CHAPITRE V
TOLÉIUna! DU GOtirEBKEMBIIT roUGSfiB JtlSQD^ LA tAIBLBSSB.
SI"
Devant tant de grossièreté, de virulence et de calomnies , l'Université se taisait. Elle fut patiente parce qa*^ » semait Sotte. Elle se taisait fc l'eiempie de son chef qai seul pent-ëtre A'auTait paff eu le droit de se taire. M. le ministre de l'instractîon pnblique écrit aux évëques des circuîairei poKei, c'est VUniveri .gui le dit avec un ton qaelque pen raillear. Ootc^natt FombrageuB^ susceptibilité et les exigences bantaines de VVnwers^ et pour gu'jl trouve ces circulaires poliet, ne i^ut-il pas qu'elles soient quelque chose de plus? Que manquait-il à M. le ministre pour écrire d'one manié|^ qui, satishisant rcioras V Vhi- .ven, eût aetisfait davantage l'Université? Ce ne sont pas assvrtoientles raisoDs, bI sans doute la bcmne volont^; mais ce %vCQn décore do nom de prudence, le sentiment d'une timidité supérieure,. loi fermait la bouche ; aos^
en voyant d'une part tant d'outrages, de l'autre tant de liaLience, un journal s'écria-t-il avec raison ; les saints sont dans V Université !
Cependant les saints du parti jésuite, enhardis par une impunité sur laquelle au début de cette querelle Us n'auraient jamais «sé compter. De «onnaisaaient plus de Lornes. Car non seulement ils étaient impunis, mais loin des regards du public on travaillait sourdement à les apaiser, à les gagner. L'émulation des succès de U. de Chartres avait précipité sur leur écritoire une douzaine de prélats. A Lapgres, à Chftions, k Périgueux, à Perpignan, à Lyon, les évèques s'étaient mis à griffonner sur la liberté d'enseignement et les abominations universitaires. Chacun d'eux p^^'lait toujours au nom des père» de Itunille et de mllUont de'Français. Les tffinte millions de Français et les pères de Emilie dolents étaient éclos un beau matin sous la plume de M. de Chartres; aussi les portait-il constamment sur le haut de cette plume, aQn qu'on ne les perdit pas de vue. Hais ce que personoe ne modira jamais, ni H. de dartres, ni les autres, c'est le mandat signé des pères de famille et des trente millions susdits. Ala vérité le ministre de l'instruction publique ne le montra pas davantage; mais il en produisit l'équivalent en faisant voir par des relevés inattaquables que depuis un an, et malgré les noires diffamations du clergé, le nombre des élèves dans les collèges de l'État dépassait de huit cents le chiffre des années précédentes. La rage des assiégeants
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croissait avec le calme des aBsiégés. On avait beau distribuer aux évêques des croix d'honneur émollientes, de petits tableaux, iéuitifs, des circulaires anodines de M. Martin, de l'argent même, leur faire toutes les conceesiODS, leur accorder toutes les ibveara possibles (1), n^ocier avec Rome le rétablissement de !a grande anmônerie, rien n'opérait; tous les sédatifs semblaient se changer en stimulants. Le clergé acceptait tout, demandât davantage et ne rabattait rien de ses prétentions. Enfin l'unique bénéfice que le pouvoir recueillit de sa diplomatie, ce fût d'être raillé par ceux qn'il avait cru désarmer.
L'organe officiel du parti, VUnivers, redoublait ses accusations contre l'Université avec la verve insolente âTon triomphe anticipé : cLUniversité ne s'applaudit « nullement, et nous le savons très bien, de la polémi- « que où nous l'avons eng^ée, et où elle a fait ces grands « fracas. On y a vu trois choses qu'elle avait intérêt à « cacher : sa pensée, son pouvoir, sa faiblesse. Sa pen- « sée, qui est radicalement hostile à la religion catho- « lique, hostile jusqu'à la calomnie la plus logeuse <c dans le journal aniversitaire par excellence [les Sé-
(1) Du grand nombre de courenle, notamment de la congrfgation du Surfr-Cffinr, JoalBsent d'une exemption illégale de t'impât (Vojez Journal de la tiberti nligieiue, tome II, n" 9). Les journaux ont dit 1 quelle condition H. de Bonatd, loujoora en tournée paslorale lorsqu'un prince (depuis 1S30) (hsMlt & Lyon, a consenti celte annie à se trodver au passage du due de Nemours.
tbais), hostile jasqu'ao délire dans les cours de
« MM. Michelet et Quinet, hostile jusqu'à la plus saa~ « vage violence dans le National, hostile jusqu'à l'Inep- « tie dans le Cmstitutionnet. Son pouvoir, qui lui as- « servit l'État, Ht presse, les OiambraB} qui luî permet •: de faire attaquer la religion où il lal platt, quand 11 « lui plalt, comme il lui plaît : aujourd'hui à propos «d'histoire, demain à propos de littérature, aprèsa demain à propos d'économie politique; ouvertemmt c dans les fiacultés^ par rélo^aenee des hwtts profes^ ' senrs; à htue-elos dans tes collèges par rînsolenee des « régents; hrutalement dans les villages par l'ignorance 0 des maîtres d'école. »
M. Cousin, dont les doctrines avaient malheureuse" ment servi de prétexte & tout ce vacBrara, crut Mm merveilles en multipliant les actes de foi et de sotmdssion, en sacrifiant le droit de libro examen sans lequel la pliilosopliie Cfissi; d'existur. 1! alla jusqu'à se porter garant devant la Chambre des pairs, qu'à l'heure où il parlait, aocon professeur, dans waa chaire de philoao» phie, ne faisait entendre aucune parole qui ne fût orthodoxe au catholicisme. VVnivers sut tourner encore cette assuraneo contre l'Université :
« Nous l'avions accusée d'impiété; elle a voulu s'en a défendre, elle n'a parlé que pour con0rmer ceat fois ■ nos assertions. >^iiiement MM. Cousin et VHlemaiDj a abusant des hautes positions qii'its occupent, se sont « portés garants de son orthodoxie, et nous ont traités
« deeakmiDiatfars.... On a lai^^entvn ceqo'ilfîiul
« penser de cette foi universitaire qui se déclarait, au « nom de l'État, protestante, juive, manicliéeane, pan- « théiste, tout, excepté catholique, par la voix de < U. Quioet, taaàîa Qae par celle de H. Hichelet elle se
. « Hvrait aox rdvéries de je ne sais quel illamiDisme « pétii de la qnîntessence de toutes les liérésies. M. Cou- « aia s'est tu après ses serments à la Cliamhre des pairs, € H. VHlemain apiés ses promesses à la Chambre des* «4épotéB^ k> Journal dm JOAaitf dans une sorte de
- K torpear^ digère le Compmdium, dont plus d'an artic rie IdI demeure bien avant au gosier; M. Michelet « Tient de disparaître après un accès de fièvre, dans le « Buage de sa dernière- leçon ; M. (^inet ^apprête A \ i^kmiur tur. im «r ntmmt; le souvenir
« de U. Libri commence à se perdre dans la nuit des « temps. Nous pourrions peut-être, sans trop de fatuité»
* dire qu'on nous demande une trêve, et qu'au besoin
• on nous offrirait la paix. « (7 juin 1843.) Jusqu'ici l'on s'était contenté de l'outrage; on l'avait
porté jusqu'au dernier degré, il était impossible d'aller plus loin ; on commença d'y joindre la menace. L'incroyable faiblesse du pouvoir autorisait tout, bien plus favorable que n'eût éte une sympathie déclarée, mais sage %t circonspecte. A partir de ce moment, les jésuites parlent en mitres, et en maîtres résolus à ch&tier ;
« iVous fie consentirons ni paix ni trêve. Première- « ment, sons avons certains mmptes à régler avec quel-
« que»-UD8 de ces messieurs universitains.... Seconde- <t ment, nous tenons en réserve bon nombre de textes » inédits, que nous avons besoin dWrir à ceux qui ne « craignent pas de noua traiter de csdamniateurs, quand « nous valons, la bouche et les mafos pleines de vérités, « humilier le monopole de son illégalité, de sa tyrannie
■ et de son impiété. Troisièmement, il faut, nous y « lotnmea résolus, que ceci devienne une affaire, et une « groste affaire.... Le combat plutôt que laprisonl Lors-
< que nous serons vaincus, il conviendca ââ^tiïnte%
< Mais que l'Université nous garrotte épuisés de Me»-
■ sures au milieu du champ dQ Itttàille, et non pas dans « le sommeil inf&me de Samson, la tête sur les genoux « de ceUe vieille impitdique gui ne trafiquera, ne sourira « et ne se fardera jamais qu'au profit de ses Pkiliitihs. f (7 juin 1843.)
Nous sommes satisfoits, ajoutait le même journal, du terrain que nous avons gagné. — Je le crois , autrement vous seriez bien tliffîciles ! Et après avoir déclaré que le gouvernement n'aurait que raltenuLtive ou de sabir les jésuites ou de les expulser : vil peut dès aujourd'hui « méditer sur les deux moyens qu'on lui propose, et si « c'est trop de travail pour lui de clierche? quel serait le « plus juste, ilpeut considérer quel sera le plus aité. *
C'est la lice de La Fontaine :
Je Buis prSIe à «irUr avee tonte ma bmia, SI vous pouvez nous mettre hOra.
Ses poUla ulalcnt rorls.
11 n'y a peut'èire pas dans l'histoire un seul exemple dt'UD aussi violent défi. II fallait pour noua l'attirer foire la révolution de Juillet. Aussi c'est exprès ,pour cola qu'elle ;i été faite.
Le gouveniuriient répondit encore par une humble distribution de croix d'honneur. En vérité, elles n'étaient pas gagnées, car, en admettant qu'il eût fallu du coun^ pour entamer cette guerre, il n'en fïillait plus pour la continuer au point où elle était parvenue, ayant pour auxiliaires M. Guizot et M. Martin. Un seul trait fera juger sî le cabinet mérite d'être appelé complice du parti jésuite : pendant longtemps les articles les plus violents de Vlfnivers éiaimt notoirement rédigés dans lœ bureaux du ministère de l'Intérieur.
Aussi r Univers considère-t-il sa cause comme gitgnée et l'Université comme abattue à ses pieds. Ce journal qui, pendant deux années, avait prétendu ne vouloir que la libre concurrence et non la destruction de l'Université, rejette aujounrhiii toute dissimulation, désormais inutile, et s'écrie avoc l'ivresse <iu triomphe ;
« L'Université est impie, et c'est pour cela que nous « conkmploru avec joie le tp^ctadt qm'elle nous offre à « cette heure. Nous ravms attendu longtemps, nous Faf vans provoqué de tous nos efforts, nous sommes satis- « faits. * (14 mai 1843.)
A ^ij^t d'injures, à ces odieuses provocations, quelle est lii réponse de l'Université? toujours le même profond silence. La ragedo VUnivers semble s'en accroître; a le
lire, on diraU que le clergé éprouve des résistances prodigieuses, et subit de la part de rUniversité toutes violences auxquelles elle est en butte dë la part des jésuites. L'Univers, tout A l'iietire, il se déclarait satisfait; à prcsetil il nn l'est plus. Ses amis n'ont pourtant reçu que de nouvelles faveurs; n'importe, il est furibond. Ses menaeea prennent le caractè^ et le style lyrique :
« Les premiers pasteurs traiteront en princes de I*Ë- «glise les affaires de l'ERlise; ils traîneront l'iniquité 0 en une telle lumière, qu'il n'y aura qu'un cri parmi < les honnêtes gens contre les oppresseurs de la con- • science catholique. Quelque mltle tnugi»setnentbtas~ « phêmaloire qui réponde û et coup de tonnerre, nonB « appelons de toute l'énergEe de notre fini en DléoeilSt « la loyauté de Fnuic6,Ie jour où il retentira. > {tû janvier 1844) (1).
Quia mugi? qui a blasphémé jusqu'à présent? l'CTn»vwi aura pris pour la voix de l'Université Téchodeses prc^res paroles. Au sein du Collège de France, nulle
{!) Dans ce mGme naméro se Ironve un aiiide fiilmtiiant, de trois colonnet, conlre le malrode Sens, M. Parenl.qui, pour rechercher des abUB Hignaléa parle bndt ]BiMic, s'est fett ouvrir d'aulortté leiportcs du couvent du Bon-Pasieur. Le ga<nt Journaliste s'emporte contre rirrévéretid magistral jusqu'à ^crire qu'on aurnil dfi k jeter par la feiiéire. — "te. siirlondfimnm ih celle visilc, <iu'iiii tiiiriiU pu /({inkment abré/jer en lejeiant pat la fcnlfife, M. Parent, Hi'. n II faiil fsptrer que le conseil u'cn sera pas perdu et sera apiiliqué i la procliaine occasion. Supposcï cependant qu'il eût élÉ donné par un jburnol do l'qppositlon, et dilcs s'il eût passé inaperçu du gouvernement? Remarque! Ugalmeni; les jésuites InvoqucnL loujoura la légalités
part ailleurs, deux professeurs ont eu la témérité inouïe de se (Mfendre GODtre les arrogants prot^s de M. Martin^ deux pour toale lUalTersIté, deux, pas davantage.
MM. Michelet et Quinet prirent le rôle que désertait le pouVoir.
Hais les jésuites n'étaient pas gens à souffrir qu'on osât lear répondre et parler d'eux autrement qu'avec un profond respect. De la brutalité en paroles, ils voulurent passer à la brutalité en actions. Ils se portèrent en foule au Collège de France pour étouITer, par la force matérielle, le droit de discussion qui appartient à tout monde, surloatà l'historien et au philosophe. Là, ne traitant plus avec un pouvoir pusiltaniniej mais avec un public sincère sans ménaçRment, ils rencontrèrent la prouve de l'aversion profonde qu'ils inspirent, aversion instinctive ou raisonnée, mais vivace et insurmontable. Qu'onMls obteuuNaa haées de l'aodltolre^nae démonstration unanime de la presse centre eux, tant & Paris qu'en province ; ils ont fait retentir dans toute l'Europe des paroles destinées à mourir dans l'enceinte du Col- ' làge de France; ils ont obligé MM. Michelet et Quinet ii imprimer leurs leçons, dont plusieurs éditions ont été enlevée en un mois; ils 'ont déterminé un libraire, M. Paulin, à réimprimer leurs Cons/fft/ïions, devenues fort rares, et sur lesquelles chacun voudra les juger. V.n , im mot, ils ont fïiit pénétrer la lumière du soleil et le regard du public dans le secret de leur intérieur ; et , par dessus le mardié, l'arctteveque de ParIs n'a -pu se dis-
penser de blâmer pubticiuemoat leur conduite. Les voilà bieaavancés!— Nous avons assez longoement exposé les attaques pour qu'il nous soit permis de consacrer qadques pages à ta défense.
Sn.
Dti JitaUn, par MH. BQohelet et Qatnet. — ta Omtitutitm de saiDt Ignace de Loypla.
I.e volume de MM. Michelet et Quiaet contient douze levons, six de chacun, précédées d'une introductiou où sont exposées des vues générales sur 1» situation actuelle. M- Hichelet ne donne que le canevas substantiel de ECS brillantes et chaleureuses improvisations; M. Quinel (lui, pour fermer tout chemin à la chicaae (îajis la discussion d'un tente incertain, avait pris la précautioo d'écrire, reproduit ses levons littéralement in extetao. Tant pis pour les jésuites, mais tant mieux pour ceux fjui aiment l'éloquence appuyée sur la logique. Le talent des deux célùbres professeurs est assez haut dans l'opinion publique pour me dispenser de louer la forme; je ne m'arrêterai qn'ao Amd.
Un des points que H. Mlehelet s'attache à faire ressortir dans le jésuitisme, c'est ce machinisme moral qui tend à anéantir la volonté individuetle, à faire de l'homme un cadavra, un bâton dans la main d'un vieillard. — « Ignace de Loyola comprit la religion comme une machine de guerre; la morale comme une mécanique. Ses
fameux exertim sont un manuel de lactiiint! religieuse où la milice monasliqtic se dresse à certains mouvements. Il y donne des procédés matériels pour produire ces élans du cœur qu'on avait toujours laissés à la libre inspiration : Ui, l'on prie; là, on rêve; pnia on pleure, etc. »
J'ouvre le volume des Constitutions auxquelles sont joints les JSxercices, et j'y trouve, p. 4-12, le passage auquel M. Michelet fait allusion. Voici donc, selon saint Ignactv Je moyen de s'acliemioer & la sainteté. Jt est un peu bizarre :
« r Tracer sur on papier des lignes de différentes grandeurs, qui répondent à îa grandeur despensêes;
« 2" S'enfermer dans une chambre dont les fenêtres soient h demi closes...;
« 5** S'écbapper en exclamations ;
«G" Dans la contemplation de l'enfer, laquelle comprend deux préludes, cinq et «n colloque, se figurer le lieu de la scène, en se représentant par Timagination l'enfer dans sa largeur, sa longueur et sa profondeur.
■ Le premier point consiste à voir en imagination les vastes fournaises de l'enfer et les âmes enfermées' dans des corps ignés comme dans des prisons ;
« Le second, à entendre en imagination les gémissements, les cris, les hurlements et les hlasphèmes contre le .Christ et les sunts qui s'échappent de ce Heu ;
i Le troisième, à sentir la famés, le soufre, les exhalai*
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sons infectes d'une sentine d'immondices etâepODiritura;
« Le quatrième, à gobler des choses très amères, comme les larmes, ou quelque chose de ranoe, on encore 1^ ver de la conscience, etc. n
Comme vous voyes, Tenfer de Loyola est aussi matériel que te paradis de Mafiomei. C'est toujours, à la place de la piùté, un grossier sensualisme.
La décoraliou posée, reste à l'aire jouer le comédien. Voici comment saint Ignace a écrit le rôle de celui qui Teut prier ; ^
~ B Troisième maaière de prier. En mesurant d'une certaiae façon les paroles et les temps de silence. » Ce moyen consiste à omettre quelques paroles entre chaque souille, chaque respiration. — « Que Ton observe bien les intervalles égaux entre les a^iratioiu^ les tuffoeationêt les paroles. »— Ce qui veut dire, ajoute H. Quinet, que l'homme, inspiré ou non, n'est plus qu'une machine à soupirs, il sanu'iots, qui doit gémir, pleurer, s'écrier, suffoquer à l'instant précis et dans l'ordre où l'expérience a démontré que cela était te plus profitable.
Suspendons un moment cette comédie jésuitique; nous reviendrons bien tout à l'heure aux réflexions qu'elle suggère. Le lecteur permettra une courte digression en foveur d'up homme qui en vaut la peine, et pour qni l'on ne regrettera pas de s'être un n^oment détourpé. Il s'agit du plus terrible ennemi des jésuites, de celui qui leur a porté les plus rudes coups, de Pascal, en un mot. Qui jamais sa fût imaginé qu'on surprendrait Pascal
clieminant dans la voie des jésuites ? Pascal et Baint iRnace se rencontrant par hasard sur ia même route! ô allitudu! arrêtons- nous pour considérer ce spectacle non moins aflligeant peut-ittre qu'il est étrange.
Dçns UQ livre récemment publié M. Cuu&ia révèle des frf^ments inédits des pensées de Pascal. Pascal désolé, entraîné parle doute et voulant aller à la foi, clierche le moyen d'y arriver. Il l'a trouvé, il vous l'enseigne, et ce moyen, sans doute, c'est de diriger la raison que l'bomme a reçue du ciel pour l'y ,re«Euadiiire? Non. C'est au contraire de sacrifier sa raison, son intelligence. C'est de leur substituer un moyen mécanique!
— a Vous voulez aller à la foi, et vous n'en savez pas le chemin .Vous voulez guérir de l'in&délité, et vous en demandez les remèdes. Apprenez-les de ceux qui ontété tels que vous; suivez la manière par où ils ont commencé. C'est en luisant tout comme s'ils croyaient : en prenant de l'eau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturellement même cela vous fera croire et voua abUâra. —Uais, ç'est ce que je crains. -r-£t pourquoi? Qu'avez-vous à perdre?»
Quel rapprochement! mais il ne faut pas se laisser tromper à cette ressemblance. Knquoi donc, selon vous, difTèrent ces deux passages? ils diffèrent de tout l'intervalle qui sépare la passion du sang^froid, le désespoir du calme plat. Pasctd, poussé à Iniit au spectacle de l'im-
'()) Da Pwtits de Pateai, rapport à l'AcadéinlB française.
puissance de la raif^n humaine, lafbule aux p\pAs avec colère et mépris. Ce double senlimenl éclale d;ins ce mot : « Vous craignez de vous abêtir, et pourijuoiP » C'est le cri de l'ironie pbilosoptiique ; c'est, dans un autre ordre d'idées, rexelamation traque d'Oreste : « Ek bien! je $uii cmilent! j> Au moment où ils viennent d'iminoler ce qu'ils ont eu juaque-Ià de plus cher, le génie et la' passion parlent le môme langage : c'est la mèine douleur qui tous deux les inspire. Combien Pascal a-l-il dû souffrir pour en arriver là! Après avoir inatilement essayé toutes les forces de la raison, tenté tontes les voies pour écliapper à sa prison terrestre et s'élever à la vérité intinie, l'ascal, découragé, replie ses ailes, et, le cceur brisé d'amertume, il invoque Vahiimemeni. Loyola ne se consume pas en tant de peines ; il prévient toutes ces fatigues; il débute tranquillement par oi*! Pascal Qnit: cVst à ro6^(tssemen( qu'il s'achemine tout d'abord, il y achemine ses disciples par de jolis petits chemins qu'il a pris soin de tracer lui-même, les ornant à droite et à gauche d'une infinité de petits reposoirs délicieux; de petites éludes bien arrangées dans de petits auteurs châtiés proprement ; tout ce qui peut amuser l'esprit, le divertir des pensées hautes et sérieuses ; partout le fantôme de la science; nulle part la réalité ; d'importantes niaiseries : des thèses publiques, des'problèmos, des énigmes, des vers latins, des panégyriques (1), toute viande
(1) Pttblieœ thuti a in rhtlorica etiam probtmata vet anifjïïiata dimlvmia proponantur. (Bitio studiomii.}
creuse. Une philosopbio où il est interdil de s'occuper de Dieu : {tuœsliones de Deo prœteréanlur! Que l'on ne permette pas de s'arrêter à l'idée de Tôtre plus de deux ou trois jours Quantà la pensée de substance, il faut absolument ffen rien dire. — Surtout, bien éviter de traiter des principes!— Ne s'occuper jamaisni de la cause première, ni de la liberté, ni de l'éternité de Dieu.— Que les élèves nedisent rien, ne fassent rien ! Nikil aganl, nikil dicani.{Rat\o studiorum passitn.) — Mats cecours de philosophie dure trois ans! à quoi donc les emploiera-t-on? A passer sans examiner : TYanseant 'nm examinando. Et si quelqu'un est inepte en philosophie (ô ciel ! qu'estce qu'un esprit qui ne pourrait atteindre à la hauteur de cette philosophie-là!) enfin, s'il s'en trouve d'assez bouchés, d'assez stupides, à quoi seront-ils propres ? quoi les emploiera-t-on? devinez... je vous le donne en mille... Maisvous ne le devineriez jamus; il fout vous le dire : a l'étude des cas de consciehge (1).
Êtonnez-vousàprésent des théologies morales et livres de casuistique dont les cNtraits sont venus dernièrement scandaliser, révolter le public!
A tontes les parties qui constituent le domaine de la science Vapplique cette Itiéorïe de mensonge et de déception. Je ne sais pourquoi je dis à la science, car elle s'applique & toat, même à l'ascétisme. — «Servons-noua,
(1) Ihepri ad piàtotaiphiam ad casaum itudia defftnenfMr. (Bal, mi., p. iti.)
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dans la ftageUaUon, de petites Seelles qal blessent la
peau, en effleurant l'extérieur sans atteindre l'intérieur, pour ne pus nuire à la santé. » { Exercice» tpiritiult.) Vraiment, ce serait dommage!
Eq toute chose, il sufBt de Tatre semblant Faire semblant, c'est le fond de toute la conduite des jésuites. En Chine, ils ont fait semblant de prêcher la religion chrétien ne, après quoi ils onl fait semblant d'avoir converti les Chinois. Ouvrez leur édition de Confucius (1), lisez la préf^ ingénue da R. P. Couplet sur les travaux apostoliques de Matthieu Riccins ; vous y verrez avec quelle habileté ledit Riccins se fit tout à tous, prit l'habit de lettré pour se faire écouter, persuada aux" Chinois que, sous le nom de Xam-Ti, c'était Jésus- Christ qa^is adoraient sans s'en douter depuis un temps immémorial ; en sorte que s^étant couchés idol&tres, ces braves Chinois, un beau matin, furent tout surpris de se réveiller chrétiens, ad majarem ordinis gloriam. Ce P. Riccius poussa l'habileté encore plus avant : il mit en lumière un livre intitulé CœlesHs doctrinœ vera raUo, pour démontrer aux Chinois la vérité de la religion chrétienne, et dans ce livre le nom de Jésus-Christ ne se rencontre pas une seule fois. Aussi Sarpetrus, dominicain de la Chine, avoue qu'il a &iUu une inspiration divine et un secours manifeste d'en haut pour composer un si bel ouvrage.
(1) Cotifiiebu8iimttmpldiosopkui,«ie.Pariiiti, 168T.
« Leur méthode d'éducation, dit M. Micliclet, judicieuse en plusiears choses^n'en est pas moins partout empreinte d^un caractère mécanique automatique. Nul esprit fie \ie. Klle règle l'extérieur; i'inlérieur viendra s'il iiPiil- Kllc ciisciL'iie, entre autres choses, à porter déeemmenl la lêle, à regarder toujours plus bas que celui à qui l'on parkf a bien effacer tes plis qui se forment au nez et au fh}nt{i)....
Comment la compagnie de Jésus peut-elle encore, au dix-neuvième siècle, se tenir dchout cii ['"rauce, et non seulement se tenir debout, mais prendre une attitude menaçante? C'est un si étrange phénomène que beaucoup de ceux qui en sont témoins, refusent d'y croire. . Le secret de cetle force réside en deux points qui sont ià conservés après avoir disparu de notre constitution et de nos mœurs politiques : une hiérarchie serrée, sans lacune, et ane rigoureuse discipHoe. La pierre angulaire de l'édifice, c'est l'obéissance passive la plus absolue. Ce principe, Loyola avait consacré sa \ie à ie prêcher ; au lit de la mort il se réveille, il suspend son agonie : Écrivez. Que la compagnie sache mes dernières pensées sur la veriu ^obéissmtee. Il dicte, et son état fournit une in}3^ h son style : « Que l'homme soit, sous la main de son chef, comme un cadavre, perindè ac cadaver. » Cette recommandation, empreinte d'une lugubre énergie, s'est gravée si profondément au cœur de ses disciples, ils en
(1) rmft'iKnMR toc. Im. Ht 114. -
oiit si bien compris la portée, qu'ils n'hésitent pas à mettre la vertu d'obéissance avant tout, au-dessus de tout. L'observation même de la loi de Dieu ne vient qu'en seconde ligne. Le subordonné qui obéit à son supérieur agit toujours méritoirement, quand même il vio~ lerait par le fait la loi de -Dieu. « Subditum pra3lato suo obedientem ex rectà întenlione meritoriè a&sre qdahtis
UATBRULITER A6ÀT COHTBA LEGEU DEl » (1). Le Supérieur commande le meurtre ou le parjure; là loi de Dieu les défend ; mais il n'y a point i hésiter. Telle est la vertu d'obéissance pour le jésuite, qu'il est assuré de faire sou salut en aecomplissant TassasBinat on le &ux serment. L'homme a cessé complètement de s'appartenir, cbacun a remis toute sa liberté aux mains de celui qui le précède dans l'ordre hiérarchique ; nul ne retient rien pour soi, et ce trésor accuoiulé de toutes les libertés individuelles, ainsi transmis de proche en |irodie, tombe raifln entre les mains du pape, le seul homme libre de l'univers !
Qu'il vous souvienne toujours, dît M. Michelet, du mot d'un vieillard d'autrefois, d'un homme à barbe blanche, comme il le dit lui-mftme, du chancelier de l'HApital i « Perdre la liberté ! 6 Dieu ! Et que reste-t-il à perdre après cela ? »
Rien. Cette venu d'obéissance, crjmliinée par des chcfe habiles avec certains méuagements, peut anéantir jus-
[1} Compendium Iheot, moral., p. 38 ot 39.
qu'à la trace des iDStincts généreux les plus Qiarqués. Par exemple, ordonnez crûment â des écoliers de passer leurs récréations ù s'espionner et à se dénoncer les uns les autres; ils se révolteront. Us reruseront d'obéir. Voici comment à Saint-Acbeul on obtenait sans peine ce résultat. L'élève qui en classe ou à l'étude avait commis une faute le dernier, n'était pas immédiatement puni ; on se contentait de lui remettre le signum, morceau de Irais, de carton ou de métal qu'il devait rapporter au maître, à moins qu'il ne fût parvenn, pendant la récréation, à s'en débarrasser sur un de ses camarades surpris en faute. Il n'était pas permis de refuser le signum, et en rentrant à l'étude, celui entre les mains de qui il se retrouvait, payait seul pour tous les autres. C'était l'espionnage fondé sur l'intérêt personnel. Vous concevez que pour éviter le pain sec ou les arrêta, la vigilance n'était pas endormie, et qu'au besoin l'espion devenut agent provocateur. Par cette invention machiavélique on instruisait les enfants à vivre dans une dcQance continuelle et réciproque ; on supprirniiit le plus doux bienfait de l'éducation en commun, les amitiés de collège; on commençait dès Fàge le plus tendre & flétrir le.cœur par le soupçon et h le pervertir par Tégolsme. L'en&nt accoutumé à l'espionnage et à la délation , devenu homme, ne devait pas reculer lorsque son intérêt lui conseillerait l'emploi des mêmes moyens. J'ignore si le $ignum continue à jouer son r61e dans left établissements actuels des jésuites; mais on sait que ces Pères ne mo-
diSent point learB usages, ou tout au plus n'en modiflent gae les apparences; l'esprit est immuable. Or qaelle société pouvait sortir de là? Vons en ponvez juger par l'état déplorabifi où ils ont réduit notre clergé rnral en y organisant aussi IVspiuiinagn et la délation.
M. Quinet a embrassé son sujet aussi largement que possible. H traee d'abord la biographie singolièm de Loyola, cette biographie dus laquelle la vérité franchil les bornes du roman ; il examine ensuite le jésuitisme dans sa source la plus profonde, dans les écrits de saint Ignace, dans les fameuses Constitutions, dans les £xereica (ptriAiefo; il prend enfla le jésuitisme du» ses théories politiques, dans .sa philosophie, dans boq système d'étndes, et il le vmt à roeuvre dans ses missions et dans ses coll^ies ; dans ses missions, où il d^nise le christianisme et ne prtdie qoe Jésus triomphant,, voilant avec an «An extrême Jésus crudSé d^t il roagit; dans ses oellégos, oè il ^tardlt le cœur et rintcÂigeiMe de ses élèves, les eatimMil aHoi honnétee et asses savants s'ils sont assez dociles.
Je n'hésite pas à dire que ce volume me para» pour les jésuites plus terrible que les Provinciales .- ît les frappe de plus haut. 11 ne s'agit plus ici d'opinions sn la grâce suffisante, concomittante ou efficace ; de jHger entre Jansênius et saint Augustin ; il ne s'agit même plus des arrêts de quelques c^suistes, dont la compagnie peut à toute force décliner la solidarité, du moins aux yeux de ceux qui ignorent leurs lois. Il s'agit de ees lois
fondamentales, îmmualiles, tracées par Ignace lui-même; il s'agit des actes de la société agissant comme société, et Don plus individuellement. Et ces actes rapprochés de ces théories sont la condamnation la plus évidente et. la plus logique des principes par les conséquences. Ce qui achève de rendre le coup assommant, c'est qu'il est porté Bans colère, sans esprit de parti. Tout dans ce volume est grave : point d'ironie; de la dignité, de la chaleur de cœur, de l'impartialité ; l'élc^ des jésuites dans les rares occasions où ils sont looaMes ; une énergie contenoe et par cela plus éloquente lorsqu'il faot U&mer.
Il y aiir^t dix vôtiuiias à éirire sur tes sentes Ctms^ bttiont. Je n'm âirai pas si long, sans compter qne le livre de HU. Hic^let et Quinet résume excellemment les léflraions qft'înspire ua tel sujet. Je me ctnituitani de dtar oa mû aitide da cea Cam itiha ioiu, parce qu'il n'est pa& meationné dans l'ouvrage dea deux professeurs, et parce qu'il me parait décisif pour qui cherche sincèrement la vérité sur l'esprit de la compagnie de JÉSUS. Si l'oa peut me faire voir quelque pact six lignes plus anti-cfatétiemes, plue odisases, ptas maladroites^ en ce qu'elles montrent évidemment le démon de l'intrigue se substituant à la piété, je suis prêt à en passer par tout ce que voudront les jésuites, jusqu'à pétitionner à la Chambre eu leur faveur. Voici ce passage tracé> notez bieu ce polnt^ de la main de Saint-Ignace :
« Pour les gens d'un esprit trctp lourd, et qui seraient
inutiles h la société, quand bien même il pourrait leiw être avantageux à eux-mêmes d'être admis, nous sommes persLadés en Jésus-Christ que cela ne conviendrait pas pour la gloire et le senice de Dieu. Tel est le but, telle est la méthode de notre institation. » (ContlU.t p. 80.) (1).
Un hoaune complétonent dénué de fbrtone et d'esprit frappe & la porte des jésaites ; la porte reste fermée :
— Mais je suis perdu, si je n'entre.' — La porte reste inexorable. — ■ Mais, mon salut dépend de mon admission ! — On lui crie par le trou de la serrure : Passez votre chemin^ vous seriez inutile à la compagnie ; la règle de notre saint fondateur défend de vous recevoir.
— Vous voulez donc que je sois damné? — Nous nous persuadons on Jésui-Clirisl que cela convient mieux pour sa gloire et son service. — Il insiste encore. — On ne lui répond plus. Les bons Pères sont occupés à fiiire leurs maliea pour aller au Paraguay gagner des Ornes à Dieu et un royaume à la société.
Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis; les compagnons du bon Pasteur n'acceptent de brebis dans leur troupeau que celles qu'on peut traire et tondre. Avis aux moutons.
(1) AAidlUTe hm'ma diffic^ odnuiftnii iageaio vel iianitet etmgngationi, lieel ipàmet non inutile foret admillî, considtrante» tamm buiibui «ostrifim* ac procèdent modum, pertuademut nobu in domino ad iptiiu ntaji» lervitiim et Imilem non expédiée.