtres pour dire la sainte messe fut extraoï'dinaire ; les « trois cardinaux qui étaient à Naples, voulurent y venir aussi et y pontifier « Le célèbre Paesiello avait voulu composer la musique pour la messe, elle « fut exécutée par 25 voix et 50 instruments. Le panégyrique, prononcé par « un jésuite, tira les larmes des yeux des auditeurs ; le Sénat voulut interve- « nir à la cérémonie.

« L'après-midi, la cour, précédée d'un corps de troupes^ se rendit en voiture Russie-Blanche, t. ii. 9

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capitale de la Sicile (1). La reine surtout, comme pour expier son ancienne faute d'avoir décidé la réception du bref de destruction, se montrait maintenant une véritable mère pour la Compagnie. Elle visitait les cellules des religieux, l'office, la lingerie, notant partout ce qui manquait et le fournissant de ses'^propres deniers. Elle dépensa plus de 40,000 écus à la réparation et à la transformation des maisons.

On fixa au 7 janvier 1805 l'ouverture des classes. Le premier jour, on ne put examiner que 300 enfants. Dès le troisième jour, il y en eut 800 d'admis, et le nombre bientôt s'en porta à 1500, et plus de 150 furent exclus, faute de place.

Dans le royaume de Naples, il y avait 168 ex-Jésuites, presque tous âgés de plus de 60 ans. Le P. Angiolini leur demanda si, après la publication du bref de rétabbssement, ils étaient prêts à rentrer dans la Compagnie. Trois seulement refusèrent à cause de leur âge trop avancé et de leurs infirmités ; mais en revanche les ex-Jésuites accoururent en masse de toute l'Italie. Leur nombre alla jusqu'à 300, parmi lesquels trois évêques. C'est pourquoi le marquis Tanucci, fils du ministre disait : « Rien d'étonnant que beaucoup d'hommes se fas- « sent religieux pour devenir ensuite évêques, mais il est « tout-à-fait inouï que des évêques abandonnent leurs évê- « chés pour devenir Jésuites (2). »

« à l'église et y fut reçue par 80 Jésuites rangés en haie. Le Te Dcum îui « chanté aumiUeu de tous les signes d'allégresse, la joie était surtout penite « sur les visages de toutes les personnes de la famille royale.

« Le peuple, au sortir de la cérémonie, demanda à haute voix, lorsque le « roi fut monté en carosse, qu'on donnât aux Jésuites le Gesù movo, parce « que l'église trop petite n'avait pu contenir tout le monde. Le chef des « -aroHi -Ix qui appartenait le GesùNuovo, accompagné de plusieurs milliers « des siens alla sur la place même du Gcsk Nuovo, où devait passer le roi, et « pria le prince d'ajouter au Gesù Nuovo le Canniniello, autre église batie « pour les Lazzaroni. Tous ces témoignages étaient sans doute bien flatteurs « pour les Jésuites. . = [Précis do l'histoire de la ConpagmeJ.

(1) P. ROSAVEN, p. i50' t'f i57. . , , j 1

0 II m'est impossible de ne point donner ici un extrait des lettres de deux ex-jésuites demandant à rentrer dans la Compagnie. Elles sont adressées au

LES JÉSUITES EN RUSSIE ET A NAPLES

De ces trois évêques, un seul, Mgr Avogadro, parvint au terme de ses désirs ; mais ii lui fallut remuer ciel et terre e-t recourir à la puissante protection du roi de Naples, pour obtenir la permission du pape et de l'empereur François, de qui dépendait Vérone.

C'était véritablement un spectacle édifiant et émouvant de voir des vieillards sexagénaires, qui pendant trente ans avaient été accoutumés à toutes leurs aises et qui souvent avaient exercé de hautes dignités dans l'Église, prendre le joug de la règle et passer cinq et six heures chaque jour à l'enseignement pénible et fastidieux des éléments du latin. La prudence cependant commandait de leur donner des aides jeunes et vigoureux. Dans ce but, on transféra le noviciat de Colorno à

p. Angiolini, la première par Mgr Avogadro, évêque de Vérone, l'autre par Mgr Pellegrino, évéque de Montepolitiano. Toutes les deux elles prouvent combien profondément était enraciné, dans le cœur des ex-Jésuites, l'amour de leur vocation ; elles sont aussi Iq preuve la plus certaine que la Compagnie, au moment de sa suppression, n'était point corrompue.

Mgr Avogadro écrit : « Je reviendrai à la Compagnie ma mère, avec autant « et même plus d'empressement que j'y suis venu la première fois. Il me (( sera plus doux de porter le balai et le rond (pour servir au réfectoire) que « le bâton pastoral. Je serai tout heureux de mendier. Ne me refusez pas, « mon Révérend Père, un petit coin dans la Compagnie... Je ne me laisserai (( point séduire par la pensée que je pourrais être plus utile à la Compagnie K dans l'épiscopat, je préfère le mépris dans la maison de mon Dieu. »

Mgr Pellegrino écrit : <( Mon désir d'être Jésuite a commencé dès ma plus « tendre enfance ; il a duré ,43 années entières de ma vie et ne m'a point

quitté, même pendant la cérémonie de ma consécration épiscopale. Je dirai « plus : cette dignité a fortifié ce désir en moi, car chaque jour je me con- « vaincs d'avantage à combien de dangers est exposée mon âme par cette <( lourde charge. Coûte que coûte, j'ai résolu de suivre l'inspiration de ma « jeunesse et de iinir mes jours dans la Compagnie de Jésus. Je vous serai « bien peu utile^ mais dans la maison de S. Ignace il y a beaucoup de demeu- « res... » (Arc/t. Jes. Pol.)

Qu'il me soit permis d'ajouter le témoignage du dernier survivant des Pères de la Russie. Rlanche, le R. P. Ignace Poczobut : « J'ai vu, me disait-il ■( les larmes aux yeux et tremblant d'émotion, j'ai vu des prélats et d'illustres « personnages venir en Russie, déposer joyeusement les insignes de leurs « grandeurs et de leurs dignités et nous dire que tous ces ornements ne «. valaient pas à leurs yeux l'humble habit de la Compagnie. » (N. T.)

Naples, on organisa les études, et bientôt le nombre des jeunes religieux monta à 40. La raison principale de cette augmentation fut que beaucoup de prêtres séculiers et quelques paccanaristes demandèrent à être reçus dans la Compagnie.

On prit donc aussitôt possession du collège et des classes à Païenne (1) ; quelques Pères furent envoyés dans les résidences de Messine et d'autres villes, conformément aux lettres du roi. En même temps les Pères se consacrèrent au service des hôpitaux et des prisons, selon l'ancien usage de la Compagnie. Beaucoup de personnes vivaient encore, qui se rappelaient et louaient le dévouement semblable des anciens Jésuites. On commença des missions à Caserto, à Averso, à Salerno; on donna les exercices spirituels aux différentes classes de la population ; en un mot, dans le cours d une seule année, la Compagnie, qui venait de ressusciter, déploya son ancienne activité sur tous les points du royaume de Naples.

Je n'ai pas besoin de rappeler que, pour le parti de la Révolution attaché aux doctrines vollairiennes et aux loges maçonniques, les Jésuites étaient les alliés de la tyrannie, les ennemis de la liberté ; et comme à peu d'exceptions près, on s'occupait en Pologne et dans les autres pays k examiner et à écrire l'histoire dans celte tendance et cet esprit révolutionnaire, il n'est pas étonnant que ce fût une sorte de dogme universel de tenir la Compagnie pour l'alliée naturelle du despotisme et de la réaction. Aujourd'hui (1874) que nous voyons ces théories spécieuses poussées à l'absurde ; aujourd'hui qu'en leur nom la Commune a brûlé Paris, que Bismark oppresse 13,000,000 de catholiques, que la Suisse chasse les évêques et les prêtres, qu'en Autriche on édicté des lois con-

(l)Les trente-quatre Jésuites qui arrivèrent sur la frégate royale, furen^ reous par le même vice-roi qui, 38 ans auparavant, comme capitaine de navire-' avait déporté les Pères do Sicile sur les rivages des États Pontificaux. Après avoir préparé la population pendant huit jours par des instructions, les Pères prirent possession de leur grande église le jour de S. François-Xavier, avec la même solennité que leurs frères de Naples. (P. Rozaven, p. 169).

LES JÉSUITES EN RUSSIE ET A NAPLES

tre les personnes elles biens ecclésiastiques : il faudrait enfin ouvrir les yeux et voir que les Jésuites, e n prenant la défense du respect dù au pouvoir, la défense de l'ordre et de la morale, n'étaient point les ennemis des peuples et des nations, surtout quand l'histoire nous apprend qu'il n'y eut pas que les rois et les villes dépendantes de ces rois, àfaire rentrer les Jésuites dans leurs anciennes demeures; mais que d'autres villes, qui se gouvernaient par elles-mêmes, par exemple les villes de Toscane et des llomagnes, et quelques cantons indépendants en Suisse, s'adressaient au Procureur Général de la Compagnie et se montraient disposées à recevoir les fils de Loyola dans leurs murs.

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