DÉMARCHES DES CARDINAUX ANTONELLI ET CALINJ
« ruine, qui a frappé l'ordre tout entier, efface toutes les taches « dont les hommes pervers l'ont jamais souillé. Aujourd'hui « la vérité est reconnue et juridiquement séparée de la faus- « seté; toutes les objections ont été discutées et réduites à « néant.
« Daignez donc, Très Saint-Père, mettre en parallèle, d'un <c côté la cause de la Compagnie, pesée dans la balance de la « justice la plus rigoureuse et soumise aux plus strictes « interprétations des lois ; de l'autre toutes les objections et « crimes imputés à cette même Compagnie par Palafox : il en « ressortira plus clair que la lumière du jour, non plus la (I dignité et l'innocence de la Compagnie, chose dont il n'est « pas question actuellement, mais la malice effrénée de Pala- « fox à blesser la réputation du prochain, sa licence à men- « tir, sa facilité à injurier, son obstination dans l'iniquité, lui « qui n'a point rétabli les réputations lésées, qui n'a point « compensé le tort fait par ses calomnies, qui ne s'est point « repenti de ses actes et de ses écrits.
« Enfin, Très Saint-Père, jugez comme vicaire de Jésus- « Clirist, si un tel homme mérite les honneurs des autels, « jugement pour lequel nous sommes ici réunis (1). »
3. Ce même cardinal Calini, ayant atteint sa quatre-vingtquatrième année, voulut se retirer des affaires publiques et se rendre à Brescia sa patrie. Le l^"' avril 1780, il fut admis à son audience de congé par le Saint-Père. Dans .cet entretien, rapporte un auteur contemporain, le cardinal, après avoir demandé plusieurs grâces pour sa personne et pour son âme,
(1) Discours curieux du Cardinal en présence de Pie VI dans la S. Con. gréqation des Rites, le 28 janvier 1111 (Imprimé contemporain, Arch. Jes. poL)
Ce discours est rapporté par Christophe de Murr, Journal, Tome X, p. 203. — J'ai traduit sur son texte la dernière partie : « Bairjnez donc, Iri's Saint-Père, mettre en parallèle etc. » Elle est réduite à deux lignes dans 1<J p. Zalçski. — (N. T.)
dit à Pie VI: « Très Saint-Père, ce matin au Saint Sacrifice, « que j'ai offert malgré mon indignité, j'ai prié Dieu avec « une ferveur toute particulière, et le Seigneur m'a inspiré de « vous demander une chose que je me crois obligé de vous « exposer, en ma qualité de cardinal et d'ancien cardinal. Je « ne veux point comparaitre au jugement de Dieu, coupable « de l'avoir omise ; et pour un vieillard de quatre-vingt-qua- « tre ans, ce jugement ne peut être très éloigné.
« Très Saint-Père, je recommande à Votre Sainteté la « Compagnie de .Jésus, injustement supprimée par suite du « complot de quatre ou cinq ministres sans religion, qui ont « voulu renverser ceux qui mettaient tous leurs efforts à « défendre l'Église. Dans leur haine contre le Saint-Siège, « ces misérables se sont conjurés contre ceux qui, résistant « à leurs attaques, ont toujours combattu ouvertement pour « défendre la Chaire apostolique par leurs travaux et même « par leur propre sang.
« Ce n'est pas moi, Très Saint-Père, qui vous parle ainsi, « mais en moi parle Clément XIII, ce pontife à qui vous devez « votre exaltation. 11 y avait à attaquer cet Ordre, m'a dit « plusieurs fois ce saint Pape, quatre ou cinq ministres. « Trompant leurs monarques, à l'insu desquels se tramait « cette conjuration, ces ministres s'étaient donné la mission « de diriger les cabinets ; et complotant entre eux, ils se sont « unis étroitement pour l'emporter sur les Jésuites et le « Saint-Siège.
« Très Saint-Père, j'ai une longue expérience du monde, » j'ai été évêque pendant vingt années et je ne me suis pas « éloigné de mon diocèse. Le temps m'a donc suffi pour bien « connaître les Jésuites. Je puis affirmer à Votre Sainteté « qu'en général j'ai trouvé en eux une saine doctrine, des « mœurs exemplaires, un infatigable amour du travail, qu'il « s'agît d'entendre les confessions, de prêcher, de donner « des missions, d'enseigner dans les classes, d'assister les
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mourants, de s'acquitter de toutes les fonctions apostoliques prescrites par leur saint fondateur et leur institut. Ce bien général que produit la Compagnie, j'en ai été moimême le témoin et je l'ai, pour ainsi parler, louché de la main.
« Au contraire, souvent j'ai entendu dire, souvent aussi j'ai lu dans des livres, que la corruption des mœurs était générale chez les Jésuites, que la morale qu'ils enseignaient était relâchée, scandaleuse ; que leur conduite, que leur doctrine nuisait aux royaumes, aux peuples, aux monarques. Mais j'aurais bien peu de raison et d'intelligence, Très Saint-Père, si contrairement à mes propres convictions, je m'en rapportais plus à ceux qui écrivent ou qui parlent mal des Jésuites, qu'à mon expérience personnelle. « 11 y a plus, je me suis informé près de tous ceux que j'ai entendu mal parler des Jésuites, s'ils avaient été témoins oculaires de cette corruption générale : je leur ai demandé quels motifs les faisaient parler ainsi. "Et toujours ils m'ont répondu qu'ils avaient lu ou entendu ce qu'ils me disaient. J'insistais et je demandais encore à mes interlocuteurs si du moins ils n'avaient point vu eux-mêmes ou s'ils n'avaient pas entendu exposer par d'autres les avantages que procuraient les Jésuites à la cause catholique. Us répondaient qu'ils pourraient rendre témoignage des grands avantages procurés, des grands travaux accomplis par les Jésuites. Alors je leur répondais que pour moi j'ai l'habitude de m'en rapporter plus à mes yeux qu'aux paroles d'autrui, quand les discours que j'entends sont le contrepied de ce que j'ai vu par moi-même.
« Votre Sainteté peut voir si, depuis la destruction des Jésuites, nous avons retiré les avantages que promettait Clément XIV. J'ai contribué moi même par mon suffrage à l'élection de ce pape ; mais jamais je n'ai pu approuver cet acte par lequel il a fait tant de mal à la sainte Église.
6 LES jf;SUlTES DE LA RUSSIE-BLANCHE, LIV. IV.
« Cet exposé terminé, je prie Votre Sainteté de rétablir la Compagnie de Jésus. Croyez-moi, Saint-Père, cet acte glorifiera votre règne, et toute l'Église vous devra de la reconnaissance.
« Je sais que les monarques rendent la chose difficile ; mais ils sont peu nombreux et ce n'est point par conviction qu'ils agissent ainsi. Prévenus par leurs ministres, ils imputent aux circonstances dans lesquelles ils s'imaginent être, la nécessité et l'obligation de penser ainsi. Votre Sainteté seule peut déchirer ce voile et faire arriver la vérité dans toute sa clarté aux yeux des Souverains. « J'entends aujourd'hui que plusieurs membres du corps diplomatique résidant à Rome, insistent auprès de Votre Sainteté pour que vous confirmiez par une bulle la destruction de la Compagnie, pour que vous déclariez schismatiques les Jésuites de la Russie-Blanche, qui persévèrent dans leur ancienne profession, parce que le bref de suppression ne leur a pas été officiellement promulgué. Très Saint- Père, pendant que ces hypocrites montrent tant de zèle pour ce bref, dont ils tiennent l'autorité pour incontestable et qui à leurs yeux passe pour un cinquième évangile, ils s'opposent avec la plus grande ardeur aux bulles dogmatiques et à la bulle In Cœna Domini, qui a été promulguée solennellement dans Rome. Mais Votre Sainteté est trop éclairée pour se laisser tromper.
€ Dans toutes les autres cours catholiques, les brefs qui se rapportent seulement à la discipline ecclésiastique, ne sont point publiés sans Vexequatur royal. Dans tous les pays la chose est passée en usage et jamais le Saint-Siège n'a blâmé cette conduite des monarques catholiques. De plus un bref ayant trait seulement à la discipline et utile dans un pays, peut être nuisible dans un autre, à cause des circonstances où se trouvent les sujets, circonstances connues à celui qui gouverne dans ce pays. Aussi les meil-