Lettres des Nouvelles Missions du Canada, t. I, p
Du clergé le P. Martin passe aux fidèles:
«La population d'origine française se distingue par son attachement à la religion et la vivacité de la foi que souvent les scandales et les perfidies de l'hérésie, les voyages lointains, la privation de secours spirituels, le désordre des passions dont de longues années de prospérité fortifiaient encore l'habitude, n'ont pu détruire.
€ Il faut avoir connu les commencements de cette colonie, pour comprendre comment ces heureuses dispositions ont pu se perpétuer jusqu à notre époque. Les vues toutes religieuses de ses premiers fondateurs leur firent prendre des précautions que l'industrie et les intérêts commerciaux seuls n'auraient jamais imaginées. } — ]1 rappelle ici le soin extrême avec lequel on choisissait les colons pour en faire une race pure et croyante. Le P. Chazelle fait la même remarque en parlant de l'affluence du peuple aux missions prêchées dans les villes et les campagnes. Remarque qu'il termine par une sentence aussi forte que juste: « Le principe, dit-il, des heureuses dispositions que les Canadiens apportent à ces visites extraordinaires de la grâce, c'est la foi, une foi qui est d'un siècle depuis longtemps écoulé. Vous trouverez toutes les tentations, tous les vices, les plus grands désordres, mais les doutes contre la foi, jamais. [1 fut un moment, au Canada, où cette antique simplicité de la foi parut s'affaiblir. Quelques hommes essayèrent de parler le langage du dix-huitième siècle. Mais Dieu voulut que le canon des Anglais fit bientôt taire cette philosophie. » !
1. Lettres du P. Chazelle, p. 63. Archives du collège Sainte- Marie.
Le P. Martin reprend: «Les heureux effets d'une semence si sainte se font encore sentir. La propreté, la décoration et quelquefois la richesse des églises témoignent de leur zèle, surtout quand on sait que toutes ces dépenses ne sont dues qu'à leurs aumônes. C'est en effet par des cotisations également réparties et par des dons volontaires que se sont élevés et embellis tous les monuments religieux du pays. Autrefois la libéralité des rois de France et le zèle de quelques grands seigneurs venaient à son secours. «Le roi avait fondé plusieurs missions sauvages, le seigneur de Gamache, dont le fils venait d'entrer dans la Compagnie en France, avait élevé le magnifique collège de Québec, la duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, avait doté l'Hôtel- Dieu de Québec, etc. Mais aujourd'hui le gouvernement reste entièrement en dehors des œuvres de la religion catholique. Il laisse les prêtres vivre de leurs dimes et de leur casuel, les paroisses se former et s'embellir par les seuls sacrifices de leurs habitants, et les nombreux établissements qui intéressent la religion et l'humanité souffrante prendre naissance par le pur élan et par les seuls sacrifices de la charité ». !
Le P. Martin et le P. Chazelle estiment que les Canadiens sont restés bien français. «Le vrai Canadien, dit le premier, a conservé, indépendamment de la langue, le caractère français, et si, dans ses manières et ses habitudes, il a emprunté quelque chose à ses nouveaux maîtres, il est impossible en l'étudiant de se méprendre sur son origine. » — Le second ajoute: « Considéré à ce point de vue, le Canada, soumis à l'Angleterre et voisin