L ARCHIDUC FERDINAND D ESTE ET LA COMPAGNIE
de Hieronimo. Comme préparation à cette doiilDle solennité, le supérieur de Léopol tit donner dans l'église la première retraite do trois jours que l'on eût vue depuis le moment de la destruction. 11 fît venir de Freinwald, en Silésie, le P. Beckx (aujourd'hui général de la Compagnie), qui résidait chez la pieuse princessa d'Anhalt-Cœthen. Ce célèbre prédicateur donna les sermons allemands ; les Pères de Léopol prêchèrent les sermons polonais : la solennité de la canonisation dura trois autres jours.
Cette nouvelle mission, qui jusqu'en 1842 n'avait aucun revenu fixe, trouva bientôt des bienfaiteurs.
Le P. Perkowski, supérieur, suivant la tradition de la Compagnie, s'occupa avant tout de la gloire de la maison de Dieu ; et, disons-le, il possédait un talent rare pour ordonner les cérémonies de l'Église avec bon goût et dignité. Dès 1842 et 4844, on renouvela l'église à l'intérieur et à l'extérieur, grâce aux dons offerts par des âmes généreuses. Alors commença une noble rivalité ; et dans les autres églises on se prit lentement, mais avec persévérance, à restaurer la maison de Dieu, jusque-là négligée et délabrée ; on imita l'ordre, la propreté et l'exactitude des Jésuites. On secoua petit à petit les chaînes dont le Joséphisme avait garrotté le clergé de Galicie, ne lui laissant aucune initiative et l'habituant à l'apathie.' Le gouvernement en effet s'était chargé de tout régler, sans en excepter les cloches, les cierges et même l'accompagnement de l'orgue pendant la préface et l'élévation.
Nous ne devons pas omettre ici de mentionner le don que fit de sa bibliothèque aux Jésuites de Léopol le conseiller d'état du royaume de Pologne, M. Galasanz Szaniawski. Les quatre mille volumes qu'il offrit aux Pères, venaient fort à propos ; car outre que l'ancienne bibliothèque de la Compagnie à Léopol avait été dilapidée, les Pères manquaient d^argent pour se procurer de nouveaux livres ; et d'un autre côté la censure était si difficile pour les livres étrangers, que l'ex-
jésuite Kœliler de Dreslau ayant légué sa bibliothèque à ses Frères de Galicie, on ne put obtenir la permission de l'entrer en Autriche ; et quand à Tarnopol on fil venir de France quelques ouvrages, il ne fui possible de les recevoir qu'à la condition de ne les point sortir de la maison. Ces difficultés furent levées, au moins pour une partie des volumes de M. Szania^vski, qui avait été censeur des livres; et Ton put faire venir cette bibliothèque de Varsovie (1).
7. En même temps que la maison de mission près de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul, s'éleva la résidence de Saint-Nicolas, qui bientôt fut changée en collège et en pensionnat de nobles ; déjà dans le premier rescrit de l'empereur François (27 août iî)20), nous le savons, il était fait mention d'un pensionnat devant s ouvrir à Lèopol ou ailleurs. Le gouvernement de Léopol relardait toujours l'exécution de ce projet, s'excusant sur le manque de ressources. Ce fut encore inutilement qu'en ■1822 le P. SwiQtochowski remit un programme très détaillé du futur pensionnat à Léopol (2) ; l'affaire traînait indéfiniment en longueur. Enfin l'archiduc, à son arrivée comme gouverneur de Galicie, fil examiner les registres de l'académie et trouva six fondations provenant de sources différentes et montant à la sonrne de 497. 586 florins autrichiens. Comme elles avaient élé faites pour des écoles, à différents titres, Fer-
(1) M. Szaniawski écrivait de Vienne le 5 février 1839 au P. Pierling, provin- <' cial: « Ma bibliothèque, donl la partie ascétique est aujourd'hui la propriété
de la Conipaguie de Jésus, était destinée depuis longtemps dans mon esprit (( à rulililé publique de quehjue institut établi pour veiller à la garde des « principes orlliodoxes et salutaires, par l'éducation chrétienne et l'ensei- « gnement de la jeunesse, par le redressement des diverses erreurs de l'opi- « nion publique et par la ditrusion des véritables lumières. Mon désir à ce « sujet m'a été inspiré parla reconnaissance que je dois à Dieu pour sa miséri- « corde sans bornes, dont j'ai fait l'épreuve en beaucoup de circonstances de ma vie. » {Arch. Jes. Pol.)
(2) \vch. Jes. Pol. — Ms. in-folio, p. U.
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dinand résolut de s'en servir pour fonder le collège des nobles à Léopol.
Contormémeiit aux désirs de l'archiduc, si dévoué à la Compagnie, le R. P. lloolliaan autorisa les Pères à se charger de la paroisse Saint-Nicolas, altenanLe au collège ; mais grande fut la difficulté d'obtenir de la commission des études l'ouverture du pensionnat.
La chose se comprendra aisément : la commission des étu' des, piquée au vif de voir que le décret de Ferdinand (1830) exemptait de sa juridiction les écoles des Jésuites, ne pouvait en aucune façon accorder dans la ville principale de Galicie, l'ouverture d'un pensionnat pour cent élèves et des cours pour les facultés de droit et de philosoph e, qui seraient à peu près totalement indépendants de son autorité. Le plan primitif de cel établissement, fait sur une vaste échelle et promettant un second Theresianum ou un second pensionnat royal de Varsovie, fut donc réduit à celui d'une simple pension pour des étudiants. Bien qi.e l'archiduc réclamât à diverses reprises, disant qu'il avait reçu des assurances favorables de l'empereur, l'aréopage de Vienne gagna sa cause. Un rescrit officiel de l'archiduc, en date du 21 juin 1839, fait connaître au provincial qu'au lieu du pensionnat pour cent élèves et dt s cours publics, il convient d'ouvrir seulement un pensionnat pour cinquante jeunes gens, qui suivront les cours dans les écoles de l état à Léopol, et il invite le P. provincial à dresser un plan de maison et à composer son personnel en rapport avec ces dispositions. Le P. Provincial répondit avec raison qu'il avait connaissance, il est vrai, d'un établissement d'enseignement, mais qu'il n'avait rien entendu au sujet d'une pension d'étudiants. On lui laissa comprendre que les choses s'arrangeraient avec le temps et qu'il serait possible d'obtenir la permission pour une maison privée d'études. Le F. Fidèle Stadler, architecte habile, qui avait été reçu dans la Comi agnie par le R.P. Brzo-
zowski à Pétersbourg, dressa le plan et le devis du bâtiment que l'on devait d'abord construire ; mais le pensionnat ne put être ouvert définitivement qu'en 1842, bien que l'on eût reçu quelques enfants dès 1841 pour satisfaire au désir de Farchiduc (1).
8. Une inslitiitiou comme le pensionnat de Léopol, pour se développer et pour devenir utile, a besoin d'hommes, de liberté et de temps. L'archiduc supplia le provincial de placer à la tète du pensionnat un liomme capable (2). On fit venir de Fribourg, en Suisse, le P. Jean Galicz, recteur du célèbre pensionnat de cette ville. 11 était difficile de trouver, peut-être même dans toute la Compagnie, un homme plus distingué. Le P. Fiaphaël Markijanowicz, provincial, avait obtenu, dès le mois de septembre 1841, que les classes se feraient pour les pensionnaires dans la maison et que les enfants n'auraient que les examens semestriels à subir devant les professeurs de l'état. On désigna donc pour professeurs des hommes comme le P. Nizard, le P. Franzelin, depuis professeur célèbre de théologie au Collège Romain et revêtu par Pie IX de la pourpre des cardinaux ; le P. Adolphe Kamienski, plus tard préfet général et recteur de Tarnopol pendant 20 ans; le P. Szczepkowski, plus tard provincial. Le P. Markijanowicz lui-même, après son provincialat (1844), professa pendant quelque temps les mathématiques dans le
(1) L'ouverture solennelle du pensionnat se fit le 2 octobre 1842, en présence de l'archiduc i-erdmand, des trois archevêques de Léopol, de l'évèque de Przemysl et d'un cortège nombreux de la noblesse et des autorités militaires. Le R. P. Raphaël Markijanowicz, provincial, développa dans un discours latin le piix et l'importance de cette nouvelle institution et remercia l'archiduc, auteur de la fondation. Trois autres discours, répondant à la circonstance, furent encore prononcés ; entre autres le jeune professeur Adolphe Kamienski démontra en polonais les avantages de l'éducation publique sur l'éducaticn privée. Le petit discours d'un jeune pensionnaire de dix ans émut l'archiduc lui-même et termina la fête. • (2) Einen tuchtigen Rector.
l'archiduc FERDINAND d'eSTE LT LA COMPAGNIE
pensionnat. De son côté, la Compa^2:nie n'omit donc rien de ■ce qui pouvait développer et faire réussir cet établissement. Mais celte institution péchait par la base. L'archiduc Ferdinand avait à ses côtés, dans la ville même de Léopol et comme vice-gouverneur, le baron Krieg, mal disposé pour les Polonais et les Jésuites. Cet homme sut se donner de l'importance par son obséquiosité bureaucratique et paralysa les efforts de son maître. L'archiduc était à peu près en guerre ouverte avec la commission des études, qui restreignait la liberté d'enseignement nécessaire aux Jésuites. Cette aversion de la commission fît commencer le pensionnat, sous prétexte de manque de fonds, par 19 élèves ; en 1843, il y en avait 45, parmi lesquels 30 aux frais de l'état. Au moment où, les premières difficultés vaincues, cette institution eût pu «e développer, éclatèrent les troubles poUtiques de 1846. L'archiduc, nous en dirons plus loin la raison, dut quitter la Galicie, et les Jésuites restèrent à la merci de la commission, qui leur était contraire, ou plutôt du ministre de Tinstruction publique, Pillersdorf ; et par surcroît, les menées du parti démocratique les livrèrent au mépris et à la haine des citoyens. La noblesse polonaise fut loin de se distinguer par «on courage ; elle eut peur de celte fraction tapageuse, qui alors donnait le ton à l'opinion pubhque, et ne s'empressa point de mettre ses enfants au pensionnat des Jésuites. Le nombre des pensionnaires n'atteignit jamais soixante. On retardait à dessein l'achèvement des bâtiments ; et comme il fallait lutter à la fois contre tant de courants, il fut impossible, dans l'espace de six ans, de donner de l'importance à cet établissement et de le développer convenablement.
Cependant il est sorti du pensionnat de Léopol plusieurs hommes qui, dans les carrières publiques, occupent aujourd'hui un rang honorable et des postes importants.