CHAPITRE VI
SI"
La inochnte de H. Affre.
M. rarcbevèque de Paris comprit qu'au point od les choses ea étaient venues, uq silence trop prolongé ne convenait pas au prélat qui occupe le premier siège de l'i aiicc; que les deux partis attendaient son opinioo; ijirealln, il fallait s'exécuter et intervenir au débat. L'affaire était épineuse; car si M. Affre est l'obligé du gouvernement qui l'a fait ce qu'il est, l'archevêque de Paris il grand peur des jésuites, ces terribles dominateurs du clergé. Il avait deux puissances à satisfaire, et deux puissances ennemies l'une de l'autre. De sa brochure, il lit deux parts : la forme au gouvernement, et le fond aux jésuites.
Rien déplus doux, de plus modéri;, de plus coneîliant que M. Aiïfc dans la forme. Il blimcles grands éeliuufiieraenls de zèle des écoles charlraine et lyonnaise : on a manqué à la charité , à l'esprit dti christianisme , « la vérité exagérée n'est plus la vérité. » On a mal choisi
soQ icmps, ses expressious , ses adversaires; on a gàfé une cause excellente par le tort des accessoires. « Ainsi, « par exemple, les abus que tous signalez comme pro- « dults par les institutions universitaires dépendent aussi « d'autrei causes (jii'il aurait été équitable de ne point
< passer sous silence. Il était juste de remarquer que le
< mal , loin d'être en progriif/xmmençait à diminuer, m (P. 25.)
Vous comprenez : le mal signalé par Vabhé Destiarets existe réellement pui6i|u'il dépend aussi d'autres causes, puisqu'il commence à diminuer. Retranchons comme hyperbolique la moitié des assertioDs du Monopote universiiaire ; il restera encore de quoi faire déserter les colli'iges comme des écoles pestiférées. On ne peutt:li?ser plus délicatement l'approbation sous rnpparo.nce du ■ blâme: si Tîibbé Deagarets eùtmieuxchoisi son temps, ses termes et ses adversaires, H. Àffre n'avait à lai décerner que des éloges sans restriction.
L'insinuation est le talent particulier de M, AlFre; il le pousse très loin. Par exemple, s'il parle de la concurrence entre l'Université et le clergé , il déclare que le clergé ne peut songer à la soutenir , privé qu'il est de toute espèce de moyens : c 11 ne possède pas , comme o l'Université, un personnel surabondant, d'innombra- « bles édifices bâtis autrefois par des étiêques ou par des ■ congrégations religieuses , des rentes , des biens , dés « InbUoâèques ayant la même origine^ sans compter les a bourses et les allocations du TréKor , toutes les fois
a qu'une construction extraordïDatre devtctt néces- < saire, «
a Auouii évi'que n'a pensé arappelei' ce que l'Université devait à rancien clergé. » Cela est louciiant , senlimealat, pathétique môme, sans avoir l'air d'y prétendre. La penaée qui survit à l'émotion, c'est que l'ingrate Université a dépouillé ce pauvre clergé, si humble, si modeste, qu'il ne songe pas môme à rappeler ses bienfaits 1 la conséquence naturelle c'est qu'une restitution ne serait que justice. Mais M. A0re se garde bien de le dire 1 II s'en remet à la logique du lecteur attendri.
Monseigneur, allons au fait : Quelle est votre opinion sur l'Université'/ — « Elle emploie des hommes géné-
■ ratement estimables, studieux, instruits, exerçant « une discipline exacte et sévère; des hommes dont « quelques-uns sont de bons et solides chrétiens, de vé- « ritables modèles de dévouement et de piété... il est M juste de dire que le plus grand nombre ne sont nulle-
■ ment hostiles à la religion catholique, que d'autres en « sont pea éloignés. » (P; 32.) — Ainsi, vons êtes d'avis que l'Université renferme d'excellents éléments, et qu'il la faut conserver, sauf à la modifier dans certaïos détails? — Hélas ! « les collèges me sont aussi chers que les petits séminaires. > ( P. 62. ) — Bien ! je vois que vous conservez k l'Ëtat le monopole , comme disent les jésuites. — Cwtainement, ■ si le monopole de l'ensei- « ^ement pouvait réunir tous les esprits dans la pro- « Cession des vrais principes en morale et en religion,
« el établir, au moyen de ceue unilé, celle de tous les « ÏDtérâts, de toutes les forces, de toutes les intelligences, « c'est-à-dire la plus parfaite unité nationale, si ce mo- <( nopole avait, en outre, l'inappréciable avanlage de se- « conder le développement régulier des sciences, des « arts, de la littérature de la France ; s'il pouvait préserc wr les mœurs au lieu de les corrompre si tels étaient o ses heureux résultats, nous ne penserions Jamais à la « liberté. » — C'est-à-dire, en termes plus simples, 'que fii l'Université était parfaite à tous égards , si elle n'offrait pas l'ombre d'un prétexte à ses ennemis, vous vous en contenteriez? Voilà certes un excès de modération auquel on ne s'attendait pas ! Mais enfin, selon vous, FJJaiversité corrompt les mœurs, c'est apparemment qu'elle est elle-même corrompue. Or, l'Université représente l'Élat, et l'État. . . — Doucement ! ne me faites pas dire ce que je m; dis point ! l'Université appartient h. l'État , mais ne le représmtepas. {P. 37.)
« On n'a januûs cru que le Conservatoire, destiné à « servir de modèle à toutes les écoles de musique, et à ^développer l'art qu'elles cultivent, représentilt l'État. « L'école des Arts et Métiers, les fermes-modèles, les di- « verses fabriques qui sont la propriété de l'État, ne le « représentent en aucune manière; » (P. 37.)
« Le clergé comprend diffieiieraent que des professeurs « représentent l'État dans leurs écoles , lorsqu'ils y ex- « pliquentles régies de lii grammaire, iju'ils y font ad- « mirer lés beautés d'Homère ou de Virgile, et qu'ils
« ydonnenldes Icçonsdecliiinleoudcinathéinatiques. s (P. 50.)
Assimiler l'Université au Coaservatoire de musique ou à une ferme-modèle [Dans la bouche auguste de Monseigneur, ce ne peut être un sophisme, c'est donc une innocente plaisanterie : duîce est desipere in loco. Je n'y répondrai pas. Hais vous ne contesterez pas à l'Ëtat le droit d'enseigner? — Au'contridre ! je le lai conteste de toutes mes forces. Quelle est la base essentielle de l'enseignement public? La. morale. « Cet enseignement est « essentiellement religieux, et celui qui le donne, un « pouvoir religieux. L'enseignement même des lettres « et de la philosophie a besoin d'être, préservé pa? la < morale de tous les vices qui peuvent le rendre inutile « et funeste. Ccl cn.scigiicment de la morale, pour Ctrc « efficace, doit se môler à toutes les leçons, è tous \c& « exercices, il doit arriver à t'élèvepar toutes les voies, c par la parole, par l'exemple^ etc. Nous sommes auto-
risés à conclure qu'un gouvernement qui est incapable • de poser la base essentielle de l'enseignement public, ne « peulenavoir lemoni^ole(l]. » Nous ne refusons à l'Ëtat guele monopole. Le monopole» remarquez bien!— Oui» Monseigneur, il y aura deux sortes d'écoles, les vôtres et celles de l'État. Dans les vôtres, on ensiiiL'ueia la morale, base essentielle de toute édiiuatiuii , i:t vnus (U'L'Iarcrez qu'ellen'estpas,nepeut pas être enseignée dans celles de
(t) Pas\im, muis Icitucl.
lIÉlat. Après CQla>.cei)KquiToaâronlabBo1umeDtdoDi»rà leurs ftls une éducationdépourvuede sa base essentielle, seront libres des'adresser «u^ écoles de VÈtat. C'estaiiLsi que vous entendez la concurreDce et la liberté.— Mais, en fi ciïct, coiictivez-vous l'État remplaçant le prêtre dans sa « pluaaugiistcmîssion?» (P. 42.)— Monseigneur, d'après voire théorie, je conçois du moins le prêtre remplaçant l'État dans l'instruction publique. Je ne vois même pas d'autres instituteurs possibles que le clergé. — « Cette a conséquence est peu logique. » P. 48.) — Je v0UB.défle d'en tirer nne autre. — « Quant h la terreur qn'iospire a le danger d'un euvahissement, nous avouons notre « impuitsancepour la calmer. Qui pourrait redouter un « corps qui, après avoir joué un si grand rOle dans la « politique de toutes les contrées de l'Europe, après « avoir eu dans ses mains des tribunaux spéciaux, l'ad- « miQistration de tuoDS 'imioeiiBea, avoir tsia le-pre-
< mier rang dans VÉtat efc dans. le& assemblées de la nac lioa, est aujour£hul ïijttu rtutg, sans wflumee poli~
< tique, exclu de iouioê le^ aseea^léeê, depuis le plus « petit conseil muntcqwt /tugv'â Ut i^uunbre des pairs, « et dépouillé au poùu gu'U n'a pas la propriiti du 0 niatsons-^'t^ habite et des temples où il prie? On lui a conteste même ceux de ces édifices qui sont à lui en a vtrtu des lois qui régissent les propriétés de tous les « peuples de l'Europe. » Le clergé ! y pensez7V0US? Il ne voudrait pas de cette nouvelle charge ajoutée à un fardeau déjà si pesant; ou s'il la voulait, il ne lui serait
.pas possible de l'aeeepter : a 11 n'y a pas dans le clergé c une seule corporation capable de eoBâuire éix col- « légea ; le cler^ tout entier ne serait pas en mesure « de diriger la majorité de ceux qui existent en France. » (P.5.}
— MoDsei^eur, cela conclut seulement à augmenter , le nombre des prfitcBS. D'aitleore, en dehors du clergé séculier voua avez le clergé régulier ; on trouverait peutêtre par là des gensprétsàs'immoler pour le bien public? —Ah ! vous me rappelez le bon temps ! alors que " les di- « verses corporations ecclésiastiques, bénédictins,jésui- « tes^ onUtniens^doctriaaiie^ etc., formaient des corps « qui étaient non seulement distincts, mais séparés par « leurs règles, leur esprit, leurs intérêts. Il régnait entre « eux plus que de l'émulation, ils étaient de véritables « rivaux ; mais ils étaient libres, et tout le monde l'était ■ également.
« D'autre part,. les pères de ferame jouissaient d'une < très grande liberté, ayant à choisir entre tant d'insti- « tutions diverses.
< Les rois étaient libres aussi en donnant des. exemp-' <t UODS de t^e ou telle juvidjction, des préséances, des « bourses, des traitements de professeurs et des encou- « ragemcnts de tout genre. Tous les amis de l'instmen tion étaient libres de favoriser par des donations les « établissements qu'ils jugeaient les plus utiles. » (P. 53.)
— Oui, c'était un heureux temps pour voue, que
celuioù les corporations religieuses couvraienlla France, maîtresses de l'instruction publique; où les rois étaieiri libres, comme vous dites, de favoriser le clergé de toutes manières. Aujourd'hui, les rois sont bridés par le droit commun; c'est douloureux, mais que voulez-vous! Quant à l'article des donations , ne vous plaignez pas trop ; on n'entend parler que d'autorisations accordées par M. Martin aux bons Pères dlci ou de là pour accepter cinquante mille, cent mille, deux cent mille francs. Le L'aîletin des Lois n'enregistre autre chose.
Vous trouvez pourtant, Monseigneur, qu'on ne donne pas a^ez au clergé. Cette plainte m'a touché, et pour savoir à quel point elle est fondée, j'ai pris la peine de relever dans le Bulletin des iJiis, pour la seule année I SAO, les legs et donations autorisés en faveur du clergé. Bien entendu, je n'ai compté que ce qui était donné au clergé proprement dit, aux fabriques, aux con^^tions. .religieuses, et j'ai laissé à part ce qnî regarde les pauvres en général, les hospices, les établissements de bienfaisance, même les frères des écoles chrétiennes k qui Ton donne tant. Hais je les veux distraire du clergé pour ne laisser aiîsune place aux réclamations. Voici donc ce que j'ai trouvé: le clergé a reçu, en 1840, en revenus : 43,301 fr.; et en capital : 1,222,160 fr., ce qui fait, rcuut, un peu plus de 80 mille livres de rente (l).
(!) En ne pranaot la renie qu'à 3 pour 100, à caase des Im- Di eu 1)1 es.
Mais il mt notoire que le Bulletin des Lois n'accuse pas la moitié, peul-ôlre pas le quart de ce que vous touchez par les quêtes (I), les douations de la main à la main, les fidéicommie, Ira mille et mille subterfuges dont on se sert pour élader la loi. Je suis assuré qu'on me trouvera modeste de ne faire que doubler pour atteindre le chiffre réel, ou du moins im approcher. En outre, comme votre influence n'a fait qu'augmenter depuis iMOy on peut, sans témérité, admettre que chaque année a été aassi généreuse, et vous a rapporté te même bénéfice que la première ; en sorte que pour ces quatre années, vous avez touché, d'après le Bulletin Loii, 320,000, et d'après une évaluation très vrsdsemblable, 640,000 livres de rentes.
I.a main-morte ecclésiastique que l'on croyait al)oli(', estimation faite d'après des documents officiels (2), arrive aujourd'hui} pour les seules coDgr^tions légalement autorisées, & emt millions.
Cela vous parait modique, ou plutôt cela ne vous parait rien du tout, puisque vous regrelfeic le temps où lus rois et les peuples étaient libres de faire des dons au clergé- Vous accusez l'Université d'un changement qui vous est si préjudiciable, et cette accusation n'est ni plus
(!) Ua teul eiempla : Od vient de construire sur h cQlo Saiate- Calherine, près de Ruuen, uniquement avec le produit do quGleB Bpfciales, une ^li» qni n'a pas dû coûter moins de deux cent cinquante & trois cent mille n^ncs.
(3) Journal de la liierii religietae, (. 11, p. 600.
ni nwins juste que les siitres. Si les rois aujourd'hui ne vous donnent rien, vous n'êtes pas en cela l'objet d'une exception; et quant au peuple, il me semble que si rUQiva*sité a lié les cordons de sa bourse, die ne les a pas trop amé^, danandta pki^ nx tr^riora de tm mille «t une asaoi^aU«i8> crai&ériea, etc. Prenez garde, Honsei^ear? contenez un peu l'expression de votre douleur î od pourrait avec quelque vraisemblance vous accuser d'ôtre insatiable. A la vérité, vous avez une réponse toute prête ; ceux qui vous appelleront ingrats et cupides, vous les appellerez athées et panthéistes.
On vous a donné sous l'Empire ; sous la Restauration on vous a donné; on vous donne sous le gouvernement de Juillet; on ne donne qu'à vous, et vous gémissez vers le ciel, et vous criez misère!
Regardez cependant l'Université : je ne sache pas que depuis quarante ^is elle ait recueilli pour vingt-cinq centimes de donations, et si ne l'entend-on pas pleurer comme vous. — Vraiment, faites-lui en un mérite ! elle est tout accoutumée à ne rien recevoir, elle ! — Je conçois que vous ayez d'autres habitudes; M. Martin fait tout ce i^'il est hamain^oit possil^ de fkire pour ne les point déranger. Mais nous nous écutoQs; revenons à la question d'enseignement public. Que diriez-vous d'une corporation laïque, choisie par l'iïtat et constituée, pour offrir toutes les garanties religieuses, d'après un plan que vous auriez concouru à dresser? — « L'État ne « peut choisir une corporation IjUque. Cette corporation
< n'a pas la miBsIoQ dedonner l'enseignement religieux « et moral. Elle est exposée à séparer ce que Dieu a inviii- « ciblement uni, le cœur et l'intelligence. Elle cultive la « raison aux dépens da seatiment, et si elle développe « celni-d> elle est impuissante à le régler. * (P. 51.)
Quoi ! ni laïques, ni clercs ? Monseigneur, lâchons de sortir de ce labyrinthe; permettez que je récapitule vos idées, pour voir si je les ai bien comprises.
Vous enlevez à l'État le droit d'enseigner.— Oh ! je ne dis pas cela! Iemonopole.~Ouî, oai, c'est juste : vogs lui laissez donner une éducation notoirement sans mo- ' raie, c'est-à-dire immorale.— C'est la liberté d'enseignement. — Celleque vous réclamez. Si elle existait, et que TOUS la voulussiez faire aboHr, je serais plus édifié, je l'avoue. Passons. Vous posez en principe que l'Église peut seule enseigner, et vous ne voulez pas confier le monopole au clergé. — Je ne dis pas cela ! Je dis qu'il «e pourrait pas l'accepter, n'étant pas assez nombreux. — Alors il faut le donner aux. jésuites. — Juste ciel ! je ne dis pas cela! Je dis : « 11 (le monopole) pourrait plus « convenablement être confié à un corps, qui, appelé par ■« sa vocation à établir les fondements de l'édifice, « n'est pas moins apte à le terminer, quelquefois avec * majesté, mais toi{jonr& avec des conditi<ffis de sa- « gesse et de dorée, qui dâirant le rendre préférable. » (P. 48.)
Oii voyez-TOUS làles jésuites? je ne les ai pas n(Hnmés. Cela revient an même : . '
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Vous voiilci qu'en dùloure In chose a'tm'eloppo.
Kl eu mol dil à eea vous causo une syneoiie.
Eli hien, Monseigneur, mettons, pour vous faire plaisir, fjuc vous n'avez rien dit ; mais je vous certiQe qu'on a tout compris.
Lettre do H. de Donald. — M. de Chàlons consurépar le consul d'fitnl. — Udc société secrète.
M. BODOld, fidèle héritier des doctrines de sa fentillo (elles sont assez connues), n'était en 1830 qu'un évëque iégitimistc et ultramontain ; il représentait dans le clergé l'école de M. de Maistrc. Le gouvernement de Juillet l'alla choisir dans la foule pour le f^ire archevêque, primat des Gaules, enfin cardinal. On voulaitorner d'un chapeau rouge le baptême du comte de Paris ; M. de Donald se résigna à le porter. La reconnaissance fut toujours la \ertu des grandes âmes. M. de Bonald vient de payer sa dette au gouvernement en publiant dans VVnivers nne lettre plus dure, plus hautaine que toutes celles qui avaient paru jusqu'alors, et plus emharrassante pour le ministère. M. de Bonald a inventé un ingénieux moyen de mettre les collèges en interdit, de les excommunier : au moindre mot équivoque d'un professeur, sur la première dénonciation venue l'évèque retirera l'aumànier; il en a le droit. Ainsi l'épîscopat guerroyant se trouve armé d'un moyen légal de remporter sur l'État une victoire prompte, sûre et complète.
n domiaera l'instractiOD publique, il en sera le maître absolu ; il n'y aura de livres adoptés, de profësseurs nommés ou conservés que ceux qui plairont aux évô' qiies; chaque évéque fera marcher le ministre devant lui et sous ses ordres. L'idée est simpif!, [uiissante et grosse de résultats. C'est un véritable trait de génie.
M. de Bonald déclara vouloir la liberté de l'enseignement telle qu'elle existe en Belgique. Un seul trait donnera un avant-^ût des cbarmantes douceurs de cette liberté.
Le Tillt^ de Sibret Jouit d'un instituteur et d'un • curé. Un beau jour de féte, le jour de la Notre-Dame de
septembre, le curé se transporte chez l'instituteur, accompagné d'un inspecteur diocésain. Patience! nous aussi nous connaîtrons bientôt cette sorted'inspectcurs. On commence par un pupitre contenant les papiers particaliers, les quelques livres et les pauvres bijoux do l'instituteur; ses archives, sa bibliothèque et son trésor. On fouille ensuite tout le domicile en haut, en bas, minutieuBement, scrupuleosement. A la grande satisfhction de la eommune accourue sur les lieux et qui aimait son maître d'école, celte battue générale n'amena rinn. Si fait : on trouva derrière un tableau un vieux numéro de V Observateur 6eZye, feuille libérale. Peut-être ce papier était-i! collé derrière le cadre; l'Écho de Luxemhourg no h'i'N.[ili(jiiu pas li-dessus. Collé ou non, ce fut une affaire terrible. Le coupable n'obtint
sa gfàce que sur un sermmt réitéré d'être plus sage à l'avenir. Depuis , il n'ose môme pas lire ï'Écko dê Bruxelles,
Un honnfite échevia, présent à cette «péraUoOt ne put s'en.taive. Dans son IntUgnatioD U verbaliBeî nuUs il a grand soin d'asaamer sar sa Ute toute la respoiuabilité de son crime. L'instituteur soupçonné d'avoir osé se plaindre eût été perdu. Je déclare, dit en finissant M. Piron :
« Jedédare sur mon Âme et conscience que, par une « visite semblable, voyant mettre au grand jour les se- « creta d'un honnête et paisible citoyen , et .60 mteie ■ temps violer oe qu'un homme a <le plus sacré, j'en « fus pénétré d'indignation , et que c'est moi seul , « en ma qualilé d'échevin, qui ai donné ù un acte «illégal et aussi arbitraire que celui-là, toute la < publicité.
< À Sibret, le 24 décembre 1843.
«Signé J.-B. PiRON, échevin. »
Quand les curés seront les arbitres du »ml dc.s iiistitateurs, quand les instituteurs ne pourront plus lire lo joumat qu'avec la p^rais^on du curé, c'èet alors que reoseiguement sera vraiment libre. Voilà la liberté telle qu'elle existe en Belgique, telle que la veut IM. de Donald; c'est-à-dire qu'il veut avoir des écoles ecclésiastiques fermées k la surveillance de l'État, et le droit d'inspection sur les écoles laïques. Alors, dit avec raison un joam^, les évéqoes régneront par droit absolu sur les
petits séminaires, et aur les colltîges par iaQuence irrésistible, na seront les maîtres partout.
Plusieurs évêque» s'empreésèrent d'envoyer leur pleine adhésion à la lettre de M. de Bonuld. Comment, en effet, ne pas embrasser avec ardeur une découverte si avantageuse au bien de l'Église ? L'évéque de Cliàlons se montra Fan des t^osdiauds adhérents de l'ardievfrguedeLyoD. Sa charité triomphait d'avance et tout haut du mal qu'on allait Mm aux collèges de l'Université; il indiquait les moyens d'accroître la division, invitait sans façon tout le clergé -supérieur à se liguer contre l'ÉtaL Enfin, il, de GbâJons se lateaa ravir si haut sur les fUlra de flamme de l'enthousiasmé» que sa lettre dut être considérée comme un libelle , et , en cette qualité, déférée au conseil d'r^tat par M. Villemain. Celte fois, M. iUartin eut beau dire, le ministre de l'instruction publique persista. Le conseil d'État déclara qa'il y avait ùbus, maiscomme^ par iin oubli du législateur, aocune pénalité ne sanctionne cejugement, l'évéque de Chùlons se trouve justement dans le cas du cocher blâmé par la Ck)ur : il continue & conduire son fiacre , c'est-à-dire à. correspondre B0U8 lesyeui du publie aveo l'vniven, qui pousse de pieux éclate de rire et se moque immodérément du ministre, de l'l!)tat'et de son conseil. Autant en feit le demeurant des évi^ques conspirateurs ; l'émulatiou épistolaire redouble, seulement, M. de Chartres prend la précaution d'ijouter & ses lettres un post-ser^ Aiin, dans lequel -U fiilt observer que son titra d'évèqua
lui est plus cber que la vie, mais qu'il écrit en qualité de Français, non en qualité d'évêque. D'après rarlïclc connu de la Charte, le conseil d'État n'y saurait mordre.
Pour pousser àbout ce scandale, les journaux publient une Doteqni éclaire la question, et montre qu'en tout ced legouvernementestpuniparoùilapéché.VoicicetteDOte:
■ On suppose à tort qu'il y a encore, en France, beau- « coup de prélats qui tiennent leurs titres de la Restau- « ration, et qui pourraient, par conséquent, contrecarrer « systématiquement an gouTernement auquel ils esU- < ment ne rien derair. Depuis treize années, l'épiscopat « français a été en très grande partie renouvelé, et c'est « il peine si le quart des évëques et des archevêques date « d'avant 1830.
« Voici, dii reste, les chiffres exacts :
< Le haut clergé de France se compose de quinze ar- « chevôques et de soixante-cinq é\è(i\ies.
« Sur les quinze archevêques , (rois seulement ont été « nommés parla Reslauralion, (îou;:e doivent leur litre H au gouvernement de Juillet.
« Sur les soixante-cinq évëques, un seul, M. te cardi- « nal de I^tour^' Auvergne , date du consulat : dix^ept o ont été nommés par la Restauration : quarante^ept « doivent leur titre au gouvernement de Juillet,
o Nous nous bornons à conclure de ceschiiïres, que « si l'immense majorité du haut clergé français n'est « pas, en ce moment, disposée à vivre eo bonne intelliogence avec le gouvernement do Juillet, c'est que ce
« goavernement a été ma\ inspiré dans ses choix. »
Le gouvernement a toujours eu devant les yeux ce verset de l'Évangile, où ii est dit qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur nonvcrli que pour quatre-vingt-dix-neuf justes; il a toujours voulu avoir la plus grande joie possible, et a pour cet etTet travaillé sans relâche à rallier le clergé, à convertir des légitimistes. En vue de ce résultat, nulle concession ne lut paraissait trop clièrc Qu'en est-il advenu? c'est que noua iisons dans le Moniteur la destitution de certains maires qui sont allés présenterrhommage de leur fidélité ou rot de Notice à£ondre$.
Maisque fera-t-on anx députésquî sont dansle même cas? le gouvernement les a appuyés contre l'opposition, il les a Tait entrer à îa Cliambre ; pourra-t-il les en faire sortir ? C'est un triste rùle que celui de dupe, et surtout de dope volontaire.
Chaque jour apporte sa révélation. Kn voici une que nous trouvons dans le Siècle. Nous transcrivons le texte pour rédification de ceux qui, sur la foi de SI. de Chartres soutiennent que lesjésuites sont des fantômes, des chimères^ sans crédit et sans moyens d'action parmi nous. Lisez et méditez.
< La lettre de M. de Bonald présente encore ce caractère particulier, qu'elle est le premier acte d'hostilité de l'association catholique. Cette association vient d'être organisée dans tout le royaume, et noua tenons &la nuUn le programme imprimé, distribué à ses adepte
au mois de septembre dernier. Il coDstitne an goavemement occulte au profit d'une réaction politique et religieuse. Nous lisons au chapitre 5, intitulé de l^Organiiatûm hiérarchique , page 34 : « jCe n'est pas seulement c par le but que rasBodatioa catholique diSâre de Tœat Tire da catholicisme en Europe , mais c'est aussi par « son mode d'existence et ses moyens d'action. Oa « n'arrêtera poiat maintenant l'orgasisation hiérarchi- « que : la 'Providence divine nous conseillera. L'assem- « blée générale serait le principal instrument de l'asso- « ctation... Elle représenterait jusqu'à un certain point « l'institution du cardinalat. Elle serTirait d'iotennà- « diaire entre la direction CQatnde et les degrés iufé- < rieurs de la hiérarchie. >
Etaii«hapibre6,p8ge37: t La plut yraniediteritMn c ett recommandée aux membres de fetêodation eatto- « ftfue , dont aucun ne pourra jamais, de son propre « mouvement et autorité, communiquer ou faire con- « naître, soitdirectement> soit indirectement, à qui que a ce soit, l'existeace» ou les moyens , ou les régies de « l'œuvre. »
Se cache-t-on avec tant de soin pour bien faire ?
Page 38 : « Comme l'association a forcément besoin, c pour atteindre son but et remplir son objet , de a ressources pécuniaires , on pose en règle fondamentale « l'existence d'une cotisation annuelle pour chaque « membre, dont le chapitre Sxera le montant cbaqu« « année. »
Pages 41 eH2 : « te novice admis dans rassociatlon prêtera serment de combattre jusqu'à la mort les ennmi» de rhumanité. Tous lesjours, toutes leskeuresdoiventêtre consacrées au'àéveUtppemmt de la citiiisaiÙM chréHnme, Ilajaré haitu étemeUê m ginie dumal et il a promis une sùwnission ab$olue et «an* réierve à notre eaînt pire le pape et aux, ordres des supérieurs hiérarchiques do Fassociation. Le directeur, en l'admeltafit, s'est écrié i < Nous avons un soldat de plus l »
Et nous avons » nous , une société BBNèie tolérée par le gouvernement.
Quel est le but de cette croisade mystérieuse, de co tribunal secret dont les affiliés menacent de couvrir la France ? Le programme vous le dit : Combattre le génie du mai. Et quel esL le génie du mal P Celte expression mythologique fait avec le nom de l'association un contraste étrwge et signlOcatif. Cette formule vague jert apparemment d'enveloppe & des. idées dangereuses à produire plus explicitement, même h l'ombre du secret. Je n'ose deviner ce que c'est que le génie 'lu mal ; mais ' îl est aisé de savoir ce que la môme société soi-disant catholique appelle le génie do bien. Prenez les livres destinés à l'enseignement des maisons ecclésiastiques, ces livres publiés chez Périsse , chez Itusand , ou chez Lesne, à Lyon, ou cluv. Debùcourt, à Paris ; prenez surtout les traités d'histoire de France, vous y verrez à chaque page ce que c'est que le génie du bien. C'est le génie qui apprend & détester, à maudire, à combattre les
principes de nos deux révolulions , à chérir l'ancien régime et les anciennes méthodes de H. de Chartres, à soupirer et à fitire mieux, si iKsoin est^ pour le triomphe du prince légitime et des jésuites. Voilà ee que c'est que le génie du bien ; d'où vous pouvez conjecturer par opposition ce que c'est que le génie du mal.
On est curieux de savoir comment s'y prendra le gouvernement pour neutralîBer le mauvîds vouloir de ces gens associés dans la haine éternelle du yeme du ma!, et dans l;i soumission absolue et sans réserve .^ un souverain étranger, à notre saint-père le pape. On craint avec quelque apparence de raison que les croix d'honneur n'y soient ioBuIïtsantes.
Vous rcste-L-il encore un doute? à la voix de M. le comte de Montalembert, il va se dissiper. Tous les nuages, les brouillards habilement assemblés par saint Ignace vont s'évanouir et teisser voir ce qu'ils renfermaient dans leur sein. Voici le dernier et puissant coup de soleil qui illumine la scène. '