Répugnance d'Alexandre à chasser les Jésuites de Russie
8. Le P. Rrzozowski demande au tsar la permission de partir pour
Rome.
9. Le mal s'accroît en Russie avec les sociétés bibliques. 10. Siestrzencewicz falsifie les lettres pontificales.
H. Il demande l'expulsion des Jésuites.
1. Ce mysticisme du tsar convenait excellemment aux plans dressés par Galilzine pour chasser les Jésuites de Russie. Il n'était pas difficile en effet de représenter à l'empereur que la société biblique avait précisément pour but de réunir les confessions clirétiennes en prenant la Bible pour base ; que le principal et le seul obstacle à cette œuvre étaient les Jésuites, défenseurs fanatiques de l'Église romaine ; que cet accord religieux si désiré ne pourrait donc régner dans l'empire tant qu'ils y résideraient.
Pour comble de malheur, Alexandre se sentit froissé par les Jésuites de la manière qui pouvait lui être la plus sensible. Ce monarque avait une faiblesse étonnante pour les fem-
mes ; il savait s'insinuer liabileinent près d'elles et « leur bai- « sait la main à toutes indistinctement. * A notre avis, cette faiblesse, beaucoup plus que le mysticisme de la baronne Krïidner, fit vieillir son esprit avant le temps, le remplit de dégoût et de mélancolie.
Depuis quelques années, il s'était épris en Pologne dune très belle dame, la femme de Narychkine, inspecteur des tliéà. 1res. Alexandre avait eu deux enfants de cette dame ; et ces relations, qui rappelaient celles de Louis XV et de M'"* de Pompadour, étaient connues de toute la capitale. On en parlait même au pensionnat de Pétersbourg ; cependant on ne s'en scandalisait pas trop, car c'était chose reçue chez les magnats russes d'être marié par bienséance et dd se faire venir de ses terres de belles femmes avec les provisions de chaque mois.
Mais la favorite du tsar était polonaise et catholique. Sans aucun doute, pendant la longue absence du tsar, se réveilla chez elle le remords de la conscience, et le désir lui vint de sortir d'un état honteux et humiliant pour une femme ; elle alla donc se confesser aux approches de Pâques au P. Perkowski, jésuite. Le confesseur lui refusa l'absolution jusqu'à rupture complète de ses relations coupables et réparation du scandale donné. A son retour, le tsar trouva sa favorite convertie et apprit en même temps la cause du changement ; de là son ressentiment, non contre le Jésuite confesseur, mais contre l'Ordre tout entier.
2. Galitzine le savait ; je n'ai pu découvrir comment il mena plus loin son intrigue et rendit violent et injuste le tsar, qui par sa nature était doux et aimait la justice. Szantyr, contemporain des événements et presque témoin oculaire, soutient que « le prince appela le métropohtain et lui demanda e son avis à ce sujet. Siestrzencewicz, ravi de l'occasion, pro- « posa l'expulsion des Jésuites et envoya, après l'avoir copiée
LES JÉSUITES EXPULSÉS DE PÉTERSBOURG 223
« dans l'histoire, la manière dont cette expulsion avait eu « lieu dans les autres pays . (1) »
Quoi qu'il en soit, à la mi-décembre 1815, L'expulsion des Jésuites hors des limites de la Russie était décidée ; le renvoi de ceux de Pélersbourg devait servir de préparation à ce bannissement général. Le seul homme qui prit en main la cause de la Compagnie fut le comte Iliiîski ; ce sénateur défendit les intérêts de l'Église catholique contre le métropolitain luimême, chose triste à dire ; il les défendit en s'exposant à la disgrâce du tsar, qu'il encourut en effet. Presque à la veille de la signature du décret, il se rendit plusieurs fois chez le ministre Galitzine, lui représenta l'indignité du plan de réforme proposé par le métropolitain, plan qui dépouillait de toute autorité le Collège de Justice. Le ministre lui répondit : « Je sais que vous êtes le protecteur des Jésuites — Que « Votre Excellence demande les avis et les conseils des autres « membres du collège. » — » Ce sont tous des Jésuites », repartit Galitzine. » — « Que Votre Excellence du moins s'in- « forme quel est à ce sujet l'avis des catholiques séculiers « qui siègent dans le conseil du sénat. » — « Euxaussi sont « partisans des Jésuites, » répondit Galitzine (2).
Ainsi donc le ministre moscovite identifiait la Compagnie avec le Catholicisme, appelant Jésuites ou alliés des Jésuites tous les défenseurs de l'Éghse.
Ce fut la tactique des pseudo-libéraux dans la suite, de tous les sectaires et des potentats qui combattirent la sainte Église. Dans un tel état de choses, tout salut était impossible. Le 20 décembre 1815, le tsar signa l'oukase qui chassait les Jésuites de Pétersbourg (3).