Le Caucase, on le sait, était une des stations où l'on
(1) Voici le passage de la lettre du P. Henry : = « Ma grande occupation « était de visiter les écoles, de faire le catéchisme aux petits garçons et aux (( petites filles en différents lieux, d'entendre les confessions tous les mois et « à l'approche des fêtes plus solennelles. Non seulement les femmes et les « enfants, mais les hommes eux-mêmes en grand nombre ont l'habitude de « s'approcher alors du sacrement de pénitence. Encore que la population ne « soit pas nombreuse, ce ministère ne laisse pas d'être pour moi l'occasion « d'une grande fatigue. On ne vient me trouver que le soir, vers quatre (( heures, et je dois ensuite confesser pendant six ou sept heures sans interriip- « tion. Je suis assis de la manière la plus gênante, le corps courbé presque « jusqu'à terre ; car les femmes par un sentiment de pudeur s'inclinent pro- « fondement et parlent d'un ton de voix très bas ; ajoutez à cela que chacune « d'elles pour ainsi dire s'exprime dans une langue différente. Aussi ai-je dù « me résigner à quelques jours de maladie à la suite de presque toutes les « fêtes solennelles. Heureusement le digne général del Pozzo s'occupe de « parer à cet inconvénient en faisant faire deux confessionnaux. • = (P. Ca- RAYON, Missions des Jésuites en Russie, p. 68). (N. T.)
envoyait les déportés politiques. Sur la ligne entre Mozdok, la mer Caspienne et la mer Noire, étaient disséminés des postes militaires composés surtout de Polonais. Déjà en 1809, le P. Henry prépara à la mort dans l'hôpital de Mozdok trois soldats polonais qui se confessèrent par interprète. Le P. Wojszwillo avait dans sa résidence de Mozdok deux officiers polonais. Malgré les égards que leur témoignait le général del Pozzo, toujours favorable aux Polonais, Tun d'entre eux l'outragea publiquement. Pour le punir, on lui interdit de s'approcher de la communion le jour de Pâques, et cela suffit pour réparer le scandale et adoucir le gouverneur.
Bientôt (1813) on envoya au Caucase 12.000 Polonais (1), saisis, soit au passage de la Bérésina, soit pendant la retraite de la grande armée. Parmi eux était le comte Adam Potocki, fils du comte Théodore Potocki, starostat de Olsztyii. Voici ce qu'en rapporte le P. Henry, qui, avec les PP. Wojszwillo et Suryn, s'occupait descondamnés polonais : = « Après l'invasion « des Français en Russie, pas un de nous n'eut un moment « de repos. Douze mille Polonais prisonniers furent dirigés « de notre côté ; presque tous ces malheureux avaient perdu « la foi dans leur contact avec les Français, et leurs mœurs « étaient déplorables. La plupart de ces soldats tombèrent « malades en arrivant dans ces contrées insalubres. Nous € nous empressâmes de les consoler, de les instruire, et par < les œuvres de miséricorde nous eûmes la consolation de « ramener à Dieu le plus grand nombre de ces malheu- « reux (2). » —
n écrit le 29 juin 1814 : = « Tous les Polonais, soit officiers, « soit soldats, sont venus ici avec les plus mauvaises dispo- « sillons et ils partent tous en nous bénissant ; aucun d'eux
(1) Après la promulgation de l'amnistie en 1815, il ne revint que 8.000 de ces Polonais dans leur pays, 5U0 s'établirent dans le Caucase et il en mourut jusqu'à 3.500, par suite des maladies et des privations de l'exil.
(2) P. Carayon, Missions des Jésuites en Russie, p. 154.
MISSIONS d'ODESSA, DU CAUCASE ET DE SIBÉRIE
ne nous oubliera, pas un ne se plaint de nous et l'un d'eux, qui a vécu très pauvrement avec moi pendant dix mois, me disait en pleurant, à son départ, que c'était la première année qu'il avait vécu heureux. Il ne s'en trouve aucun qui ne soit habillé ; tous avaient été nourris par nos soins, tous sont devenus généralement l'exemple de Mozdok. Us font bénir notre sainte religion ; et ceux-mêmes qui lui étaient les plus contraires, disent hautement que la religion catholique est la seule vraie. On a été témoin de leur patience angélique dans les maladies et de leur résignation à la mort. » (1) =:
6. Cette mort frappait souvent à la porte des Polonais. Voici B qu'écrit le missionnaire dans une autre lettre du iO août ; = « Nous sommes harassés de travaux. Il y a ici une mortalité épouvantable. La maison même de M. le commandant est infectée, ainsi que toute la ville; mais le mal règne surtout parmi nos Polonais. Depuis quatre mois, nous n'avons pas eu de pluie, on ne trouverait pas un brin d'herbe aux environs de Mozdok. Une multitude de sauterelles de la longueur de ma main ont dévoré en un jour, foin, froment, roseaux, elc. Ellos ont paru au-dessus de Mozdok et tellement offusqué le soleil, qu'on eût dit une éclipse. J'ai fait réciter les litanies de tous les saints et répandre de tous côtés de l'eau bénite, et elles ont de suite disparu. Mais l'air en est, je crois, infecté. Tous nos Polonais sont malades ; chaque jour nous en enterrons. Comme les hôpitaux étaient bien loin de suffire, M. le général, par mon conseil, a fait évacuer des maisons de particuliers et y a mis des malades. Nous restions deux pour soigner cette multitude, le chirurgien mon bon ami, et moi. Nous remplissions les fonctions de médecin, cuisinier, chirurgien, etc. Mes trois voitures et mes chevaux menaient aux hôpitaux les malades couchés (1) Ibid., p. 133.
« dans les rues et dans les campagnes ; ma cour, ma cuisine, « mes conservatoires étaient pleins. J'ai employé mes eaux de « menthe, de millefeuille, de mélisse et autres que j'avais € distillées. Six Polonais qu'on m'avait donnés, étaient nos « coopérateurs. Enfin le chirurgien et moi et tous nos domes- € tiques et ouvriers, avons succombé, à l'exception d'un seul. € Mes chevaux sont tombés malades, mes voitures se sont « brisées, l'argent et le pain nous ont manqué. » (1) =
La maladie du P.Henry était dangereuse; déjà il avait sous les aisselles deux bubons qui annonçaient la peste, et le 30 juillet 1813 il fut neuf heures sans connaissance. Il revint cependant à la santé, grâce aux soins du médecin Szerimen, qui, étant en même temps conseiller à la cour, protégeait doublement les missionnaires. En reconnaissance, il fut admis à la participation des mérites de la Compagnie, comme l'atteste une lettre du P. Brzozowski au P. Landes, provincial.
=: « Mon retour à l'hôpital, continue le P. Henry, a été un € triomphe. Tous, Luthériens, Raskolniks, Mahométans, Rus- « ses, Polonais, Hongrois, Bohémiens, m'ont reçu avec la « même joie. Deux Luthériens se sont convertis, l'un d'eux « fait l'office d'apôtre, il préside au rosaire et prépare les t malades à la communion. » (2) =
Les soldats russes qui demandaient à la mort d'être assistés parle P. Henry, n'étaient pas un petit embarras pour le missionnaire. Gomme il faisait des difficultés à cause des lois de l'état, on eut recours aux expédients. On acheta le surveillant de l'hôpital, qui protesta devant le P. Jésuite que ces malades étaient des Polonais. Le P. Henry, ayant reconnu la ruse, s'inquiéta et découvrit toute l'affaire au commandant. Celui-ci ne fit qu'en rire, et depuis ce temps beaucoup de soldats russes moururent catholiques.
Il restait encore une autre difficulté à vaincre : = « Comme
(1) Ibid., p. 137.
(2) Ibid., p. 139.
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« tous étaient malades, écrit le P. Henry, on envoyait les « infirmes aux travaux publics ; leurs larmes m'ont attendri. « Je courus chez le chef de la garnison. Ne le trouvant pas, « je dis tout en feu à son épouse : Madame, voulez-vous « avancer la mort de ces chrétiens ? Dites à votre époux que « le sang de ces malheureux crie vengeance au ciel contre « son sang, et que s'il ne met ordre à ces cruautés, pas un « de ses enfants ne restera en vie. Depuis ce temps on laisse d les infirmes à ma disposition. Les officiers subalternes ont « voulu commencer à les molester. Ils avaient dépouillé le ce fils de M. le comte Potocki, qui repassait par Mozdok ; je « l'ai habillé et quelques heures après un d'eux est encore « revenu tourmenter quelqu'un dans ma cour; j'ai perdu « patience et ordonné de le châtier. Les chefs sont venus me « remercier, et depuis cette époque personne n'ose toucher « mes malades (1). » =
Il dit plus loin : = « Une grâce particulière que le Seigneur « accorde aux Polonais, à cause delà mortalité actuelle, c'est « que ceux qui ont résisté au zèle des RR. PP. Supérieurs « Suryn et Wojszwiilo et passent à Mozdok, y tombent mala- « des. Entrant à l'hôpital, ils y trouvent des morts ou des « moribonds et rencontrent des apôtres dans les autres « malades, et ainsi ils se rendent à moi. De tels sujets, étant « pour la plupart éclairés, une fois convertis, deviennent « eux-mêmes apôtres. J'obliens des médecins qu'on les « retienne plus longtemps à l'hôpital. Quand ils en sortent, « les chefs leur assignent ma maison pour quartier; pannes « soins et ma conversation, ils s'entlamment, et il est rare « qu'en moins de huit jours ils ne m'amènent une vingtaine « de pécheurs endurcis. Les bons hvres, les chapelets, les « croix (2) : tout opère des effets merveilleux. N'est-ce pas
(1) Ibid., p. 140.
(2) Le P. Général lui en avait expédié de Pétersbourg, comme on le voit dans une lettre du R. P. Brzozowski au P. Provincial (20 mars 1814).
« vraiment une chose digne d'admiration, que des hommes • qui ont parcouru toute l'Europe, en ont rapporté li\ quintes- < sence de toutes les erreurs, en ont imité tous les travers, c ont donné dans tous les vices ; que des hommes qui ont « profané et volé les églises, arrêté les prêtres, violé les « vierges, blasphémé en prose et chansons, qui ont vu tant f d'églises célèbres, rencontré tant de prêtres zélés et sachant « leur langue, sans se convertir, étant arrivés à Mozdok « comme des furieux, après avoir scandalisé dans nos églises € le pauvre peuple, après nous avoir craché au visage en « pleine rue et nous avoir comparés à des prêtres apostats et « mariés sacrilègement, soient enfin tombés aux genoux d'un e prêtre ignorant leur langue et si pauvre que tout son ves- « tiaire ne monte pas à 20 roubles, et cela pour changer de vie ? « Vraiment, le doigt de Dieu est ici. » (1) =
(l) 1?. CkRKYOti, Missions des Jésuites en Russie, p. 142. Oui sans doute le doigt de Dieu était là. Mais comment Dieu aurait-il refusé la conversion des âmes à un missionnaire comme le P. Henry ? Je prends un trait entre beaucoup d'autres dans ses lettres: = « En 1808, je me trouvais en Géorgie, dit-il, « etje logeais chez un catholique. Depuis dix-neuf ans cet liomme n'avait pas « purifié sa consciem^e ; je crus bon de le rappeler à son devoir. Il me reçut « assez mal tout d'abord et accompagna même son refus de rires et de plai- « sauteries. Je ne renonçai pas pour cela à mon dessein ; mais pour attirer « les miséricordes de Dieu sur ce pauvre pécheur et sur moi-même, je pris « la résolution de passer les jours en prières. Dans ce but je me cachai entre € deux tonneaux qui étaient devant la maison et j'attendis l'occasion favora- « ble. Au bout de deux semaines, j'allai trouver mon homme en me recom- « mandant à la sainte Vierge, pour laquelle, je le savais, il avait toujours « conservé de la dévotion, et je lui protestai que je ne quitterais pas la maice son avant d'avoir entendu l'aveu de ses fautes. Chose merveilleuse, il est « subitement changé, il demande pardon, il me prie de le préparer à sa con- « fession. Mais la chose ne fut pas sitôt faite ; un si grand nombre d'années « passées dans l'éloignement de la pénitence avaient presque endurci son « cœur ; de plus la recherche de ses fautes, faite avec trop de contention, « découragea son esprit, et leur multitude le jeta dans une sorte de désespoir. « Il avait donc grand besoin de mon aide, lorsque je fus pris tout à coup d'une « fièvre qui m'enlevait tout moyen de lui rendre service. Mais Dieu, l'unique « auteur de toute vraie conversion, me suggéra un moyen de l'aider sans « danger pour moi : ce fut de profiter du temps de la njuit, où il était moins
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Le doigt de Dieu était visible encore en ce que le P. Henry, dans le manque absolu de tout, trouvait toujours le moyen de secourir les malades : =: « Il me reste à demander pardon « des dépenses que j'ai faites, écrit-il à son provincial ; mais « aussi quelle règle observer quand un malade meurt faute « de pain, sort de l'hôpital sans chemise ? Qu'eussiez-vous « fait si vous aviez rencontré le fils du comte Potocki sans t bas, sans souliers, sans bottes, sans chemise? Pourrait-on « me reprocher d'avoir demandé son mouchoir la première « dame que je rencontrai, ses bottes à un cosaque, sa che- « mise à un autre ? Mille cas semblables se présentent. Depuis « Pâques je suis sans argent et je dépense par mois trois « cents roubles. Grâce à la divine Providence, je n'ai pas de « dettes. Personne ne serait resté en vie pour porter nos « nouvelles en Pologne, si je n'avais fait instance auprès du « général ; et quoiqu'il n'y ait ici aucune troupe pour les rem- « placer, il vient d'envoyer par une estafette ordre de faire « partir de suite tous les Polonais de Mozdok, les malades « même sur des voitures (1). » =
L'oukase d'Alexandre accordant leur grâce auxprisonniers, mit fin à leurs douleurs ; ils rentrèrent dans leur patrie^bien aimée, mais la maladiejet lafmisère les avaient décimés.
7. Dans le même temps, le P. Wojszwillo travaillait auprès des Polonais condamnés aux mines à Dubowskaja, à Karga-
« distrait et où la fièvre me donnait à moi-même quelque relâche, pour faire « son examen de conscience avec lui et pour l'exciter à la contrition. La « fièvre revenant, je chantais des cantiques géorgiens, ce qu'il aimait extraor- « dinairement ; et de celte manière il me fut permis de le conserver dans de « bonnes dispositions et de me ménager à moi-même le repos nécessaire. Après « huit jours de semblable préparation, il reçut avec piété les sacrements de « pénitence et d'eucharistie et me pria d'écrire en son nom au R. P. Supé- « rieur pour lui demander pardon de s'être éloigné si longtemps de la pratique « des sacrements. ^ {Ibid., p. 65) (N.T.)
(1) Ibid, p. 143.
linska, à Kurdzinskaja et à Kizlar. A Dubowskaja, il habitait avec les prisonniers au nombre de cinq cents, dormait avec eux, partageait leur maigre repas, afin de gagner du temps dans l'intérêt de leurs âmes.
A l'hôpital de Kizlar, il mourait chaque jour six ou sept Polonais, assistés alternativement par les PP. Suryn et WojszwiHo. A Kurdziiiskaja, le P. Wojszwiilo n'entendit que 80 confessions dans une semaine: «Mais cependant,dit-il,ce n'est « pas un médiocre travail pour moi, puisque souvent un très « petit nombre de pénitents me tient depuis le grand matin « jusqu'à dix ou onze heures du soir. Un bon nombre de « ces malheureux, qui ont été en Espagne, ont besoin d'être « instruits, après tant d'années passées sans sacrements » (1).
Ce travail apostohque auprès des Polonais envoyés sur la ligne du Caucase, ne se termina point lors de la délivrance des prisonniers (1814). Il se continua jusqu'en 1826, année où les PP. Henry et Wojszwiilo abandonnèrent leur station. Le 16 septembre 1821, le P. Henry écrivait : = « Le R. P. su- « périeur (Wojszwiilo) est presque toujours absent, à la re- « cherche et pour la consolation des Polonais, qui sont répartis « en divers postes militaires, afin de leur administrer les « sacrements. (2) » =
On avait aussi le projet de créer une mission dans la ville forte de Vladikaukaz , mais le gouvernement recula devant les frais, et le P. général, qui manquait d'hommes, n'insista point pour l'établissement de cette station.
Un fait à noter. Bien qu'il fût défendu aux Jésuites d'instruire en aucune manière les schismatiques, il se convertit au catholicisme, dans l'espace d'une vingtaine d'années, près de deux cents cosaques. Il n'en faut point chercher la cause dans la violation de la défense portée par le gouvernement ; mais les cosaques, comme en général la population schisma-
(1) Ibid., p. 447.
(2) Ibid., p. 158.
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tique de ces contrées, étaient adonnés à la magie,auxsortilèges et à toutes sortes de superstitions. Or quand arrivait le missionnaire ; il se présentait souvent devant lui jusqu'à cinquante individus de tout rang, victimes de la magie et des sortilèges, et selon eux possédés du démon. Tous ces schismatiques, une fois délivrés, passaient à la religion catholique (1).
8. De même que les missions dans le Caucase avaient pour but principal les négociants arméniens et les Polonais enrégimentés dans l'armée ou condamnés aux mines, ainsi organisa-t-on deux missions pour les Polonais dans les gouvernements de Sibérie, à Irkoutsk et à Tomsk. Qui donna la première idée de ces expéditions apostoliques ? Je n'ai pu le découvrir, ni dans les chroniques, ni dans les lettres du P. Brzozowski. Ce qu'il y a de certain, c'est que ces missions devaient frayer la route à celle de Chine ; et le général-gouverneur de la Sibérie, M. Pestel, bien que protestant, les appuyait de toutes ses forces. Dès le mois de septembre 1809, on avait préparé le projet de ces missions dans la chancellerie du général-gouverneur. L'affaire traîna en longueur, à cause du voyage du tsar en Lithuanie ; pendant ce temps le P. Brzozowski conféra par lettres avec le P. Landes, provincial, sur le choix des personnes. A Irkoutsk, plus rapproché de la Chine, le P. Général demandait de savants mathématiciens ; il les priait tous et les conjurait de s'abstenir de prosélytisme et
(I) Le P. Korycki, secrétaire de la Compagnie, écrivait au P. Landes, provincial, le 30 juillet 1815, en posts-criptum à une lettre du P. Général : « Le « P. Wojszwillo, visitant les prisonniers sur la ligne du Caucase, a fait des (( merveilles. On lui amenait de 60, 80,100 verstes des possédés en nombre « considérable. 11 continuait les exorcismes sur plusieurs pendant quelques « jours ou quelques semaines et ne les renvoyait c.iez eux, à la gloire de « Dieu et de la sainte foi catholique, que délivrés du malin esprit. Tous ces « malheureux, excepté un soldat catholique, étaient schismatiques. »
Le fait n'était point particulier au P. Wojszwillo. Je trouve de très curieux détails à ce sujet dans les lettres des missionnaires du Caucase. Voyez le document T du P. Garayon, Missions des Jésuites en Russie, passim.
d'intolérance; c car, écrivait-il, je dois perpétuellement combattre ici contre ce double reproche (1). »
A la fin de 1811, on envoya à Irkoutsk trois Pères : le P. Szpak, le P. Marcel Kamieiisld et le P. Okuszko, avec le F. Drozdowicz. Le P. Szpak mourut en roule et fut remplacé par le P. Laszkiewicz ; à la place du P. Okuszko, on envoya le P.Maszewski.L'archevèque-unide Polotsk, MgrKrassowski, par un rescrit spécial (25 décembre 1811) dont j'ai l'original entre les mains, autorisait les Pères à administrer les sacrements aux Uniates qui se trouvaient dans ces contrées, à la condition toutefois que ces Uniates, c à leur retour dans leur « pays, seraient obligés de reprendre le rite grec. »
Les excursions des missionnaires à travers là Sibérie se faisaient comme dans le Caucase. Une imprudence du supérieur de la mission, le P. Laszkiewicz, qui (1813) refusa d'enseigner le latin au fils du général-gouverneur, refroidit momentanément ce dernier pour les missionnaires; mais dès l'année suivante (1814), on ouvrit à Tomsk (2) une nouveUe station de mission, dans laquelle travaillèrent le P. Marcel Kamienski, qu'on avait fait venir d'irkoutsk, et le P. Waluzynicz. On leur adjoignit le Fr. Kozakiewicz.
Cet état des missions de Sibérie dura jusqu'à l'expulsion de Russie en 1820. Je n'ai pu trouver d'autres détails dans les archives de la province.
(1) Lettres du P. Brzozowski au P. Provincial, 24 octobre 1813.
(2) Il ne s'y trouvait que 53 catholiques.