TURCOTTE, Le Canada sous l'Union, t. II, p
église remplaça la chapelle en 1710. Après la cession du Canada en 1763, ils y continuèrent paisiblement leur ministère. Le bref lui-même de Clément XIV (1773) ne changea rien à leur état civil ni à leurs occupations, grâce à la bienveillance combinée de Mgr Briand et du gouverneur Guy Carleton. Mais, empêchés par le cabinet de Londres de se recruter, ils disparurent sans être remplacés. Le dernier d'entre eux, le P. Bernard Well, Belge, remarquable, s'il faut en croire la renommée, par la longueur de ses sermons, se signala plus opportunément par sa très grande charité. Les communautés religieuses de la ville surtout bénéficièrent de ses libéralités. On a pu dire de lui ce que Mgr Hubert disait du P. Casot administrant les biens de la Compagnie à Québec: « Il en fait des aumênes immenses. » En 1791, ce Pactole était détourné de son cours à Montréal par la mort du P. Well, comme il le fut à Québec en 1800 par la mort du P. Casot.
Les « Biens des Jésuites », confisqués par la Couronne, vont susciter d'ardentes convoitises, alimenter de nombreuses injustices administratives, aiguiser la langue et la plume de hauts personnages, jusqu'à ce qu'ils reçoivent enfin leur affectation définitive en 1889. C'est ce qui fera, à son heure, le sujet d'un chapitre spécial.
En 1842, Montréal était, comme aujourd'hui, la ville la plus populeuse et la plus riche du Canada. On y comptait 45,000 âmes, dont 30,000 catholiques: 23,000 Canadiens français et 7,000 Irlandais. Une seule paroisse, confiée depuis 1657 aux Messieurs de Saint- Sulpice, tenait dans son emprise tout ce peuple fidèle. Elle restera l'unique paroisse, la paroisse, durant encore un quart de siècle.
Au reste, l'Église, sortie victorieuse de toutes ses luttes depuis la conquête, s'établissait solidement tout le long des rives du grand fleuve. Comme à ses débuts dans l'empire romain, (c'était sa force d'avoir besoin de la liberté seule pour exister ». !
Les évêques français ont fait la France. Nos évêques ont fait le Canada. La prédilection divine pour les peuples ne se montre jamais mieux que dans le choix des évêques. Lux mundi…. Sal terrae… Civitas supra montem posita: ils sont éminemment la lumière qui éclaire et réchauffe, le sel qui conserve et préserve, la force surélevée qui supporte, ranime, entraîne ou retient. A ce compte, le Canada français ne peut-il pas redire de toute son âme ce leitmotiv du chantre d'Israël: Non fecit taliter omni nationi?
Mgr de Laval et Mgr Plessis à Québec, pour ne citer que les morts et parmi eux les plus grands, et Mgr Bourget à Montréal, ont marqué de leur empreinte puissante l'époque où ils vécurent et les chrétiens qu ils façonnèrent. Montréal avait donné Mgr Plessis à Québec. Lévis en retour céda à Montréal Mgr Ignace Bourget.
Cet évêque, à qui la Compagnie de Jésus doit une éternelle reconnaissance, a trop mérité d'elle, comme, au reste, de tout le diocèse, pour que nous ne nous arrêtions point quelques instants devant sa grande et belle figure.
Dieu le fit naître à la Pointe-Lévis, afin de le mettre d'abord en face de ce panorama grandiose que présentent aux regards des Lévisiens le fleuve, l'estuaire de la St-Charles, l'île d'Orléans à l’est, la rive nord avec