‹ Les Jésuites du Canada au XIXe siècleChapitre 26 sur 62 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

SOMMAIRE

I. — Ile Walpole. — L'œuvre des missions dans la Compagnie. — Le P. du Ranquet. Excursion à l'Abitibi. Arrivée à Sandwich. — L'Ile Walpole; le P. du Ranquet y commence son apostolat (1844). — La çathédrale du F. Jennesseaux. Opposition des

sauvages; une grande assemblée. — Le P. du Ranquet et le F. Jennesseaux à l'œuvre plus que jamais. Incendie de l'église et de la résidence. On les remplace aussitôt. — La mission de l'île

Walpole est abandonnée (1850).

II. — Wikwemikong. — L'Ile Manitouline. Notes topographiques de l'île. Ses habitants. Son nom. — Missionnaires d'autrefois. — Wikwemikong. — L'abbé J.-B. Proulx. — Arrivée du P. Choné à Wikwemikong (1844). Son nom indien. Homme tout d'une pièce. Son zèle ardent. — Mœurs et coutumes des sauvages. — Le P. Hanipaux. — L'eau de feu. L'époque des présents à Manitowaning. — Essais de prosélytisme protestant à Manitowaning; leur fiasco. Les contrastes entre Wikwemikong et Manitowaning. Une ébauche d'école industrielle. — Le P. Choné remplacé par le P. Nicolas Point. — Enthousiasme général pour bâtir une église en pierre. — Du renfort: le P. du Ranquet et le F. Jennesseaux. — Changements de supérieurs. — Le P. Kohler. — Traité de malheur: les quatre cinquièmes de l'île enlevés ‘aux sauvages. — Un nouvel agent qui veut passer à la postérité. Ses gaffes. Sa disparition. — Le P. Choné en instances auprès du Gouvernement, à Québec. — Arrivée d'une société de Dames institutrices catholiques (1863).

111. — Sault-Sainte-Marie, Michigan. — Le Sault-Sainte-Marie, aujourd'hui; autrefois. Prise de possession des Français. — Le P. Menet, le P. Hanipaux et le F. Lacoste au Sault (1846). — Récit d'une conversion. — Le P. Kohler recueille quelques expressions du terroir. — Les trois initiateurs des indianisants: l'abbé Belcourt, le P. du Ranquet, Mgr Baraga. — Mgr Baraga: le missionnaire, l'évêque. Il prend gîte chez les Pères du Sault. . — Départ des Jésuites: deux explications et une troisième. — Retour du P. Menet. Mgr Baraga se transporte à Marquette.

— Garden River: jardin et désert. — Les missionnaires s y succèdent. — Vicissitudes de la mission. — Naufrage du P. Kohler. IV. — Rivière-aux-Tourtes et Fort-William. — Le lac Supérieur. —

Mission de la Rivière-aux-Tourtes. Ses premiers apôtres, le P. Choné et le P. Frémiot. — Leur voyage, leur arrivée (1848). — Travaux du P. Frémiot. — Difficultés de l'approvisionnement: Pères et sauvages quittent la localité pour aller s'établir près du Fort William. — La mission sur les bords de la Kaministikwia. — Excursions du P. Frémiot. — Beautés de la langue odjibwée. — L'observation du dimanche. — Encore l'eau de vie. — La mission de Népigon. Le P. Frémiot y plante une croix. — Derniers labeurs et mort du P. Frémiot. — Plusieurs missionnaires viennent successivement aider les PP. du Ranquet et Choné. — Le P. Férard. — Dernières années et mort du P. du Ranquet.

On se rappelle que Mgr Power et le P. Chazelle, dans leurs splendides visions de l'avenir et leurs généreux projets apostoliques, ne considérèrent d'abord Sandwich que comme une base d'opération, un piedà-terre pour les missions sauvages, qui s'échelonneraient depuis le lac Sainte-Claire jusqu'au fond du lac Supérieur. Ce qui n'avait été que secondaire prit bientôt une importance telle qu'il passa au premier plan, sans néanmoins faire oublier ce qui fut toujours pour la Compagnie de Jésus l'une de ses plus constantes préoccupations et peut-être le théâtre de ses plus beaux triomphes. l

Dès l'origine, le plus illustre des fils de saint Ignace, saint François Xavier, inaugurait l'ère des missions par des œuvres qui rappelaient les conquêtes de l'apôtre des Gentils. Vingt ans à peine après l'établissement de la Compagnie, les Jésuites sont aux Indes, au Japon, à Ceylan, en Egypte, en Éthiopie, au Congo, au Brésil, si bien que Mélanchton, étendu sur son lit de mort,

stupéfait à la nouvelle de ce merveilleux apostolat, s'écriait: ( Hé, bon Dieu! qu'est ceci? Je vois que tout le monde se remplit de Jésuites! » !. Les missions de l'ancienne Compagnie avaient, à certains points de vue, atteint leur apogée dans les réductions du Paraguay: œuvre prodigieuse, célébrée par Buffon, Montesquieu, Voltaire et, plus près de nous, rehaussant l'éloge par la magnificence du style, Chateaubriand, dans son Génie du Christianisme *. Mais la mission la plus chère aux Provinces de France, c'était, nous l'avons déjà signalé, et cela se conçoit de reste, le Canada. Le P. de Rochemonteix en a retracé l'héroïique histoire, depuis ses premiers pas en 1611 sur la terre acadienne, jusqu'au cataclysme qui l'emporta, à la fin du dix-huitième siècle.

En 1766, le P. de Glapion écrivait au secrétaire d'État de Sa Majesté à Londres: « L'établissement des Jésuites au Canada avait deux fins principales: 1° l'instruction des sauvages à la connaissance du vray Dieu; 2° l'éducation de la jeunesse » 5. — En poussant de front l'œuvre des collèges et des missions sauvages, la Compagnie ne faisait donc que renouer une tradition très chère, quelque temps interrompue. Mgr Power avait confié au P. Chazelle et à ses compagnons toutes les tribus sauvages de son immense diocèse. Elles appartenaient pour la plupart à la grande famille algonquine. Le champ était vaste. Pour le cultiver, il fallait d'abord préparer l'instrument.

1. CRÉTINEAU-JoLy, Histoire de la Compagnie demjesus tal: p. 387.

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