‹ Les Jésuites de la Russie-BlancheChapitre 26 sur 58 · L'exécution de cet oukase se fit la nuit suivante (du · texte numérisé non relu

L'exécution de cet oukase se fit la nuit suivante (du

(1) SZANTYR, 1,315.

(2) Lettre écrite en français par le comte Iliriski au tsar, 19 mai 1816 (Ms. arch. Jes. pol.)

(3) Voyez Document AT.

au 21 décembre, v. s.). Les Pères prenaient déjà leur repos, les scolasliques elles frères devaient s'approcher delà sainte communion le lendemain, fête de S. Thomas. Vers le milieu de la nuit, on sonne à la porte du collège ; le F. Benner, portier, accourt : « Qui est là? » dit-il. — « Ouvrez. » — « Les clefs sont chez le P. ministre. »

Le Frère eflrayé courut chercher les clefs et ouvrit. Le gouverneur de Pétersbourg, le général Viajmitinof entra suivi d'une troupe de soldats ; on plaça deux sentinelles à la porte : « Conduisez-nous à la chambre du Général. » — Le P. Brzozowski, vieillard septuagénaire, entendant du bruit dans son antichambre, se leva, prit sa soutane et voulait sortir : le gouverneur le prévint : « Impossible ! » lui dit-il, et il plaça deux soldats dans la chambre du général, deux dans l'antichambre, puis donna lecture au P. Brzozowski du décret de bannissement. Le vénérable vieillard répondit tranquillement : « La volonté de Sa Majesté Impériale sera exécutée (1 ) » .

On procéda de la même manière dans toutes les chambres, sans toutefois y répéter la lecture de l'oukase. Dans chacune, on plaça un soldat à l'intérie ir et un autre devant la porte ; même dans trois chambres qui communiquaient entre elles et dans lesquelles habitaient des professeurs, un soldat fut

(1) Non seulement à ce moment critique, mais pendant les quatre années suivantes, qui furent perpétuellement agitées par des nouvelles alarmantes, la tranquillité d'Sme du P. Brzozowski fit rétonnement de tous et remplit de courage ses Frères en religion. Aussi les Pères de Polotsk, à l'occasion de sa fête, lui ofTrirent-ils cette belle pièce de vers, œuvre du R. P. Landes : Tempestas sœvit: decumanis Iluctibus acta.

Vel ruet in scopulos vel vaaa c;eca ratis, Desperant omnes, vox omnibus una : perimus !

Tam prope mors miseris quam prope pontus adest. Non nisi Navarchus placido maris ore tumultus Despicit, et; quid,ait, turba pusilla, times? Nobiscum Deus est, cui parent ventus et unda : Jussa tumere tument, jussa silere silent. Le P. Zalçski donne ensuite une traduction polonaise en deux strophes.

LES JÉSUITES EXPULSÉS DE PÉTERSBOURG

placé aux portes de communication. On voulait parce moyen empêcher les Pères d'avoir aucune relation les uns avec les autres. A huit heures du malin, les domestiques du collège portèrent le déjeuner dans les chambres, le dîner à midi, le souper à six heures. On mit sous les scellés les papiers de la chambre du P. Général seulement, ainsi que les archives, la bibliothèque et les cabinets de physique et d'histoire naturelle.

Cependant un grand nombre de chrétiens pieux vinrent, selon leur coutume, à six heures du matin, pour entendre la sainte messe. Les portes dePéglise étaientfermées, des soldats stationnaient à la porterie du collège. Qu'y avait-il? Qu'étaitil arrivé ? On soupçonna la réalité et aussitôt avec la rapidité de l'éclair se répandit la nouvelle de la captivité des Pères. Comme le gouvernement du tsar Alexandre n'était point tyrannique, on ne craignit point de témoigner de la compassion aux prisonniers. Une foule de peuple se pressa tout autour du collège, on s'entretenait par les fenêtres avec les Pères ; on leur jetait des billets, des lettres, de l'argent ; on leur donnait le dernier adieu ; la tristesse était générale.

4. Les Pères eux-mêmes ne savaient pas où on les conduirait, en Sibérie ou en prison. Ils craignaient surtout pour le P. Général. Vers huit heures du soir (21 décembre), on les réunit au réfectoirq ; des sentinelles restèrent dans le corridor. La joie et l'allégresse de se retrouver ensemble était indescriptible. Les larmes étaient dans tous les yeux ; on se pressa autour du P. Général. Au milieu de la salle était un monceau de fourrures d'officiers, de bonnets, de bottes fourrées: «Veulent-ils donc nous déguiser en soldats? s se diton en plaisantant. Le chef de police entra, suivi du colonel Aderkass et de quelques officiers; il s'inclina devant le P.Généralet les Pères, demanda un petitmoment de silence et donna lecture de l'oukase impérial. Puis montrant le mon-

Page 1