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Travaux des Pères pendant le juliilé de

7. Décret autorisant les Jésuites a vivre selon leur Inslitnl.

4. Dans l'arrangement fait parle P. Landes avec le jzoïivernement, on avait promis aux Jésuites l'ouverture d'un noviciat. La base de toutes les congrégations religieuses, c'est un noviciat bien ordonné. Les lois autrichiennes d'abord voulaient que chaque couvent eût son noviciat, que l'on y reçût les jeunes gens seulement à la fin de leur philosophie et qu'on ne les admit pas à la profession avant vingt-quatre ans accomplis. L'effet de ces lois fut l'extinction à peu près complète des ordres religieux. Le P. SviQtochowski, provincial, dans sa supphque à l'empereur en date du i20 mai 18::22, demanda qu'il lui fût permis de correspondre avec le P. Général, qu'il n'y eût qu'un seul noviciat pour toute la province, qu'il fût libre de recevoir les élèves des collèges avant leur philosophie, qu'il ne fût point obligé de fournir à l'entretien des novices qui sortiraient de la Compagnie.

Quant à la profession, l'usage des Jésuites n'étant de la faire qu'à l'âge de trente-trois ans, le provincial déclarait

que selon l inslilul on faisait dans la Compagnie après le noviciat les vœux simples. Après quelques remontrances de la part du gouvernement, on accorda quelques points en 1824, on donna une réponse négative pour les autres.

Il s'agissait maintenant de désigner un endroit pour le noviciat. L'évèque de Przemysl, Mgr Golaszewski, très favorable aux Jésuites et qui avant sa mort (1824) fit les vœux simples de la Compagnie, proposa le couvent de Tyniec, dans lequel n'habitaient que trois bénédictins. Après de longues discussions par lettres entre l'évèque, le gouverneur et la chancellerie impériale, parut un décret (24 septembre 1821) donnant aux .losuites le couvent habité jadis par les Pères Paulistes à Starawies avec la chapellerie qui dépendait de Brzozôw (1). Le même décret fait mention d'un collège qui devait s'organiser à Sanok sous la direction de la Compagnie. Le starostat de Sanok reçut l'ordre de prendre sur les anciens biens des Jésuites la somme nécessaire et de l'employer à la réparation du bâtiment de Starawies, depuis longtemps abandonné, de racheter pour 1 .400 ducats une ferme qui jadis avait appartenu aux Paulistes (2). La chancellerie impériale fit même demander la liste des biens que les Jésuites avaient autrefois possé dés en Galicie, avec l'indication des Heuxoùces biens étaient

(1) Les religieux de Saint-Paul-Ei mite furent amenés de Hongrie à Starawies par l'évèque de Przemysl, Janus Dolewa, vers 14^0 ; ce prélat leur éleva un couvent et une église en bois dans laquelle il plaça le tableau miraculeux de l'Assomption delà très sainte Vierge. Mgr Fredro, évèque de Przemysl, construisit en 17251a belle église et le couvent qui existent aujourd'hui. Les Pères Pauliste.s, chassés parles édits de Joseph II, se réfugièrent partie en Hongrie partie à Cracovie, près de l'église de Saint Stanislas, évèque. Leur monastère de .Starawies resta abandonné et négligé jusqu'en 18'21. A cette date il fut donné aux Jésuites, qui bâtirent iminédiatement un second étage.

(2) Le commissaire du cercle de Sanok, M. Maksen, mit les Pères Jésuites en possession du couvent de Starawies. Son père, employé autrefois en Mora" vie, avait promulgué aux Jésuites le bref de destruction et raconté à son fil^ le regret et le chagrin qu'il éprouvait à ce sujet. M. Maksen fils témoigna aux ['ères une grande joie en leur remettant la maison de Starawieé, et toujours il se montra bienveillant pour eux. [Annales colleg. Staj^av. Mtis. in-/y

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situés. Mais à quoi bon? Près du comte Taafe, gouverneur de Léopol, se trouvait le tout-puissant Krieg, qui toujours trouvait des difficultés afin de rendre inutile ou d'ajourner le décret de la chancellerie impériale. Jamais on ne rendit à la Compagnie le collège de Sanok, et les anciens biens des Jésuites en Galicie ne profitèrent aucunement au noviciat.

Heureusement l'année suivante arriva à Staravies Mgr Raczyriski, ex-jésuite, primat de Gnesne, que nous connaissons déjà. Ce prélat déposa deux ans avant sa mort ses dignités entre les mains du Souverain Pontife, visila les Pères à Tarnopol et à Starawies et mourut à Przemysl en l.s23, témoignant qu'il voulait reposer à côté de ses frères, dans le cimetière de Starawies. Ce prélat laissa au noviciat la somme de 2.000 ducats (1).

Le premier supérieur de Starawies fut le P. Suryn, que nous avons vu supérieur d'Astrakha.;. 11 fut bientôt remplacé par le P. Lubsiewicz, qui prit le titre de vice-recteur. On fit venir d'Italie huit scolastiques pour finir leurs études ; quatre prêtres séculiers venus de Vienne, commencèrent le noviciat : c'étaient les Pères Slœger, Rinn, Dinter et Gûnther (ce

(1) Mgr Raczyiiski était entré dès sa jeunesse dans la Compagnie de Jésus en Pologne. Après la suppression, il devint arclievêque de Gnesne et Posen et primat de Pologne. Il eut le bonheur de sauver la foi dans les provinces tombées sous le joug de la Prusse à la fin du xviii« siècle. Prodigue de sa personne pour les plus humbles ministères, de son argent pour les œuvres catholiques, soit dans sa patrie, soit dans les missions, ce vénérable prélat, digne des plus beaux siècles de l'Église, n'eut pas plus tôt appris la résurrection de la Compagnie de Jésus, qu'il écrivit au Souverain Pontife pour lui demander un successeur et solliciter le privilège de redevenir enfant de Saint Ignace, malgré ses 74 ans. Il dut encore pendant quatre longues années attendre la réalisation de ses vœux, car Pie YII avait mis la condition que Mgr Rtczynski, avant de se retirer, préparerait tout pour que TÉglise de Pologne n'eût pas à souffrir de cette faveur. Aussitôt libre, le saint prélat se rendit au noviciat de Saint-André; mais à la nouvelle de l'expulsion des Jésuites de Russie, sacrifiant son repos pour n'écouter que sa charité et son dévouement, il repassa les Alpes et vint recueillir ses Frères exilés et soulager leur détresse. {Extrait du imhiolofjc du P. de Guilherrmi, Assistance d'Allemafjne.) (N. T.)

dernier sortit du noviciat et fit tout le bruit que l'on sait avec sa théologie condamnée à Rome).

Bientôt les évèques de Hongrie, apprenant que les Jésuites étaient si près d'eux, prirent la Compagnie sous leur protection. Le primat de Hongrie, Mgr Rudnay, entretenait à ses frais et aux frais de son clergé, sept novices hongrois de nation, payant pour chacun nne pension annuelle de 300 fl. La pensée du primat s'étendait loin dans l'avenir : espérant que les Jésuites rentreraient en Hongrie, il voulait avoir déjà des hommes tout prêts. D'autres évèques de Hongrie envoyèrent aussi des candidats, firent des aumônes au noviciat; lorsqu'en 1825 s'agitèrent les destinées de la Compagnie en Autriche, ils agirent de concert avec le primat auprès de l'empereur, pour qu'on ne troublât point la paix des Jésuites. Les lettres de ces dignes prélats, qui respirent un profond respect et une sincère bienveillance pour la Compagnie, sont conservées aux archives des Jésuites de Pologne.

2. L'évèque de Przemysl, Mgr Golaszewski, donna avant sa mort une nouvelle preuve de son attachement à la Compagnie. Le gouvernement lui demanda d'où l'on devait prendre les sommes nécessaires à l'entretien des Jésuites qui ne pouvaient point travailler dans les paroisses ; l'évèque répondit que l'ancien collège de Jaroslaw, habité alors par trois domininicains seulement, devait être rendu aux Jésuites comme à ses anciens possesseurs, à la condition que huit Pères y résideraient à poste fixe ; trois resteraient à Jaroslaw, les autres iraient aider les prêtres séculiers dans les paroisses voisines. Ces paroisses, où l'on comptait 66.000 âmes, n'avaient pour veiller à leurs intérêts spirituels que 37 prêtres, dont le plus grand nombre étaient épuisés par l'âge et la maladie (1). De fait, deux Jésuites résidèrent à poste fixe à Jaroslaw, jusqu'en 1825. Le 9 août de cette année, le gouvernement déclara que

(-1) Arch. Jeu. Pol.

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la fondation du collège de Jaroslaw demeurerait suspendue jusqu'à un temps illimité (1).

3. Après l'ouverture du noviciat de Starawies, commencèrent des négociations avec le gouvernement pour la création d'une maison de théologie, car la Compagnie ne pouvait s'arranger de la manière dont on expliquait la théologie dans les séminaires diocésains (2) ; ces négociations n'aboutirent pas.

Tout d'abord, sans attendre la décision définitive, on résolut d'ouvrir un cours de théologie selon l'esprit de l'institut, mais grand fut l'embarras pour le choix du lieu oii on devait le placer. Selon l'usage de la Compagnie, les humanités et la rhétorique se faisaient dans la maison du noviciat à Starawies. Pour le cours de philosophie, on envoya les scolastiques à Tarnopol ; il n'y avait que la théologie pour laquelle on manquait de place. L'ancien couvent de Tyniec, célèbre dans les annales de la confédération de Bar, était abandonné; la manie des réformes qui s'était emparée de l'empereur Joseph II, avait condamné au dépérissement la nombreuse abbaye des religieux de Saint Benoît qui y faisaient leur résidence et dont le supérieur portait le titre d'abbé de cent ■villages. Abbas centum villarum. Deux bénédictins de Tyniec s'étaient retirés à Tuchôw, cédant par testament aux Jésuites leur couvent et les biens adjacents. Tyniec fut désigné pour la résidence de l'évèque du diocèse érigé en 178o et composé d'une partie de l'ancien évèché de Cracovie. Mais Mgr Ziegler établit sa résidence en Bochnie et bientôt (1826), avec la permission du gouvernement, il transporta à Tarnôw le siège et le titre de son diocèse.

Dans le bâtiment de Tyniec, le starostat mit sous les scellés la bibliothèque et les chambres, à l'exception de quelques

(1) Protocolum Provinciale.

(2) Voyez Document BA.

appartements qui furent donnés pour servir d'habitation au curé M.Lubowski, à uncerlainTextoris, bailli du village, qui exerçait les fonctions de curateur du monastère. Le P. Switjtochowski tourna ses regards vers ce mémorable bâtiment, situé sur les bords de la Vistule, et condamné à une ruine inévitable, et présenta une requête à Mgr Ziegler pour qu'il daignât le céder à la Compagnie. Depuis longtemps déjà ce prélat désirait faire occuper ce couvent par des religieux, à quelque règle qu'ils appartinssent ; mais, comme il l'avoue lui-même dans sa supplique au gouvernement, il avait inutilement invité des Bénédictins étrangers à venir s'y établir ; vainement il avait cherché en Gahcie d'autres religieux. Tous les ordres, manquant de personnel, avaient eux-mêmes abandonné leurs couvents. 11 saisit donc des deux mains, comme il le dit lui-même, cette bonne occasion qu'il n'attendait plus, mais qu'il désirait ; et le 3 avril 1826, il adressa une supplique au gouvernement pour que le couvent de Tyniec fût donné purement et simplement aux Jésuites de Galicie, comme maison de théologie. 11 fit ressortir les avantages matériels de cette mesure, car le provincial prenait sur lui de faire couvrir le toit et de réparer la partie du bâtiment qu'occuperaient ses religieux ; il montra combien de messes se célébreraient chaque jour dans cette maison pour l'empereur, pour le gouvernement, pour le pays ; il se plaignait du manque de clergé dans son diocèse, du manque de maisons de retraite pour les prêtres qui voulaient réparer les forces spirituelles de leur âme parles exercices spirituels. « On remédiera excellemment à tous ces déficits, disait-il, par « l'ouverture du collège de Tyniec. » En un mot, l'évêque remua ciel et terre pour atteindre son but. Aussi bien n'élaitil pas besoin de grands efforts. Le prince Lobkowitz, gouverneur de Galicie, dont les ancêtres avaient fondé trois collèges de Jésuites en Bohême et dont la famille avait fourni deux Jésuites, appuya avec chaleur la demande de l'évêque. Le

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gouvernement, ne sachant que faire d'un bâtiment qui tombait ■en ruines, et voyant qu'on ne lui demandait ni argent ni dépenses, accéda à la prière de l'évèque.

4. Le 18 octobre 4826 partirent de Slarawies, sous la conduite du P. Perkowski, six prêtres, neuf Seolastiques et deux Frères, pour leur nouvelle résidence ; l'évèque et le starostat donnèrent des ordres au curé, pour qu'il abandonnât la maison ; et dès la fin d'octobre 1826 on commença les cours de théologie (1).

Les commencements de cette maison furent difficiles ; il n'y avait point de poêles dans plusieurs chambres ; faute de bois, on ne faisait point de feu dans les autres ; l'hiver fut extraordinairement rigoureux, les vivres étaient chers. Pour la moindre chose, il fallait envoyer à Gracovie, payer l'octroi et les barrières sur la route ; la fondation du collège était plus que modique, puisqu'elle s'élevait à peine à 2.400 tl. par an. Ajoutons encore qu'il fallait supporter les frais considérables de réparation, sans aucun espoir de remboursement dans le cas où l'on voudrait abandonner cette maison. Les Jésuites n'avaient pas même leur église, car le curé s'en servait comme de paroisse, et ce ne fut qu'en 1827 que la paroisse fut transportée dans l'église de Saint-André. Mgr Ziegler vint en aide à la pauvreté des Pères en leur donnant 200 florins pour le vin do messe et les pains d'autel. L'abbesse de Staniqtki, Mme Théophile Duval, femme d'un cœur magnanime et d'une grande vertu, envoyait de temps en temps des voitures chargées de farine, de légumes et de provisions ; dans son monastère elle faisait confectionner ou raccommoder le linge d'église, les ornements, etc. Elle fut une vraie mère pour les Jésuites de Tyniec qui, en novembre et décembre 1828, avaient à lutter contre In faim, le froid et toutes sortes de

(1) Les Arcliives des Jésuites Polonais renfer.'tient six copies officielles des ■documents concernant l'affaire de Tyniec.

privations et se livraient cependant à l'élude de la théologie.

A leur grand regret, ils n'avaient devant eux aucun champ ouvert pour les travaux apostoliques ; la population peu nombreuse de Tyniec, adonnée à la boisson, ne se pressait pas de venir à l'église. Il fallut quatre années de catéchismes et d'appels réitérés du haut de la chaire, pour que le peuple renonçât à sa funeste passion et revînt à la pratique des Sacrements. En 1827, les sept hongrois dont nous avons parlé plus haut, vinrent faire leur cours de théologie, apportant avec eux les 1.800 florins de pension donnés par Mgr Rudnay;mais le collège comptait vingt-sept religieux, c'était trop peu de 4.200 florins pour les nourrir. Bientôt la maison compta trente, personnes, souvent on fut dans la détresse,, mais, disons-le, les bienfaiteurs ne manquèrent pas ; à leur tète il faut nommer l'abbesse de Staniettki, que les chroniques appellent la Mère de Tyniec.

L'active charité de ces personnages était d'autant plus nécessaire, que les Pères de Tyniec subirent une cruelle épreuve. Dans la nuit du 2 mai 1831, après un jour exceptionnellement beau, s'éleva un orage terrible ; la foudre tomba sur l'écurie, nouvellement construite; aussitôt l'incendie envahit le couvent et l'église ; et, faute d'échelles et de pompes, il fut impossible de rien sauver. Il ne resta après ce désastre que des pans de murs calcinés et quelques appartements fortement voûtés du rez-de-chaussée, où les religieux se logèrent comme ils purent jusqu'au mois de juillet. Cette fois encore, la charité des bienfaiteurs fît des merveilles; ecclésiastiques et séculiers rivalisèrent de zèle et de dévouement. Les uns donnaient des secours en argent, d'autres offraient leurs maisons.

Le P. Morelowski, recteur de Tyniec, remercia pour tant de preuves de bienveillance, mais il n'accepta point les résidences qu'on lui offrait, car la dispersion aurait nui à la discipline religieuse, et il logea les incendiés de Tyniec dans le

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cloître des Pères Réformés de Wieliczkn. Survint un automne pluvieux, froid ; les cellules, inhabitées depuis fort lont^'temps, étaient humides. Les Pères tombèrent gravement malades ; alors la Mère Duval leur offrit pour l'iiiver trois bâtiments dépendants de son monastère. Grâce à ses soins maternels, les Pères recouvrèrent la santé (1).

5. En même temps que les négociations sur la méthode des études, avaient lieu d'autres arrangements avec le gouvernement sur la libre correspondance des Jésuites avec leur Général à Rome (2). Cette question fut très difficile à traiter ; car Mgr Ankwicz, opposé par principe à toute autorité du Général, prenait parti pour l'empereur et l'encourageait à maintenir ses droits souverains ; il prouvait que l'autorité du

{l) Historia et Litte.res annusa Co/icgrii Tj/rtecencis (1826-1831). (Mws. infolio, Arch. Jes. Pol.)

Puisque je fais mention de la Mère Duval et des bienfaits des Bénédictines de Staniqtki, il n'est pas hors de propos de rapporter ici une légende conservée dans le monastère de ces religieuses. Longtemps avant la destruction de la Compagnie de Jésus, il y a plus de lôO ans, les Pères Jésuites de Cracovie étaient les confesseurs des religieuses ; après la destruction, ce furent des ex-Jésuites qui remplirent ce ministère. L'abblosse du couvent, la Mère Malachowska, eut un songe ou une vision : un jeune Jésuite, à la tète d un cortège nombreux de ses Frères, s'arrêta devant l'abbiesse et lui dit : « Je suis Stanislas « Ivostka, je conduis mes Frères de ce coté, ils auront besoin que ton monas- « tère vienne à leur aide : ne leur refuse point ton secours. » Les Jésuites vinrent en elYet en 1820, et Madame Duval, qui avait succédé ,'t Madame Malachowska, se rappelant l'apparition de saint Stanislas, fut une véritable mère pour les Jésuites exilés de Russie. Depuis ce temps, les Bénédictines de Staniqtki n'ont point cessé d'être des bienfaitrices pour les Jésuites de Cracovie.

(2) En quoi consiste proprement ce lien, cette union des jésuites avec le P. Général ?

Les principales attributions du Général sont :

1" L'acceptation ou le refus des nouvelles fondations ;

2» La nomination des provinciaux et des recteurs ;

3" L'admission des religieux à la profession ;

4" La dimission de la Compagnie pour ceux qui la demandent eux-mêmes ou pour ceux qui l'ont méritée ;

5" La faculté et le droit qui appartient à tout Jésuite de communiquer directement avec le P. Général, sans passer par les autres supérieurs.

•Général conslitiinil un état dans l'état. L'évèqiie Ziegler, de son coté, tout en s'accordant sur le fond des choses avec les Pères, différait cependant sur l'exécution. 11 soutenait que ces rapports avec le Général devaient se faire par l'entremise de la chancellerie impériale, comme les évèques le pratiquaient dans leurs rapports avec le Souverain Pontife ; en un mot, il étendait Vexequatur du pouvoir séculier à l'administration du Général de la Compagnie (l).

Seul le primat Rudnay, mettant à profit la présentée de l'empereur à la diète hongroise, travailla avec les autres évêques ses collègues, pour que le monarque se laissât fléchir aux justes prières de la Compagnie (2). A Vienne, la cause des Pères était appuyée par Benoit Sartory, le baron Penkler, sa fille et son petit-fils, le baron Mûnch, conseiller d'état, qui jouissait d'une grande considération à la cour ; mais toutes ces intercessions furent inutiles. Le P. Lœffler, envoyé à Vienne comme procureur de la Compagnie, ne gagna pas beaucoup plus. Comme déplus on demandait aux Jésuites de jurer « qu'ils resteraient à jamais dans les États de Sa Majesté Impériale » ; comme l'on exigeait des attestations écrites de

(1) L'original de la lettre écrite par Mgr Ziegler au P. Landes porte la date du 17 février 1825. En voici le texte, éraaillé de germanismes : « At vero non « tollitur SHbstantia sacri Instituti, dum ad certas régulas commercium lit- « terarum restringitur, quemadmodum id penos episcoporuni nostrorum c cumSedeap. communionem obtiiiet ; immo vero majori commodo provi- « sum, quod curatior sit cancellariro status ?npremae cursus atque recursus, « quam rei veridarirc vulgaris multotiesincurius (.■.■(>•) et negligens expeditio. » iArch. .Tes. Pol.)

Cette lettre fut écrite à la suite de celle que le baron Penkler avait adressée à Mgr Zie^\er, le 31 janvier 1825, et dans laquelle il recommande au prélat de prendre avec les autres evèques le parti de Sa Majesté l'Empereur et de démontrer que l'autorité du Général restreint celle des évêques. Le prélat dit la même chose plus clairement encore dans une letti'e au P. Landes en date du 31 mai 182.5, lettre dans laquelle Mgr. Ziegler élève jusqu'aux nues l'agent autrichien à Rome, candidissitnum Genotli.

(2) Lettre de l'abbé Jordanski, recteur du séminaire de Strigonie, 12 avril 1825, au P. Landes, recteur de Starawies.

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leur propre main, « qu'ils n'appartenaient à aucune asso- « ciation secrète et qu'ils n'y appartiendraient jamais »,le P. Lœffler présenta à l'empereur, au mois de juin 1825, la supplique suivante :

« Nous, Jésuites expulsés de Russie, prosternés très hum- « blement aux pieds de V^otre Majesté Impériale, nous nous « déclarons reconnaissants pour les bienfaits que Votre « Majesté Impériale nous a témoignés en nous permettant de « traverser ses états et en y retenant une partie d'entre nous « pendant plus de quatre ans. Nous conserverons partout ï dans nos cœurs le souvenir impérissable d'une si grande « munificence. Mais aujourd'hui, voyant qu'il ne nous est « point possible de vivre selon notre règle ni d'être utiles « aux états de Votre Majesté Impériale, nous faisons appel à « Votre bonté et Vous prions de nous autoriser à reprendre « la route de l'exil, afin que, réunis à nos Frères, nous ayons « la consolation de vivre, jusqu'à notre dernière heure, con- « formément à notre profession religieuse (1). »

Ace mémoire, le P. Lœffler joignit la supplique suivante, qui devait tout terminer : « Puisque notre sort est si mal- « heureux que nos demandes aient paru inexécutables à « Votre Majesté Impériale, nous bénissons la main de « Dieu, dans laquelle sont les cœurs des rois et qui, pour « nous éprouver, nous a préparé un nouvel exil. Nous bai- « sons avec humilité cette main qui nous dirige, et nous « recevons avec résignation la croix qu'elle met sur nos « épaules. Cependant nous osons encore une fois nous « approcher du trône de Votre Majesté, et nous vous prions, « Sire, Vous dont le cœur ne repousse point les affligés, « d'adoucir la rigueur de noire sort en nous accordant ce « qui suit :

« 1° Pour faciliter l'émigration des cinquante Jésuites aux-

(1) Original de la lettre du recteur de Modéne au P. Swiçtochowski, écrite au nom du P. général, le 11 février IS^i [Arch. Jes. Pol.).

« qiiels le trésor fournit une pension, nous vous prions de faire « délivrer cette pension ; pour couvrir les frais de route des « autres, nous vous prions de faire donner une somme corc respondante à la valeur du bâtiment construit par la Gom- « pagnie à Tarnopol, bâtiment qui peut être adapté aux « bureaux de l'administration (il s'agit du pensionnai que « les Jésuites avaient bâti de leurs propres deniers sur le « terrain des Dominicains).

<t 2" Nous prions Votre Majesté Impériale de donner les « ordres convenables pour nous adoucir les difficultés d'une « route déjà si pénible (1). »

L'empereur François ne fit point donner de passe-ports ; il fit espérer au P. Lœffler que ces affaires pourraient s'arranger. Cet état d'incerlitude pénible dura deux années entières, qui parurent bien longues. Malgré cela, les Jésuites ne cliangèrent en rien leur genre de vie ; ils remplirent leurs fonctions avec énergie et dévouement comme aux temps les plus heureux, sans omettre toutefois d'employer les moyens qui pouvaient servir leur cause. Dans ce but, ils s'adressèrent aux évèques de Hongrie et les prièrent de renouveler près de l'empereur leur demande du retour des Jésuites en Hongrie.

Les citoyens de Tarnopol et ceux de Sanok, alarmés de la nouvelle qui courait sourdement sur le départ des Jésuites de Galicie, adressèrent, le 1" novembre 1825 et le 2 février i826, une pétition aux États de Galicie. Les bourgeois de Tarnopol priaient les Étals de transmettre leur demande au pied du trône et d'intercéder humblement auprès de l'empereur pour obtenir la conservation des Pères et de leur collège de Tarnopol. Les habitants de Sanok, dans une adresse un peu plus concise, louaient la moralité de l'éducation donnée par les Jésuites, et demandaient que Sa Majesté daignât conserver à jamais l'ordre des Jésuites dans leur pays (2).

(1) Arch. Jes. Pol.

(2) Le P. Zalçski met en note les noms des 53 signataires de ces deux adres-

ÉTABLISSEMENT DÉFINITIF EN GAMCIE

On répondit de Léopol laconiquement qu'il n'était ofticiellement question, ni d'expulser les Pérès Jésuites de Galicie, ni de leur retirer l'éducation de la jeunesse (1).

6. Les choses en étaient là et personne ne prévoyait l'issue de cette affaire, quand arriva en Galicie la bulle de Léon XII promulguant le jubilé. Tous les évêques de Galicie recoururent aux Jésuites pour la prédication. Mgr Ankwicz le .premier, par une lettre écrite de sa main en date du 2 mai 1826, demanda au P. provincial quelques prédicateurs pour le Jubilé (2).

On envoya de Tarnopol les PT*. Budzko et Lyko ; et pour entendre les confessions des Allemands, le P. Stœger. Ces Pères prêchèrent dans l'église des Jésuites de Léopol devant un public plus nombreux qu'on n'en avait vu depuis longtemps.

A Léopol, comme dans d'autres endroits, l'usage n'était plus de donner de mémoire les sermons ; le prédicateur lisait d'ordinaire dans la chaire son travail ou celui d'un autre, et nombre d'auditeurs bâillaient ou sortaient de l'église. Le P. Budzko, lithuanien vigoureux et missionnaire actif, monta en chaire, revêtu du manteau de la Compagnie et la croix en main, et prêcha les grandes vérités. On admirait l'éloquence et le zèle du prédicateur, mais on se répétait : « Les Jésuites « sont arrivés et l'enfer avec eux. » On avait en effet oublié l'enfer et le ciel.

Ce fut une véritable mission. L'archevêque, entouré de son Chapitre, assistait aux prédications et pontifia solennellement. Heureux du succès inespéré de cette station, il demanda au P. provincial d'établir une résidence à Léopol. Après la mission dans l'église des Jésuites, le P. Budzko prêcha encore

ses. Sur celle de Tarnopol, il y avail 29 signatures ; 24, sur celle de Sanok. (1) Arch. Jes. Pol.

<2) Arch. Jes. Pol.

le jubilé dans plusieurs communautés de la ville, à l'hôpital et à la prison.

Par sa droiture et son caractère ouvert, il sut gagner l'archevêque et les hauts dignitaires de l'état ; il s'employa avec ardeur à l'affaire du collège de Tyniec et ne revint à Tarnopol qu'à la fin de l'automne, après avoir bien travaillé dans la chaire et le confessionnal et rendu à la Compagnie d'importants services.

A Tarnopol une mission de trois jours commença le jubilé, et une seconde mission semblable le termina en novembre.

Dans le diocèse de Tarnow', les Pères de Tyniec parcouTurent les villages voisins, catéchisant et prêchant ; ils entendirent plus de 49,000 confessions (1). Le P. Charles .Snarski, missionnaire infatigable, travailla deux mois entiers, allant d'une paroisse à l'autre. Il écrivait lui-même à son provincial, le 12 novembre 1826: « Sur l'invitation de Sa Grandeur « (Mgr Ziegler), j'ai travaillé pendant soixante jours dans « son diocèse, prêchant deux et trois fois chaque jour. Je « n'avais personne pour m'aider. Seul Dieu Notre-Seigneur, « dans sa miséricorde, a soutenu et renouvelé mes forces, « nu miheu des obstacles que je suis arrivé à vaincre avec « sa grâce, au milieu des déboires que j'ai éprouvés de temps « à autre. Je suis aussi bien portant à la fin de mes travaux « qu'avant de les commencer. A l'exception de deux parois- « ses, nulle part je n'ai trouvé le peuple, je ne dis pas pré- « paré, mais averti même de la mission. Mais Dieu Notre- « Seigneur a partout disposé les cœurs. Le peuple est venu ï par milliers aux instructions et les seigneurs des villages « donnaient le bon exemple. Partout j'ai quitté avec cette « conviction que Dieu a choisi ce temps pour donner des « preuves spéciales de sa miséricorde. A Jordanôw un inter- « valle de cinquante années avait eflacé dans les cœurs des \ iiionlngnards tout vestige du bien qu'avaient jadis produit

( 1 ) I] st. Dan). Tyn ccens is .

ÉTABLISSEMENT DÉFINITIF EN GALICIE

« les travaux de nos anciens Pères dans ce pays. Ces pauvres « gens ne savaient plus pour quelle fin ils étaient en ce monde. « Leurs intelligences, leurs cœurs paraissaient aussi durs et « aussi incultes que les montagnes qu'ils habitent. Tous les « jours leur ardeur à entendre les vérités divines s'accroît, « et tous les jours ces vérités leur deviennent plus intelligi- « bles » (1).

Dans le diocèse de Przemysl, les travaux des Pères ne furent pas moins consolants. Dans l'église seule deStarawies on entendit 77.000 confessions (2).

Le clergé séculier, édifié par un tel exemple, commençait à imiter les Jésuites, et les mœurs du peuple s'améliorèrent visiblement. Les starostats, qui à cette époque exerçaient le droit de surveillance même sur les affaires ecclésiastiques, firent au gouvernement des rapports très élogieux ; les doyens en firent autant au consistoire. Le prince Lobkowitz, gouverneur de Léopol, et les évêques en écrivirent à la chancellerie impériale.

7. L'empereur François devint plus conciliant. 11 avait déjà permis, par un rescril du 22 janvier i827, que le directeur des classes de Tarnopol ne fût point le slarostat, mais le provincial de la Compagnie ; le slarostat ne devait plus que visiter les classes de temps à autre.

Le 18 novembre de la même année. Sa Majesté porta un décret autorisant les Jésuites à vivre selon leur Institut. En voici la teneur :

« Espérant que les Jésuites, dans mon royaume deGalicie, « rendront d'utiles services par l'inslruclion et l'éducation « de la jeunesse, comme aussi par les secours temporaires « donnés aux pasteurs qui ont charge d'âmes ; qu'ils met- « Iront un frein salutaire à l'impiété et à la corruption des

(1) Arch. Jes. Pol.

(2) Annales colleg. Slamw. snb anno i-286. (Ms. in-folio).

mœurs ; qu'ils feront de leurs élèves de bons chrétiens et des sujets fidèles ; et que par là-même ils contribueront à la véritable civilisation et au bonheur de mes sujets : je veux bien agréer la demande respectueuse qu'ils m'ont présentée et je leur permets de vivre dans mon royaume de Galicie selon les constitutions de leur Ordre et selon les vœux qu'ils sont émis, conformément à leur Institut. En conséquence : 1° Je leur permets de continuer, sans qu'on puisse les inquiéter, à correspondre, pour le maintien de la discipline, avec le Général de leur Ordre sur les objets qui ont rapport à leur régime intérieur et à leurs constitutions approuvées par l'Église.

« 2'^ Néanmoins pour les fonctions sacerdotales, la célébralion du service divin, la prédication, le ministère de la confession et les secours temporaires donnés aux pasteurs des âmes, les Jésuites doivent être soumis aux évêques ; en sorte que le régime intérieur et le maintien de la discipline religieuse soient les seuls points réservés aux supérieurs de l'Ordre selon leur Institut.

« 3° De peur que les membres de l'Ordre envoyés au dehors ne deviennent étrangers à la vie de communauté, les secours donnés dans le saint ministère en Galicie doivent avoir lieu d'une manière conforme aux statuts de l'Ordre, c'est-à-dire sous la forme de mission, et le P. Provincial s'entendra avec les Ordinaires des lieux, soit pour les Pères qui y seront destinés, soit pour la durée des missions.

« 4" Pour ce qui regarde les études théologiques faites dans les maisons de l'Ordre, ils continueront à se conformer à ma décision du 24 août 1827 (nous y reviendrons plus loin). Quant aux autres études, je permets qu'ils suivent la méthode prescrite par leur Institut et que la direction en soit confiée aux supérieurs de l'Ordre. Cependant les classiques dont ils se serviront dans les écoles,

ÉTABLISSEMENT DÉFINITIF EN OALICIE

« doivent être soumis à l'inspection et à l'approbation des V autorités compétentes, et les écoliers subiront les examens « de la manière qui est prescrite dans mes États.

«t 5"^ Les réversaux seront abolis; dans le cas cependant où « quelque religieux sort du pays ou y vient de l'étranger, il « doit à cet etïet obtenir auparavant ma permission impé- « riale. Cette mienne volonté suprême sera portée à la con- « naissance du Provincial et lui servira de direction. Si dans « l'exécution surviennent quelques doutes, il faut s'adresser « à moi par mon gouvernement pour les résoudre.

« Enfin je recommande au P. Provincial de préparer sans « retard, d'ici à huit jours au plus, un rapport exact de l'état « présent des collèges, afin que l'on puisse connaître par- « faitemenl leur dotation, leur personnel et leurs charges.

pRANÇOiS. »

Par ce décret l'existence de la Compagnie en Gahcie paraissait à jamais affermie. Le quatrième article du décret cependant donnait à l'évèque de Przemyslla surveillance des études théologiques faites dans la Compagnie et ordonnait de soumettre à l'approbation d'une Commission des Études (1) les manuels employés dans les écoles publiques. Ces deux points devinrent une source nouvelle de négociations qui durèrent neuf ans, entre la Compagnie et la commission susdite.

Pour donner une idée de cette question, fort ennuyeuse pour l'historien, il suffit de dire que, depuis 1820 à 1827, c'est-à-dire jusqu'au décret de novembre, la commission des études avait adressé au P. provincial, uniquement en ce qui concernait les professeurs et les maîtres, 77 décrets ou rescrits différents, parmi lesquels 50 ont trait aux examens pubhcs de ces mêmes professeurs et à l'étude de la théologie dans les maisons de l'Ordre.

(1) Studien Hof-Coiiimission.

Ce ne fui que plus tard, après l'avènement de Ferdinand l*'', que les Jésuites obtinrent enfin liberté complète, comme nous le dirons au chapitre suivant.

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