LES SOCIÉTÉS SECRÈTES AU XVII1° SIÈCLE
3. L'Église catholique fut ainsi morcelée, c'est-à-dire , que d'universelle elle fut rendue nationale ou Église d'État ; les évèques devinrent des fonctionnaires du gouvernement et, grâce à leur connivence, on entreprit la réforme des cloîtres et l'cducalion du clergé. Cette réforme des religieux ressembla d'une manière étonnante à celle dont se vanta Lutiier au xvi° siècle. On détruisit complètement certains ordres, comme n'étant plus de ce temps : c'étaient les ordres contemplatifs et pénitents ; à d'autres, sans faire attention à leur but et à l'esprit de leur règle, on ordonna de s'occuper de l'éducation de la jeunesse, comme l'entendaient les philosophes, ou de remplir les fonctions paroissiales. Chez tous on supprima ce qui faisait leur point d'appui, ce qui était la condition essentielle de leur existence, c'est-à-dire la dépendance de leurs généraux réguliers ; on les fit passer sous la juridiction de l'évèque du lieu ou, pour parler plus exactement, sous l'autorité du ministre, qui souvent sceptique ou philosophe dans ses idées, dissolu dans sa vie privée, exerçait l'autorité du pape et l'infaillibihté pontificale.
Sous prétexte de combattre l'obscurantisme et le fanatisme des moines, ou apprenait, surtout aux jeunes religieux, à mettre, dans leur estime, les études et une érudition encyclopédique au-dessus de la règle, au-dessus des pratiques de la vertu et de la piété. On sécularisa les ordres religieux et l'on vit les fils de S. François frisés à la mode et vêtus du frac ; ceux de S. Dominique ne portaient plus d'autre enseigne de leur religion qu'une chemisette blanche à boutons d'or ; au chœur on ne trouvait plus que les anciens religieux du vieux régime, peu estimés et souvent persécutés par les jeunes. Ces religieux du nouveau régime passaient leurs journées dans la fainéantise on étaient censés s'occuper de travaux scientiliques ; et le soir ils se dispersaient en ville de tous côtés et ne rentraient souvent que tard dans la nuit ; leurs
chambres, où régnait le confortable, étaient décorées de tableaux profanes, et l'on y trouvait la bibliothèque des encyclopédistes, il n'était question bien entendu, pour ces jeunes d'alors, ni de clôture, ni de pauvreté, ni de vie commune, ni de discipline religieuse ; qui donc se serait occupé de ces restes du fanatisme, au siècle des philosophes? Les supérieurs fermaient les yeux sur ces relâchements, car ils ne valaient pas mieux que leurs inférieurs et devaient leur élection, soit au chapitre, soit à l'évèque, souvent sur la recommandation de femmes légères.
4. L'état du clergé sécuher n'était point meilleur. En France, par suite de la corruption générale et de l'immoralité du gouvernement de la Régence, croissait chaque jour le nombre de ces abbés de salon, légers et volages, qui devaient leur faveur à telle ou telle dame de la cour : c'était le chemin le plus court pour arriver à des sinécures bien dotées et même à la mitre épiscopale.
En Allemagne, le gouvernement s'arrogea le monopole de l'éducation du clergé. On prépara les futurs pasteurs des âmes à la militaire, comme on aurait pu le faire dans les casernes; Fébronius, qui abjura trop tard ses erreurs, était l'alpha et l'oméga de la formation ecclésiastique, dirigée non par les évèques, mais par le ministre des cultes, par les gouverneurs et par les chefs des cercles. Des séminaires centraux furent érigés à Vienne, à Pesth, à Pavie, à Louvain ; et des succursales à Gratz, à Olmutz, à Prague, à Inspruck, à Luxembourg. Les livres mis entre les mains des élèves, étaient entachés de fébronianisme, et la plus grande hcence régnait parmi cette jeunesse ; quoi d'étonnant, quand on saura que, dans le séminaire central de Vienne, qui comptait 70 élèves, 80 jeunes filles étaient entretenues pour le service?
Ces faits, et d'autres plus déplorables encore, sont racon-
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lés dans V Histo ire des Inst itutions d' Éducation Ecclésiast ique^ par le P. Theiner, qui dit en propres termes : « Ces institutions furent une véritable insulte à la religion et une lionte pour l'humanité (1). »
Le gouvernement eut pour auxiliaires, dans cette campagne contre l'Église, des libelles fameux et des feuilles volantes. Voici les titres de quelques unes de ces œuvres malsaines : Lettres du noviciat, en 2 volumes, 1780; — Lettres sur le célibat, 1781 ; — La police de V Église, 1781 ; — Histoire des couvents de femmes, 1782. — Qu'est-ce que les indulgences ? — Qu'est-ce qu'un évéque ? — Qu'est-ce quhm curé ? etc. — Dans ces pamphlets, tout ce qui est saint, tout ce qui est sacré, était ironiquement calomnié et persiflé (2).
5. Ainsi donc les princes eux-mêmes et les monarques, « Pasteurs des peuples », le sachant ou l'ignorant, rejetaient ou ruinaient l'autorité de l'Église, soutien de leurs trônes. Poussés par leurs ministres philosophes, ils insistèrent pour qu'on supprimât l'ordre des Jésuites, ordre connu, conservateur, dévoué au service de l'Église, sur laquelle doit s'appuyer toute puissance, si elle ne veut point tomber honteusement. Gomme pour les châtier de cette injustice et de cet outrage, Dieu permit qu'ils fussent frappés d'un aveuglement surprenant, que sous leurs yeux, sous leur protection, avec leur participation, s'élevât, sur les ruines de la Compagnie de Jésus, une nouvelle secte dont le but direct et brutal était le renversement des trônes et la ruine de Tordre social, la secte de rilluminisme bavarois, qui doit son origine à Weishaupt (1776), et qui, après avoir absorbé toutes les autres loges, tous les comités sectaires en Allemagne, se fondit (1784) en
(1) Tome II, p. 81.
(2) Mélanges sur V Autriche, — Arch. de M. Paul Popiel,
une secte aux larges ramifications, sous le nom de Maçonnerie illuminée (1).
Elle reçut aussi un contingent considérable de l'école des théologiens protestants, à la tête desquels était Semler, professeur à Hall. Niant effrontément la divinité de N.-S. J.-G. et toute religion révélée, cette école devenait l'alliée naturelle de la secte : professeurs et élèves coururent en foule aux loges de l'Illuminisme.