‹ Les Jésuites de la Russie-BlancheChapitre 7 sur 58 · DÉMARCHES DES CAUDINAUX ANTONELLI ET CALIN · texte numérisé non relu

DÉMARCHES DES CAUDINAUX ANTONELLI ET CALIN

« Un siècle s'est écoulé depuis que cette lettre a été écrilo ; cépendant ni l'Institut, ni les mœurs des Jésuites n'ont été juridiquement réformés. Si donc on devait ajouter foi à Palafox, la Compagnie de Jésus aurait été tellement dépravée, qu'elle aurait déjà mérité sa destruction ; mais après un laps de temps si long, des vices et des scandales qui n'ont jamais été vengés, jamais réprimés, auraient dû croître démesurément ; car le mal dans une société, si l'on ne s'oppose pas à ses commencements, va toujours s'aggravant ; de même qu'un incendie, une grande inondation gagnent si on ne les arrête tout d'abord ; et leurs forces croissant toujours, ces fléaux finissent par tout ravager. « Aujourd'hui donc que la Compagnie de Jésus est détruite, je demande quelle était à notre connaissance cette Compagnie avant sa suppression (qu'on lise la bulle de Clément XIII confirmant la Compagnie). Je n'ai point ici besoin du témoignage de ces hommes qui, enflammés par la méchanceté ou ignorant l'état des choses, inventent dans leur esprit différents crimes honteux qu'ils attribuent aux Jésuites; semblables à ceux qui, en proie à une fièvre mortelle, voient des monstres qui n'existent point dans la nature et contemplent des spectacles horribles ; ou semblables à ceux c[ui, regardant par des verres préparés, découvrent diverses couleurs, divers objets qui en réalité n'existent pas. Mais je veux interroger des hommes d'une conscience droite, d'un jugement sain, auxquels la vertu apparaît comme la vertu, le péché comme le péché, qui jugent des choses selon Dieu et les lumières de la foi, qui discernent le vrai du faux ; qui dans leurs jugements ne suivent point la foule et ses fables, mais des arguments clairs et précis ; qui ne se laissent tromper ni par des livres infectés de mensonges et de venin, ni par des séductions habilement ménagées, ni par les rumeurs du vulgaire. « Voilà les hommes dont je recherche le témoignage et je

leur dis: «Vous qui avez un cœur chrétien, un bon jugement, avez-vous remarqué dans toute la Société (et non point dans quelques particuliers, il n'est pas ici question des individus), avez-vous remarqué dans toute la Société quelque chose de mauvais ? quelques crimes ? N'avez-vous point vu au contraire cette Compagnie l'emporter sur les autres en vertu, en doctrine, en zèle des âmes? Si vous ne confessez point cela, au moins devez-vous reconnaître que la Compagnie de Jésus a égalé les autres ordres en science, en vie exemplaire, en doctrine et en sainteté- Cependant elle a été supprimée et même sa suppression a précédé la discussion de la cause de Palafox. Après un décret rigoureux, ont été intentés des procès qui auraient dù le précéder ; on cherche le crime après avoir jeté l'accusé dans les fers ; on supplicie l'accusé, non qu'il ait été trouvé digne du châtiment, mais pour que le monde, dans son impérilie, juge qu'il l'a parfaitement mérité.

« Ces longs et très désagréables procès sont finis, et vous les avez, Très Saint-Père, entreles mains. Jugez vous-même si l'on peut y trouver, je ne dis pas la faute de tout un ordre, mais une ombre même ou un prétexte de faute. Tant d'esprits se sont fatigués pour le faire, on a déployé tant d'art et de diligence ; on a employé tant de moyens ; on a tenu tant de conférences pour sonder, chercher, trouver, découvrir si l'on ne saisirait pas enfin quelque mal intérieur ou quelque trace de mal qui pùt être présentée au monde entier, stupéfait d'une pareille suppression. Et cependant, vous le savez. Très Saint-Père, et je l'atteste en vertu de la connaissance que j'ai de cette affaire, rien, absolument rien n'a été découvert.

« C'est donc une pure calomnie, une injustice suprême de prétendre que ces procès ont prouvé jusqu'à l'évidence l'existence de cette dépravation reprochée par l'évêque d'Osma à toute la Compagnie de Jésus. Que dis-je? Cette

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