TÏRASS DES CONSCIENCES ET LES VICES DO XIX'' SIÈCLE
C'est ce qu'Horace appelle s'exprimer ore roiundo. Au seuil mënifs du livre, apparaît M. le curé de Luper&ac drapédans Basoulaneea HelpomèDe antique. Les tyrans, V Église aux prises, les douleurs , les e^éranees; il n'eu faut pas davautage pour révéler le graad artiste ; ex ungue lemem.
Après avoir payé au titre ce légitime tribut d'admiration, passons vite au premier diapitre.
Il débute par cette phrase : t Quand, sur les sommets a du GolgoUia , 1(! Christ eut accompli son sacrifice et n consoinrnt'; sa mission ineffable, il légua à douze bate- • liera le soin de continuer son œuvre et d'abattre au < pied de la croix du Calvaire les peuples et les rois. » Arrêtons un moment. La phrase est carrée, ronflante, rliétoriquement faite. Mais est-ce donc là un si rare mérite? Eh non! Un simple sacristain , le sacristain d'Argenteuil commence sa Notice sur la Sainte Jtobt en ces termes : « C'était en l'an 800 , au mois d'aoftt. Le vieux « Paris était en fête ; les cloches remplissaient l'air de ■ joyeuses vibrations ; une grande solennité se prépa- (1 rail. » Il décrit ensuite ie cortège « précédé de l'éten- « dard du Christ et de la bannière du guerrier. LÂ des M hallebanles brillaient au milieu des cierges , des ar- « mures étincelaient à côté des blancs vôleme&ts da c moine et de la riche tunique des ponLi&s.> Bien^ mes amis. Vous avez lu JXotrt-Dame de i'aris, et vous ne cal-
quez pas trop mal le style de H. Hugo. Vous reproduisez
passablement ses allures. Mais est-ce bien de cela qu'il 8'agil?Vou8, M. iecuréVédrine.vouame parlez d'abattre; c'est votre fort, apparemment ; mais comment osez-vous dire.qu'abattre txài continuer l'œuvre de léstis-Christ ? que Jésus-Christ, qui ordonnait de rendre ft César œ qui appartientà César; qui disait: «Mon royaume n'est pas lie ce monde, » ait chargé ses disciples d'oiattr» la peuples et les rois au pied de sa croix l Ce sont les prêtres^ H. le curé, les mauvaie ]^r6tres» aiteaâez-vouB,4ai ont eu cette idée-Iik, et c'est un saerilége que de l'attribuer à Jésus-Christ. Ensuite, où avez -vous pris que les apôtres fussent tous bateliers? Saint Matthieu était commis du receveur des impbts , et il avait son bureau près du lac deTibériade. Saint Pierre, saint Jacques-le-Majeur, Jean et André étaient non pas bateliers, mais pêcheurs ; saint Barthélémy était docteur en droit ; on ne sait ce qu'était saint Thomas : l'habitude fondée sur la tradition de le représenter avec une règle et une équerre ferait supposer qu'il était architecte ou ma^on; saint Jude, de qui l'on 6a^ très peu de chose, i5tait, ii ce qu'on croît, laboureur. Si vous voulez nousdire ce qu'étaient saint Jacqueste-Mineur, cousin de Jésus-Christ, saintPhilippc, Simon le CananéW, saint Mathias et même son prédécesseur Judas beariote, vous nons ferez plaisir , et l'Église sans doute ne sera pas fftchée de l'apprendre par la mémé occtisioB. — Us étaient bateliers , tout net! Cela itiit bien pour l'effet de style : Jésus-Christ a remis h. douze bate-
liera le Boin d'abattre les peuples et les rois au pied de sa
croix ! Très bien, jeune écolier de rhétorique ; fausseté, mou révérend Père! 11 n'est pas permis, pour obtenir un elïet de style, d'altérer l'histoire, fût-ce même l'histoire sainte. Oh 1 s'il s'a^saitde l'hiatoireprofone, d'Alexandre oude César, H. le curé serait plus scrupuleni; son amour-propre ne lui permettrait pas de compromettre si légèrement son érudition. Mata quand il ne s'agît que de l'Évangile!....
Après cela, il n'en sait peat-fitre pas davantage, Monsieur le caré, et ce n'est de sa part qu'une erreur. Depuis un temps , ces prëlres écrivassiers sont si occupés de notre affaire, qu'ils n'ont pas le loisir d'apprendre la leur. 11 n'y a pas six semaines, l'évéque de Chartres, dans un écrit public, dans une lettre à l'i^nivers, confondait le culte avec la religion. I! appelait la religion chrétienne le cuUe fondé par le fils adorable de Dieu. Monseigneur s'imagine peut-être que Jésus-Christ disait la messe? ce qui l'aura trompé, c'est ce titre de vicaire de Jésus-Christ donné au pape. Le sacristain d'Argenteuil abuse également, de ce mot culte. Il nous parle do culte de la Sainte- Robe. Le vendredi, nous dit-il, est le jour spécialement consacré au culte de la Sainte-Robe. Selon le vocabulaire de M. de Chartres, c'est la religion de la Sainte-Robe. C'est beaucoup de fonder une religion pour une relique fousse; passe pour un pèlerinage.
J'ai insisté sur cette première phrase, parce qu'elle montre tout de suite avec quelle méthode rigoureuse,
quelle coDEcience et quelle mesure d'expression procède l'abbé Yédrioe. ïl ne se dément pas dans tout le reste de son livre : Servetur ad imum.
Quand je vous citerai textuellement les injares pro' diguéesà l'État, à l'Université, à tout te genre humain, par te pieux et disert abbé Véiîrine, cela ne vous avancera guère : c'tist toujours la même chose ; cela devient monotone. Il y a quelques jolis mots, des traits de couplets par-ci par-là: l'Université, qui est la presse des matelots du carbonarisme excommunié par l'Église, YAlger du monopole ;\& liberté des cultes qualifiée dogme impie; lesélèvesen médecine Calilinas d'amphithéâtre, etc., etc. Mais, au total, c'est terne; un seul point distingue l'abbé Védrine de Etes devanciers. Ce n'est pas le françjits, c'est la francliise (1). La liberté d'enseigocment, dit-il, nous )a demandons en attendant ; mais nous n'en voulons pas ! pourqaoi ? parce que le privilège exclusif nous ap-
(I] II est convenu qu'on n'examine plus le style des Jésuites. Cos rùree dq sont pus FraDÇxis : ih écrivunl comme Ils pensent. Celat»cl Fuyant h plitlliude de l'abbË Dcegarels, se jette conltnueUementdEms l'emphase, daos une bouObsure romantique abondante en épilhèteB et en soléclemet ; — «Les prélala de relise qnl se sont par aventui-e tiwnia à ta iAb... » (P. 4D3.} En parlant de IDniTersitê : — a Son fondateur HapolSon Tonlait mettre ]a tiare sur sa ICtc (100). ■ — «Je ponrrafs montrer p'tuteur* orihograpkes d'un recteur qui no connaît n! ta langue ni mâme i'ortbi^phe. » (P. H7). — ■ Qu'un examine les Jeunes gens iduquét à sa manière qi^lle vene annuellement ilana Ici rangs de la société. ■ An lieu de songer à ouvrir dea écotcH, ces Hesalenrt ,ne Teralent pas mal de friquonter celles qui exiatent.
pnriient. Et il le prouve. N'est-il pas écrit dans l'Évan- 01e que Jésus dit à ses apâtres ite et dûceie omnes gmtet? Que signifie ce texte? La traduction jusqu'ici connue était: Allez, répandez ma religion par toute la terre. Voici celle de V-àhhé Védrine : « Ailoz, mc.i douze baloliers {non bacheliers), ouvrez des établissements d'instruction publique, et ouvrez-en seuls. Fondez eolléges royaux et collèges communaux, Toute diaire vous appartient : chaire évangélique, chaire de mathématiques, de piiysique, de rhétorique et de granmiuire; chaire de druil, chaire de médecine : ite eldocete, soyez professeurs. Les fonctionsdu mfoistèreeccIésiasU^eODt si peu de chosel elles prennent si peu de temps au prêtre que, avec ses heures de loisir, il peut suffire, et de reste, à l'enseignement des sciences profanes. C'est pourquoi, iteetdocete. Allez, et ceux qui vous contrediront, qui vous disputeront ce droit, ne manquez pas de les appeler ihpibs ! AGcaMez-]esd*in]ures,carjevous ai souvent raummandé d'être doux et humbles de cœur. Si vous ne pouvez les communier, vous pourrez toujours les excommunier. Emparez-vous à tout prix de l'instruction publique et de l'omuipotence temporelle , car je vous l'eî dit : mon royaume n'est pas de ce monde. Eu outre, vous amasserez de grandes richesses, et par là travaillerez à votre salut, puisqu'il est plus facile de faire passer un chameau ou un cÂble par le trou d'une aiguille qu'un riche par la porte du ciel, /te et (focete.
Vollilt comment l'entend l'abbé Védrine, rétabliBeant
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pour les évûq lies cL les curéâ ceqtio la révolution a détruit pour les rois. Nous aurons des professeurs par le droit divin, et tel petit abbé s'intitulera maitred'étadai par ia grâce de Dieu.
Je regrette que l'ahbé Védrine ait onbllé un autre texte de l'Évangile qui s'associe merveilleusement à celui sur lequel il fonde si solidement la prérogative cléricale par rapport à l'instruction publique) 0*681000101 du Sauveur: Sinite parvulos venire ad me : Laissez le$ pèiiU enfants venir à moi. Il est vrai qu'avec ce passage, on ne pourrait réclamer que les écoles primaires et les basses classes dans les coU^ea, tasdis que tto el doeek «nbrasse tout. Le second verset n'est cependant pas méprisable, et j'engage l'abbé Védrine à en fortifier la prochaine édition de sa ttiùsc. Il pourrait y joindre enuore ce précepte justificatif des envahisseurs d'héritages : Qui potest capere
On perdait le temps à disputer : ; a-t-il encore des jésuites Ceux qui réclament la liberté d'enseignement, est-ce Ijieu cela qu'ils veulent? ne veulent-ils pas plutôt, sous ce nom, arriver à un monopole bien plus réel, bien autnanent pernicieux que celai qu'ils attaquent dans rUoiversitâ'? L'abbé* Védrine met fin k toutes ces discussions;, il répudieles chicanes de mots, les dissimulations puériles, et répond catégoriquement : Oui, il y a des jésuites, nous sommes jésuites ; non, nous ne voulons pas la liberté d'aueignementï nwis ne pourrions l'aocepter qu'en attendsot, et comme aoe transition diuit noiu
nous chaînerions d'abréger la durée; ooi, ce que nous voulons, cequi nous appartient exclusivement et de droit divin, c'est ce monopole ou privilège exclusif de l'enseignement. Voilà notre ultimatum ; j'espère qu'il est clair et po8lUf.Partonsde l&eten avant!— Merci, M. lecaré. Rien n'est tel que des comptes en ordre: ils sont à moitié
L'abbé Védrine peut souffrir sans honte qu'on mette contre son autorité celle du cardinal de Richelieu. Dans son 7%i(amen(poIiA*9iM mal & propos rabaissé par Voltaire, le cardinal s'occupe de la question de renseignement public, de l'Université et des jésuites. Richelieu sort de sa tombe pour vous instruire. Écoutez-le :
« Une compagnie qui se gouverne plus qu'aucune autre n'a jamais &it par les lois de la prudence, et qui se donnant à Dieu sans se priver des choses du monde, vit dans une si parfaite correspondance qu'il semble qu'un même esprit anime tout son corps; une compagnie qui est soumise par un vœu d'otiéissance aveugle à un chef perpétuel, ne peut, suivant les lois d'une bonne politique, être beaucoup autorisée dans un État, auquel une communauté puissante doit être redontablë.
< S'il est vray, commeo'est une chose certaine, qu'on se piaistnaturellemeat à avancer ceu\ dont on a reçu les premières iostructions, et que les parents ont tonjours une particulière affection pour cem qui ont rendit ces offices i. leurs eatantB, i\ est vray aussy qu'on ne sauroit commettre rentière éducation des jeunes gena
aux jèsuitcR sans s'exposer i\ leur donner une puissance d'aatant plus suspecte aux Étate, que toutes les charges et les grades qui en donnent le maniement serolent enfin remplies de leurs disciples, et que cenx qui de bonne iieure ont pris un ascendant sur des esprits le retiennent quelquefois toute leur vie. »
Vous avez entendu ces mémorables paroles, qu'on dirait écrites hier, tant l'à-propos en est frappant! Le coup est d'autant plus fort que Richelieu est favorable aux jésuites et veut les ménager- Son système est de mettre en équilibre l'Université et les jésuites. Mais, pour bien juger la question, Richelieu, tout vaste génie qu'il était, manquait d'un élément que le bénéQce du temps nous a procuré. Nous avons deux cents ans d'expérience de plus que lui ; nous savons ce que sont les jésuites ; nous savons que le partage indiqué par le cardinal est impossible. Quand l'i/ntven répétait bypocri-. tement : tNous ne voulons en rien la ruine de lUnivcrsité î nous ne voulons que la libre concurrence ! » il savait parfaitement combien cette concurrence pourrait durer entre des gens sans intrigue et des gens qui ont à leura genoux les fiemmes, les vieillards et les mourants; qui, avec mille moyens de capter la contlance et l'argent, pourraient sans rien perdre donner l'instruction à un rabais considérable. Kssayez donc de lutter d'influence contre les maîtres du confessionnal ! Cette dernière considération n'avait pas échappé k la vue de Richelieu ; « Si l'on o^Joute» dtt-il, que l'admlnislration du sacrais
ment de pénitence donne à cette compagnie nue seconde autorité sur toutes sortes de personnes, qui n'est pas de moindre poids que la première; si l'on considère que^ par ces deax voyes, ils pénètrent les plus Becnts mou* vemrats des cœurs et des familles, il sera M^wsftAb A ne conclure pas qu'ils ne doivent pat étro sewb au mintstère en question. > (P. 145.)
Richelieu concluait qu'ils n'y doivent pas ètra seuls; des mêmes prémisses nous sommas, nous, forcé de condore qu'ils n'y doivent pas 6U9da tout, puisqu'ils n'y pourraient être autrement que seuls. Et quand Texpérience ne nous l'aurait pas appris^ ils le crient assez haut. Dieu leur a dit : 7fa et docete ; tout enseignement appartient donc aux prêtres ; l'État a usurpé le droit du clei^é pour en investir TUniversité. ' — « L'Université, dans sa sacrilège audace, a usurpé le domaine de l'instruction publique, d'où elle a exclu violemment le clergé, à qui il appartitnt d« droit dimn. » {Simple coup d'œil, p. 91.)
En vérité, l'on ne revient pas de cette imprudence ! (pour ne rien dire de l'impudence qui nous remet, en X843, À discuter le Mémoire de H. de Hontlosier). Les jésuites ne peuvent réussir que par de nombreux auxiliaires. Qui prélendent-ils gagner? les gens d'une piélé sincère et éclairée V Non, certes ! ceux-là sont en trop petit nombrOj d'ailleurs peu actifs. Les inibéciles et Ira calculateurs? Mais quels imbéciles assez inabéoiles pour n'y pas voir à cette clarté et demeurer dopes? Et
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les calculateurs, quelle estime feroDt-Ils des jésuites, «n les trouvant si inférieurs à leur antique réputation, en les voyant ecmmettre de si lourdes bévues contre les principes élémentaires de l'iatrigue? Qui donc viendra àeux ? A qui donc se recommandeot-ils et par quoi ?
Mais que fois-je? luseosiblement, je me suis laissé aller à prendre l'abbé Védrine au sérieux ! Pardon, M. le curé, pardon ! Votre charmante préface me remet dans la voie : le livre montre le prêtre déclamateur; la préface montre rhomme, le bonhomme quinous dit sans détour le secret de son ouvrage. Une question proposée dans les conférences diocésaines a été le texte de sou petit travail, qui d'abord n'était pas destiné à voir le jour.— « Kst-ce un livre que j'ai voulu faire? En vérité, je no « puis le dire... De toutes les Iblies qui travaillent au- <i juurd'hui la pauvre espèce humaine, la démangeaison « (l'écrire n'est pas une des moins répandues. L'esprit 0 court les rues dans notre bienheureux siècle de lumiè- « fes ! Tout le monde en a ou doit en avoir une dose rai- <i sonnable : de là cette multitude d'éorite-que la presse a vEd«i quotidiennement sur la société comme une pluia « d'orage. Plus que Junols
« ChsDiin b, ee mfiUer ■ Peut perdre impanéDient de l'eocre et da papier.
. « Ainsi que tant d'autres, j'ai sacriûé à la manie du « temps.
«Je me rangerai sans p^ne, ai l'on veut, parmi
t CCS téméraires gui publient toas les jours des £ad^- K ses qui, m sortant de chez le libraire^ s'en vont rapic ment
■ Habiller chei Franoœnr le poivre et I& cannelle, a
Quelle agréable légèreté ! quel ton d'exquise insouciance! Admirez le lion troùt de œt air délacht. Vous pensiez qu'en jetant un coup d'u'il sur les douleurs de l'Eglise, aux prises avec les tyrans des consciences et les vices du dix-nenvième siècle, M. l'abbé Védrine s'était ému ? Allons donc ! Qu'il avait écrit, pressé par l'inspiration, par sa conscience et le besoin de proclamer des vérités utiles? Eli ! non, non ! rien de tout cela ! M. l'abbé fait des libelles comme les marquis de Louis XV rimaient des bouquets à Cbloris ; les premiers à se moquer de leurs vers et h se persifler eux-mêmes, en pirouettant sur la pointe du pied. Quand M. le curé de Lupersac affirme, essaie de démontrer qu'il existe une sainte-alliance de tous les princes de l'Europe contre le cbristianisme, quand il compare la persécution religieuse du dix-neuvième siècle à celle des temps de Tibère, de Néron et de Julien l'Apostat; fadaises! il est tout prêt à en convenir. Ces prédictions d'une Saint-Bartbélemy prochaine, ramenée par les mariages dynastiques; ces personnalités atroces, ces injonctions de courir sus à la fllle de la franc maçonnerie, l'Uuiversilé; fadaises! Ces torrents de iarmes, ces clameurs funèbres, ces rugissements de douleur que l'abbé fuit éclater sur les ruines
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fumantes da sanctuaire; fadaises, vous dit-on, faddses! vous sentez bien que M. le curé n'en eroit pas ie premier iiioL ! Oii lui a pruposé celle matière d'amplitie^tioii dans une conférence diocésaine : il a composé; on a donné les places • il a été le premier ; on lui a arraché la promesse de publier son devoir pour la pTus grande gloire de saint Ignace : il le publie ; tV sacrifie à la manie du temps.— <( y ai fait une brocliure, vaille que vaille !... je livredonc ces pages à la discrétion du lecteur; c'est du reste sî peu de chose! » — Aimable modestie! aimable, oui ; mais sincère ? U. le cnré, on lè voit à son style, est nourri des œuvres d'un illustre littérateur : il copie de M. Hugo jusqri'à son dédain pour la critique et l'opinion des lecteurs : — « Comme je n'étais pas fort curieux de me ^re imprimer, je ne serai pas non plus fort sensible à la critique de ceux qui ne dédaigneront pas de me lire.» — D'après cela vous voyez avec quelle conviction profonde écrit M. l'abbé ! Il est parfaitement indifférent au résultat de sa brochure. C'est dans tes mêmes sentiments gne Bossuet écrivait sa polémique et \'Hi$ioire des variaUms. On ne peut rien de plus galant. M. le cnré est un maître d'escrime, une manière de spadassin ecclésiastique; s'il diffame et calomnie, c'est pour s'entretenir la main : il n'y attache pas d'autre importance. 11 ■est bon acteur; le voilà en çcène : il enfle sa voix, il décompose son vis^e ; il est tour à tour tendre, furieux, menaçant, pathétique :
IrrUat, mulea, faim lerroribus implei.
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Rentrez avec lui dans sa \ogey — je veux dire dans sa
sacristie. H essuie son rouge, repreod son air riant et alïuble eu reprenant son liabit de ville, et vons dit : N'est-ce pas que j'ai bien joué? Non, avouez-le : je vous ai Mt illaeiOD; je vous ai raaué, je vous ai peur 1 Fadaises, mon cher ; un peu de métier, voilà tout ! c'est un rôle qu'ils ont voulu me donner à notre dernière assemblée dramati(iiie. — C'est-à-dire à notre dernière conférence diocésaine. Ils ont voulu voir comment je ^'en tIrenUs. Pas trop mal, heiB?ie crois que j'^ ^goi la ga^ore?
Du reste, l'abbé Védrine ne veut pas qu'on cherche dans son écrit de couleur politique : « sa couleur est celle de la croix. » Quelle est la couleur de la croix? (£ci tire un peu sur le phâtust c'est ie d^ut général 4a cette composition : c'est doinmage, elle promet. On n'y sent nulle part l'imitation de Jésus-Christ, mais, en revanche, on y sent partout l'imitation de M. V. Hugo. Le» épiihètes colorées et colorantes y foisonnent, et d'autres épitbèteacuctvedontru&BgâeBtmofnslnnoMnt* moins chrétien, et dont, il font Is teconnattre^ l'auteur de I\'otre-Bame de Parit n'a pas fourni l'exemple aa curé de l.upersac : « Guizot, le protestant; L^ruque, le déiste; Poirson, le calomniateur impudent des papes; .Montalivet, l'tiomme sans croyance; l'iniame Strauss. > Ceux-ci sont « une in^ttn vermine; ceux-li sont les mirmidonsde falkéime, etc., etc., etc> » Le curé Védrine, grand artiste qu'il est, a compris que la couleur de la
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croiK ne safflrait peut-être pas pour justïQer ces petites licences. Il prévient l'objection : « Si quelquefois mes paroles sont âpres et acerbes, c'est que le mal qu'ellts signalent est grand — (Bossuet en avait à signaler un plos grand encore, «t n'a jamais emplc^ les ures), — et qn'un prfttre ne peat pas soitir foiblement les injures faites h un Dieu trois fois saint dçnt il est le ministre, tout en gardmt.p(mr hs pmmuM ta eharité de Jésus - (Arist.
Jolie charité, vraiment, et distinction ingénieuse! ■L'abbé Védrine rappelle souvent les papelards dé Rabelais. Cet abbé si habile à trouver des textes, que ne ae couvrait-il ici du verset : Irascimini et nolite peccareP Quant à venger les injures de DieUjCléante dit là-dessus quelques vêts qui vont droit à l'adresse du exaé ds Lapersac:
Des inlérCts du ciel pourqaoi vous chargei-voQH? Pour punir le coupable a-t-il besoin de noua? Latigdi-lul, taisscz-lui lo soin do bos TPngcani^fis ; Ne &oiige£ qu'au pardou qu'il prustrit dos oiTKiieeg,
t'uisons (oujours co quo lu ciel prcBixit,
El d'aucun autre solu ne uous troubluits rcj|ii'it.
Décidément, ce curé de Lupersae n'est pas encore 16 Sameon loyoliste : ce sera peut-être M. l'abbé Carie.
sn.
lA liberté d'enseignement cst-cHo une nécessité reliBleuse et
sociale?
PiirJ.-I'. Cable, doi^lcur en llitologic.
C'i^st uH lionime qui ïicul, avec douce niarùÈi'e, Do lu part de monneur Tarlute, pour aS'aire Dont vouB serei, dit-U, Uen aise. — II vouh faut Toir Ce que i^eat que cet homme et ce qu'il peut vouloir, HoufiBB.
Les lauriers de l'abbé Desgarets et de Tabbé Védrine interrompaient le sommeil de l'abbé Carie ; c'est pourquoi il a mis la main ù la plume ou la plume k la main. Nous espérons que, depuis qu'il a satisfait ce grand besoin, M. Carie a retrouvé le dormir. 11 serait trop dur de le supposer privé d'un bien qu'il procure si libéralement à tous ses lecteurs.
La brochure de l'abbé Carie n'est, au fond, que l'A'pilotne du libelle diffus de l'abbé Desgarets. C'est un Desgarets dans lequel on a soigneaseraent sarclé les noms propres; un Desgarets épluché de ses grossièretés et de ses personnalités les plus saillantes. On en a cependant laissé subsister quelques-unes contre MM. Micïielet, Quinet, et puisqu'il faut tout dire , contre votre très humble serviteur; mais elles soot asonymes. Tout le monde sauraàqui s'appliquent ces pusages ii^jnrieuxet difTamaloires, et la charité ne sera cepepdantpasouvertement blessée. L'abbé Carie entend le fia du métier : il
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y a pour cela de homm raisons que nous verrons tout à
l'heure.
Soa œuvre comprend vingt-et-un cliapitrcs, une préface et une conclusion. Le premier chapitre traite de la l^erlé ea général ; l'auteur y proclame l'inquisition • un moym de ISterU. » C'est une Idée très neuve. Bien entendu, il s'agit de l'inquisition religieuse, et non de l'inquisition politique, distinguons bien. L'abbé Carie a mis une note tout exprès pour prévenir cette confusion qui gâterait sa pensée, et ce aérait dommage 1 ^ < Quand je « défends l'inquisition, il est bien entendu qaeje ne « parle pas des inquisitions politiques comme celle de « l'hilippe II. » Voyez, ajoute-t-il, mon histoire de Savonarole. N on, non ! j'aime mieux le croire que d'y aller ■ voir.
Ayant une si juste idée de la liberté, il demande tout de suite la liberté d'enseignement, et voici son syllogisme en forme; « La presse est libre; mais la presse n'est-elle pas une chaire? alors pourquoi donner la liberté à un enseignement et la refuser à l'autre ?» (P. 6.) L'abbé Carie serait bien surpris si, lui faisant ^affront le plus sensible dans l'école, on lui niait sa majeure et lui rétorquait l'argument : Or la presse n'est pus libre; donc il n'y a pas de raison pour affranchir l'autre chaire. Hais ce sont là des billevesées scolastîques. Passons.
i^hapitro 2. De l'Université. — L'abbé Carie y établit, et il répète plusieurs fois dans le courant de son opus-
cule, que « le but de l'institution universitaire fut toujours de faire progresser la. science, » Nous engagerons modestement l'abbé Carie à progresser uu peu lui-même dans la connaissance de la langue ft^çaise. Du reste, nous sommes prËta à reconnaître qti'il possède é m degré peu commun le talent de parler sans rien dii%. On eherehe «e qu'il dit après qu'il a parlé. Il a des pages mtièreB qui sont de véritables ampliigouris, et ce sont toujours ces ampliigouris-là qui lui servent de points de départ, de majeures pour ses grandes conclusions. Par exemple : « On tend de plus en plus à se dépouiller rfe* formes externes du symbole humain, qui servit toujours d'élément aux corporations. » (P. 19.) « Sous voyons déjà les vieilles universités d'Ilalïe, d'Espagne, d'Allemagne, d'Angleterre, languir et s'éteindre faute de l'esprit antique et d'un milieu proportionné. » (fbid.) Si raid>éGarlee&tétéàla place du sphinx,guede tragédies perdues pour la postérité ! car il aurait mangé Œdipe.
Voici un dernier échantillon, afin qu'on sache bien à quoi s'en tenir sur le style et la lucidité habituelle de l'abbé Carie : — « Cet avenir qu'on ne peut pro- « ^étieer & la rtfiglon , parce que la vertu ne s'ao- •i quwrâ jamais que par un combat éternel contire des <t passions éternellement renaissantes, quoi qu'en disent « les deux voyants du collège de France, qui n'ont pas « assez étudié ce vieux mot de Montaigne : le monde est « une branioire pirennt; ou peut Jus^ti un certain « point) voirraurorBdecetavenirpourIa8cience.»(P.18<)
■ Pragreisu, Monsieur l'abbé, progresies vers l'aurore . d'un jargon moins imposant peuMtre potir les nigauds» mais moins antipathique an bon sens et & la grammaire.
Il noua apprend ensuite qu'an moment Franos « sortait à peine des étreintes sanglantes de Robea- « pierre, une corporation impossible se fondait, u (P. 30k) Bonnes gens, comment entendez-vous ce mot se fondait? Logiquement, il n'y a qu'un sens possible : cette corporation impossible s'en allait on détiquescence; elle se fondait, elle était fondue. Cela va tout seul. Eb bien , point du touti L'abbé Carie veut dire qu'elle était fimdée. C'est rUniversité. Aujourd'hui l'abbé Carie la voudrait f<mdue, et c'est pourquoi il a broché sa brochure.
Au chapitre suivant, il rapporte les lois qui ont établi l'Université» et tout d'un temps il déclare l'Université illégale;%u chapitre suivant. Il la déclare oppressive.
lit non seulement l'Université est illégale et oppressive, mais encore un chapitre, et elle se trouve de plus iiTélig^eose. Cda .se démontre par la chute de la Pologne : ■ Tout naturellement jo tourne mes n^rds vers le tombeau d'un grand peuple, catholique, et là j'y vois un tyran parricide de la liberté, qui, pour en finir avec la nationalité de la Pologne essenUellement liée à son catholicisme, vient de lui enlever «m enseiguement pour le transporter au sein de ion empire de violence. *
(P. 36.)— « L'Université ne cherche pas h se disculper de «on illégalité et par conséqafint de «m oppression matérielle, parce qu'elle est irréliglease. » {P. 45.)
Rfielicmcnt, ce patois soulùvf! un peu le cœur. Maïs le sljle n'est rieii; l'ii sont les pensées qu'il faut voir! Lisez le passage suivant, et dites-moi si rien déplus niais et de plus ridicalemeot passionné a jamais été écrit dans aucune langue ni dans aucon temps. Il s'agit de l'anmânierde collège, de cet aumônier dont H- de Bon^d et M. de Cliàlons veulent se servir pour mettre les collèges en interdit :
« On lai permet de parler quelques instants le dimanche, par forme de gatanferie, mais à condition que les élèves trépigneront du pied, que les maîtres s'agiteront sur leur chaise, hailleront, s'ennuieront. Il y a des institutions universitaires où tout le culte pubi îc se borne à une mësse basse, le dimanche, avec facnlté au prêtre de prêcher dix minutes fous les mois. Pendant ce temps bien court, les professeurs soMrteni entre eux et affectent de lire devant les élèves les xuvres tkéologiques de foltaire, jepense, ou de George Sand. » {P. 48.)
H parait très difQctle de pousser plus loin la haine fonatique, et, passez moi le mot, la bêtise. Quelles sont donc ces institutions où l'on met pour condition au sermon de l'aumônier que les élè\cs y trépigneront ? Où l'abbé Carie a-t-il vu les professeurs affecter de lire pendant le sermon, devant les élèves, les Œuvres théologigues de roltaire ou celles de George Sand, qui n'a
point fait d'ccuvres, tliéologifjiios? F.h quoi ! pour assiéger rijiiiversité, les jésuites en sont réduits à rorf^cr (!(! telles aimos, et l'abLé (larlc est rAchiile de la com pagn ie !
II nous fait l'honneur de nous calomnier aussi. H faut bien reconnaître ces bontés; c'est pourquoi nous espérons que le lecteur nous pardonnera de l'occuper un Instant de nous-mêmes. C'est un cas de force majeure et de légitime défense.
Voici d'abord le texte de l'abbé Carie :
« — Lésons de leur plus pur libéralisme se résume dans ce^ paroles sauvages d'un organe de la presse soidisaDL'4émocratiqtie, parce qu'il est cruel : « Pour les catholîqaes, c'est-à-dire pour l'immense majorité des Français, l'exclusion. » (P. 27.)
En supposant un homme ass(7. imbécile pour penser ce que M. Carie nous fait dire, il est difficile de croire que cet homme port&t l'ineptie jusqu'à l'écrire ; plus difficile encore qu'il se trouvftt nii journal capable d'imprimer qu'il faut exclure de France l'immense majorité des Français. Cela est stupide; mais quoi! M. l'iibbé Carie a mis des guillemets; ainsi, il n'y a pas moyen de douter qu'il cite littéralement. D'ailleurs , comment oser soupçounerde mensonge un si vénérable ecclésiastique! un jésuite! ah!
Voici cependant le texte du National. C'est dans un article du mois de mai 1843, sur le libelle des jésuites signé par le chanoine Desgarete, et intitulé le Monopole universUaire ;
— • Ces gens qai s'affichent avec tant d'éclat sont sous
le coup d'un arrêt de iKiniiissement qui n'a jamais été riîvoqué. Que réclamez-vous? laliberlé?On ne vous doit, àvQtu, que l'expulsion : c'est tout ce que vous pouvez prétendre ea vertu âe la loi ; car let jetut^fi^ etc. . . >
11 n'y avait pas moyen de s'y tromper : les catholiques de'*France n'ont jamais été frappés, que je sache, d'un arrfet de bannissement. D'ailleurs, les jésuites sont nommés avant ce passage; ilssootnonimésaprès. Lors donc que l'abbé Carie cite, en les sttribuai^t au ^athnal^ des paroles que le Natimal n'a jamais écrites, nous avons le droit de lui dire, et nous lui disons : M. l'abbé, vous Êtes un imposteur.
Au surplus, c'est la fâcheuse extrémité où sont réduits vos pareils, de ne pouvoir nous diffamer qu'à la condition de commencer par nous calomnier, et de quel ton et de quel style !
, Tout le monde a lu, dans la Hevue des Deux-Mondes, deux lettres de M. Libri sur les jésuites.Voici comment s'exprime h ce sujet le pieux abbé Carlo : « D'où vient donc à l'épiscopat ce coup de pied de i'âne ? pourquoi at-il laissé tomber sur la vieille splendeur celte sale et grossière jiarolc P « (P. 121.) El plus loin l'alihê Carie revient sur ces deux lettres, et se permet contre les évèques eux-mêmes une insinuation de vénalité de conscience : « Que sVsl-tl donc p^ué à leur ruminatum poor qu'ils n'aient pas élevé kur'xoix d'iviques contre cette orgueilleuse Jtevue des Deuxrjaonde$, organe du
gouvernement qui les a faits, où an dégoûtant écrivain demandait, au nom de la morale publique, que l'Université fat chargée de les surveiller dans les séminaires, comme si les évèques en eussent \ été incapables ? » (P. 160.)
Et l'abbé Carie s'écrie dans sa préf^ : • Je ne hais personne, et Dieu m'est témoin que je me sacrifierais pour le bien général. » Quelle ardeur de charité ! 0 prêtre de l'ËTangtle, si vous vous exprimez ^nsi ne haïssant pas, en quels termes parleriez-vous donc de ceux que vous haïriez?
Il est bon de voir.l'opinion de M. Carie sur la capacité desévfl^aes en ce qui touche la surveillance des séminaires : « On peut affirmer, sans crainte d'être démenti, que l'enseignement de la théologie est nul en France. ■ (P. 179.) — a Jja. th^logie ainsi enseignée devient inutile; elle est dangereuse, i» (P. 178. } — « La théologie mal enseignée est le moyen le plus efficace four détruire et renverser la foi. i ( P. 180. ) Ou les évëques ne comprennent pas le mal qu'ils laissent foire, et alors ils sont incapables ; ou bien ils le comprennent , et alors ils en sont complices , peut-être en vertu de ee qui l'est passé à leur nomination. Dans tous les cas, selon l'abbé Carie lui-même, ce sont les évêques qui travaillent le plus efficacement à renverser la foi- Mais peat-oa en vouloir sérieusement à un pauvre bomme qui perd la tête, qui ne sait où il va , ni ne sait ce qu'il veut, à tel point que> ayant avancé formellement
une proposition , il alilnne au revers de la page la prOr' position directement contraire ? Exemple :
— « Je n'afilrpie pas que tous les membres de l'Uoi- « versité soient irrclii^ieux ou ignorants des dogmes ca- « tlioliqiics. S'il en était ainsi elle n'existerait déjà plus, « car, etc. » (P. 34.)
— « Les professeurs de lettres (de l'Université) interprètent, sanctionnent les préceptes païens... oans tous ignorance profonde dex connaissances les plus élémentaires de la religion ; dans quelques-uns , une haine féroce! » (P. -19.)
Il n'y a de féroce dans cette affaire que le faqatïsme diffamateur de l'abbé Carie.
Quelqa'un avait dit à la Chambre, avec autant de justesse que de bonheur dans l'expression : l'Université, cVst l'État enseignant. L'abbé èarle répond : « )l répugne que l'État puisse enseigner, n {P. .W. ) Mettes, monsieur l'abbé, il me répugne ou Wnous répugne que l'État puisse enseigner, vous serez dans le vrai et vausparlerez français.
Dans le chapitre que V Université démoralise la jeunesse, l'abbé Carie demande si « ces paroles obscènes , ces maîtres presque tous mondains, ces livres corrupteurs qui circulent partout dans les collèges, ces spectacles dissolus où l'Université mène en masse ses élèves ne terniront paslacandeur de la jeunesse. » (P. 74.) Encore une fois, ce sont ici toutes fleurs écloaes dans le jardin de l'imaginaUon de l'abbé Carie. Je ne veux pas , dit-il,
soulever le voile qui couvre des myslêreBimmondet au sein de l'VniversUâ. Et si quelqu'un s'avisait de lui répondre : Je neveux pas> moi, soulever le voile qui cache (les mystères immondes au sein (Ips séminaires, qii'cst-cc que cela prouverait? cela prouviuait-il fin'il existe, soil dans rUniverMté, soit dans les séminaires, des mystères immondes? nullement. Çuod gratis asseritur gratis negatur ; pour une assertion gratuite une dénégation gratuite. La tournure si joliment employée par M. l'abbé est ce qu'on appelle au collège une prétérilion ou une prélermission ; c'est une fleur de rhétorique. Ornez-en , monsieur l'abbé , la bootonnière de votre soutane.
Quel est l'enseignemtiEt de l'Université ? L'abbé Cafle se fait cette question, et lise répond : Stérile. — «Qu'on demande à l'Université, depuis plus de trente ans qu'elle enseigne les lettres, quels sontleshommes qu'ellcaproduits d'un géoleoriginal. Ch&teaubriand, Lamennais, Béranger, Lamartine lui appartiennent-ils? » (P. 89.) Sans doutel Si rUniversilé avait produit l'auteur du Dieu des bonnet geru, des Missionnaires , du Son Dieu à la fent(re , du Mmrquis de Carabas , le chantre de Lisette , des amours ^t du bon vin , ah ! ce serait bien difTérent ! Vabbé Carie serait désarmé ; il pardonnerait sur-lechamp à l'Université ; il ne la trouverait plus illégale , ni oppressive, ni irréligieuse. Si seulement elle avait donnéà la France et à l'Kglise M. de Lamennais ! car on ne saurait croire combien l'abbé Carie apprécicM. de mennais. Tenez, voyez seulement à la page 179, en note :
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« Un sulpicien , se cactiaaL sous le voile de l'anonyme, n'apasrougi de mUtccuser de Lamennaisianitmei » Voilà un sulpicien bien impudent , et un logicien bien conséquent !
Nous n'en sommes qu'au chapitre XII , et soudain l'abbé Carie cbangede thèse: il passe à la situation de l'Église et du clergé, et pendant les neuf dbapitres suivants, il ne s'occupe plus d'autre chose.
Vous avez cru que tout le mal en France venait de l'Université? L'abbé Carie vous l'a suffisamment démontré. A présenf, il va vous démontrer le contraire : « L'oppression de l'Université (1) dérive d'un esclavage qui s'exerce en plus haut lieu ; je'veux parler de l'Église. > [P. 105.) — « Je le crois bien sincèrement : le mal le pins grand ne germe pat dans V Université comme dans sa cause : la plaie de notre France , c'est celle qui est engendrée par le monopole des séminaires (2). »
1 Si .) < Les directeurs des séminaires sont généralement santexpirieneeet sans science- ■ (Ibid.) Écoutez ces aveux précieux à enregistrer : — « Ce mode d'éducation, qu'a-t-il produit ? Depuis que les séminaires existent, ils n'ont pas formé un seul savant , pas un seul saint l { C'est l'abbé Carie qui souligne.) » ( P. 182. ) 11 parait que l'enseignement ecclésiastique n'est pas plus fécond
(1) 11 Tcut (llrn eiercéo par l'UnivcrsilS,
que ce soit une [iluimo (lirigi'c coiilru Sainl-Sulpico ou cgnlre l'èplscopnt de France, multrcs absolus des g^mlDalrcs.
que l'enseignement universitaire. Vient ensuite une longue et vigoaretue tirade contre Saint-Sulpice , dont Fespritinspirepresquetous lesauk-es séminaires^ (p. 185), et où les professeurs n'ont aucun (a/ert(, ne préscnlent aucune des conditions requises pour enseigner d'une manière utile et fructueuse. Voilà pourquoi la sainte théologie, que l'abbé Carie aime d'amour, nHn^epluê la littérature et ne résout pas les questions difficiles du soeialime. (P. 185.)
Nous ne suivrons pas l'abbc (larle dans le nouveau labyrinthe où il s'enfonce. Il traite le clergé comme jamais nous n'avions OBé le flaire dans les arlicles où nous avon a touché la même matière, c 'Aujourd'hui l'on croirait que le sacerdoce est au rabais , qu'on Je donne à ceux qui en offrent le moins ; — de là il arrive fréquemment que les places sont données de préférence aux plus soumis , je dirais aux plus hypoçrUes, aux infimes déla~ teurs. » (P. 169. ) Il s'élève contre « le matérialitme de fadministration ecclésiastique, symptôme le plus Certain de la perte de l'esprit religieux en France. » Cela est affligeant mais du moins on voit que l'Université n'eât ni la seule fli hl plus coupable des malheurs de la relîgiw. '
I.e chapitre des onfr» religieux est consacré à l'élo^è des jésuites. On y apprend officiellement ce que l'on n'avait pas attendu jusqu'alors h reconnaître , que l'abbé Cftfleest jésuite: *JVous-autres uI/romofiMàtf ,éit-il, noua ne regarderons jamais l'approballon du gouverne-
ment comme nécessaire pour mettre les bulles du pape en cxéciilion chez nous. » (P. 197. } El il commence sa préface par s'écrier : Je suis Français !... il est bon de nous en prévenir , car on ne s'en fût pas douté. Il est Fran{ata et ultramontain à la foi^. Celle contn^ictioD est une des moindres de celles qui remplissent la singulière brochure de l'abbé Carle^
n dît encore : < La morale des jésuites peut être vraie dans la pratique, dans la spéculation elle deviendrait dangereuse. » (P. 198.) Ainsi tous les vices et les crimes gui sortent du probabîlisme, et autres doctrines flagellées dans les Provinciales, le mensonge, le \o], l'adultère, le meurtre, etc., sont excusables dans la prti~ tique i il n'y a de danger que dans la théorie^ dans la ^êcuUUionl
Et toul-à-coup : — « 11 fout donc regarder comme un
malheur l'influence que les jésuites exercent sur le double euscignemeiil de la théologie en France, a Vous attendiez-ïoua à cette conclusion? la logique de l'abbé Carie n'en Tait pas d'autres.
U est, comme vôus l'avez vu, Irès mécontent de l'Université, encore plus mécontent du clergé; mécontent des cslléges et des séminaires ; de l'iïtat « qui donne rexemflle de transgresser le repos du saint dimanche, • des professeurs, desévèques, des journaux, des jésuites, de tout et de tous. Quelque part qu'il adresse ses regards, il ne voU qu'ignorance, irréligion, démoralisation ; et pour résumer sa pensée, voici comment il s'exprime
danB le chapitre intitulé Conctuiùm (c*est> grâce à Dieu, le dernier !)
« Nous croyons volontiers, avec un des plus saints personnages de notre temps, que jamais le monde n'a éiS moias 'mauvais gu'aujounf Auî, et qu'& aucune époque l'Église n'a compté tant de vertus ! » {P. 200.) — Eh! monsieur l'abbé, que diable demandez-vous donc? Que voulez-vous donc réformer? Ne savez- vous pas le vieux refrain : Sommes-nous bien, knms-nous-y ? Je vous demande pardon de citer des chansons à un grand théologien comme vous, mais c'est que cette' chanson renferme plus de bon sens et de logique que toute votre brochure. Pourquoi cette diatribe contre Saint-Sulpice, son influence pernicieuse et la nullité complète de son enseignement, si vous vouliez conclure par son éloge ? Vous vous plaignez de voir l'Église sans appui dans la presse, et tout de suite vous menacez de son indignation ceux qui se mêlent de la défendre sans en être chargés : — « Qu'on se défie surtout grandement de ces néo-catholiques, jeunes avortons de la liUéralure, qui se donnent pour passe-temps la déftmse du catholidsme, et que l'on Voit presque toujours chercher la récompense de leurs travaux dans un bon mariage. » (P. 203.) Ceci est à l'adresse de vos confrères les jésuites. Déflons-nous d'eux et de leurs jeunes avortons; je ne prêche autre chose. Ici nous sommes, enfin, parfaitement d'accord.
De peur de nous brouiller de nouveau, je ne veux
plas jeter les yeux snr voa Tlngt-et-un chapitres ; je ne dirai plus qu'an mot de la préface, et c'est poor toqs eODgrataler sur on poiat et tous sstfiifitlrti aor an autre.
« J'ai conquis, dites-vons un peu pompeaSemrat, fai conquis riadépendaDce de ma pensée et de ma parole. » Je ne vous demande pas sur qui tous avez opéré cette brillante conquête, suffit que vous en êtes enchanté- CMa prouve votre sagesse. Le sage se contente de peu,
— t Dans de telles circonstances, même sans talent^ pourquoi moi aussi ne parlerais-je pas ?» — Pourqof^î on pourrait vous en donner cent raisons excellentes. Je me borne à une seule et je l'emprunte au roi Salomon, qui grand clerc estoit, comme savez. C'est que, avec ou sans talent, silere utile est. (Prov. 17, 26t>SI vous eusaiei progressé on peu davantage date eâtt&sckoiee n^Ii, TOUS eussiez snpprhné vo^broebtfre et du ménw eopp mon chapitre; c'eût été pour tout le monde un bénéfice clair.
Mais pourquoi s'être occupé de l'abbé Carie? c'fflt que l'abbé Carie est u«e cte» fortes' Htes M dee meilleares phimes de son pafti.-
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